Chapitre 1 : Fnac Music Dance Division
1991.
Fnac Music, la maison de disques du groupe, décide de
s'ouvrir à ces nouvelles musiques électroniques qui agitent
les nations européennes. Bien inspirée, la direction fait
appel à Eric Morand, alors attaché de presse chez Barclay,
pour mener cette expérience. Ses atouts pour le convaincre :
une totale confiance et les moyens qui vont avec. Il accepte. Sage décision,
car de cette entente va naître Fnac Music Dance Division,
première référence hexagonale en matière
de musique électronique.
Initialement baptisée Cherche
Midi du nom de la rue où se trouvent les locaux, Fnac
Music Dance Division placera - en seulement deux années d'existence
- la France dans le paysage musical numérique, bien avant que
le monde entier ne tourne la tête vers cette french touch
accouchée des Daft Punk à la fin des années 90.
Il serait d'ailleurs de bon ton de rappeler que le terme french touch
a été utilisé pour la première fois par
Fnac Music Dance Division dans la phrase "We give a french
touch to house", doctrine affichée sur certaines de
leurs publicités et surtout imprimée aux dos des quelques
blousons qu'ils ont offerts aux proches du label. D'ailleurs, s'il y
en a un qui traîne dans un placard, je suis preneur...
Bref, première sortie en décembre 1991 avec le French
Connection EP de Laurent Garnier. Succès relatif en Angleterre
et en Italie d'un maxi qui peut paraître aujourd'hui incompréhensible
à ceux qui n'ont pas vécu ces premières heures.
Pourtant, en six titres, il illustre avec justesse la situation de la
musique électronique à cette époque, ainsi que
la touche sonore particulière qui va se développer chez
Fnac Music Dance Division au fil des mois et des sorties : d'un
côté, Storm et What's Going On, tentatives
techno plus ou moins américaine typée +8, colorées
de petites touches belges, et de l'autre, (Let Everybody) Join Hands,
jointure house entre Chicago, NYC et l'Italie, imprégnée
de la naïveté des compositions de l'époque. Une naïveté
saine et sincère au service des émotions. Entre ces deux
versants, Feel The Power (That Music Can Give), tuerie breakbeat
simplissime, prête à retourner tous les ravers anglais
entre deux morceaux de Dream Frequency.
1992 débute avec Moonflower de Shazz.
Enthousiasme de l'Angleterre, encore une fois. Suivent une douzaine
de maxis pour une année marquée par la house et pendant
laquelle Eric Morand et les artistes du label cherchent leurs marques.
Au fil des mois et de la tournée Respect for France, des
liens se tissent entre les futurs piliers du label que sont Laurent
Garnier, Shazz et Ludovic Navarre. Le virage s'amorce...
Si le morceau Prelusion (merveille deepness tirée du
double EP de Deepside) est l'étincelle qui annonce le décollage
du label vers la postérité, ses trois propulseurs ont
été manufacturés d'après de vieux schémas
incomplets issus des usines de Detroit et se nomment Choice avec Acid
Eiffel, Soofle avec le Nouveau EP et Suburban Knight avec
The Art of Stalking (Deepside Remixes). En quelques semaines,
ces trois maxis suffisent à installer Fnac Music Dance Division
sur la scène internationale et le label devient une nouvelle
référence à suivre dans les boutiques spécialisées
du monde entier.
1993 ne stoppe pas cet élan,
bien au contraire. Après un début d'année house
trusté par Shazz et Ludovic Navarre qui multiplient les
sorties et les nouveaux projets (Aurora Borealis, Modus Vivendi,
Ln'S), Laurent Garnier annonce la secousse techno avec son A
bout de souffle EP et le désormais célèbre
Wake Up qui marche particulièrement en Allemagne. Et en
mai 1993, Lunatic Asylum offre enfin à la France son premier
tube techno, The Meltdown, qui résonne jusqu'à
Francfort, capitale de la trance allemande.
L'été conclue cette ascension
en beauté avec la naissance du projet St Germain de Ludovic Navarre,
dont on connaît aujourd'hui le parcours prestigieux, et l'arrivée
d'un nouvel artiste au sein du label : Stéphane Dri aka
Scan X.
À ce stade, il existe clairement
un son Fnac Music Dance Division, un sentiment commun à
toutes les sorties : une idée de synthèse d'influences
multiples réinterprétée depuis Paris. Concept inconscient,
probablement issu de la frustration musicale française face à
l'exportation de ses productions ; on devine que ces artistes ont ouvert
leurs oreilles pendant des années, qu'ils ont humblement écouté
et appris de la musique des autres jusqu'à ce qu'ils se sentent
prêts à produire et non plus à copier. En cela,
on peut considérer le son français de l'époque
comme global plus qu'hexagonal.
Dans tout scénario de comédie dramatique, c'est après
l'apogée que vient la lente descente vers un final triste. Illustration.
Automne 1993, nouvelle saison, nouvelle vague de sorties : St Germain
nous sert un Alabama Blues qui deviendra rapidement un classique,
Ln'S continue à surfer sur la vague disco et Guillaume Leroux
délaisse un moment son projet Lunatic Asylum pour s'énerver
légèrement sous le nom de Renegade Legion. Très
peu de temps après, une seconde série de maxis voit le
jour, avec notamment le Planet House EP de Laurent Garnier, double
EP hard house boudé lors de sa sortie mais qui deviendra culte
et recherché un peu plus tard.
L'accueil du public et des critiques
est donc plus mitigé en cette fin d'année, même
si la qualité reste présente. Mauvais présage diront
certains puisqu'en début d'année, la nouvelle tombe :
Fnac Music Dance Division ferme ses portes. Brièvement,
la direction de la maison mère change, sa politique suit et celle-ci
n'est donc plus en accord avec l'esprit intègre et sans concession
du label. Plutôt que de se plier aux exigences du marché,
Eric Morand préfère se retirer et clôre deux années
d'exploration sonore, sans amertume.
En
guise d'adieux, le label sort une compilation : La Collection.
Double CD et double LP aux tracklistings différents mais
qui réunissent des classiques, des introuvables et des inédits,
dont une version d'Acid Eiffel enregistrée live en janvier
1994 au Rex Club lors d'une soirée Wake Up! et un remix
agité de The Meltdown par Lunatic Asylum lui-même.
Remix qui sera le tout dernier morceau joué lors de la dernière
soirée Wake Up!, au petit matin du 3 juin 1994. Merveilleux
cadeau que nous font Eric Morand et les artistes du label avant de nous
donner rendez-vous quelques mois plus tard sur un nouveau label, totalement
indépendant, qui deviendra la source de ce site : F Communications.
Aujourd'hui, personne ne peut nier l'importance
de Fnac Music Dance Division dans l'histoire de la musique électronique
en France. Et même s'il m'est difficile d'être parfaitement
objectif sur le sujet, je crois très sincèrement que le
paysage musical électronique français aurait été
bien différent si ces pionniers n'avaient pas ouvert la voie
avec tant d'élégance. Imaginez un peu que Daft Punk représente
la naissance de la musique électronique en France et vous comprendrez...
Enfin, pour tous les amoureux de Fnac
Music Dance Division qui continuent à rechercher les disques
du label afin de compléter leur collection, voici une liste
complète des sorties qu'il vous faudra trouver. Bonne chasse.
J-Me
/ Février 03