Écrit par JMe Décembre 2002

Trois ans de silence pour Elegia après l'échec commercial relatif de son album Sounds Within (parfois, je ne comprends vraiment pas le public...), trois ans pour laisser oeuvrer le temps...
Non loin d'abandonner, Laurent Collat s'est finalement accroché et nous offre en ouverture de sa renaissance un titre magnifique, comme peu d'artistes savent encore en composer. Tout démarre sobrement dans un minimalisme de sons qui installe une rythmique dépouillée sur une énorme ligne de basse. Quelques paroles éthérées. Un habillage délicat de nappes amples et claires dont il a le secret, avant un léger break et une première explosion de bonheur.
Les sensations que vous pourrez éprouver sur un dancefloor à la diffusion de ce titre sont connues : replacez-vous en 1990, quand vous onduliez vos corps au son des productions Chicago house de l'époque, et vous aurez une idée de l'effet produit par I'm Not Worried Anymore ...A Deal With God. Une ivresse heureuse qui s'empare de vous, fait abstraction de votre raison et s'adresse directement à votre âme pour vous mettre en mouvement.
Un second break (n'allez pas croire que la vitesse de votre platine déraille, c'est fait exprès...) pour assurer une suspension des sens, un motif de basse toujours présent et qui ne nous lâche pas, puis la reprise qui coupe définitivement tout ce qui pouvait nous retenir au sol. Une somptueuse nappe se marie au piano et donne une légère connotation mélancolique au groove électronique. En quelques mots, une élégance dans l'énergie et le métissage des sons qui n'est pas sans rappeler celle des productions de Frankie Knuckles. De même, je ne sais pourquoi, mais ce morceau me fait penser au Don't You Want It? de Davina sur Soul City, produit par Mad Mike.
La force de I'm Not Worried Anymore ...A Deal With God, c'est qu'il nous rappelle pourquoi et comment nous sommes tombés amoureux de cette musique : la découverte de cette connection directe entre le son et nos émotions, suivi d'une dévotion entière et aveugle à la musique. Ne plus rien contrôler et la laisser entrer en possession de nos sensations : magnifique drogue sans substances illicites. L'essence même de la house...
Si votre jeune âge fait que vous n'avez pas connu ces années sauvages, si pour vous les pères de cette musique sont Daft Punk, Bob Sinclar et Antoine Clamaran, je ne ferai pas comme tous les vieux puristes qui vous étaleront leur savoir avec dédain. En revanche, je vous inciterai à prêter occasionnellement une oreille à des productions comme celles-ci, en espèrant sincèrement qu'elles vous toucheront un jour autant qu'elles me touchent, car ce sont des cristaux de bonheur pur.