Écrit par JMe Décembre 2002
Pour la petite histoire, Tiny Loop est tout d'abord sorti au Japon en 1995 sur une compilation du label East Edge Records. C'est grâce à ce disque que Laurent Garnier a pris connaissance du morceau et qu'il en est tombé terriblement amoureux. Malheureusement, cette compilation n'existant a priori qu'en CD, celui-ci ne le joue pas aussi souvent qu'il le souhaiterait, même s'il ne s'en prive pas lors de ses résidences au Rex Club.
Fin 1995, au détour d'un voyage au Japon, l'équipe du label F Communications obtient l'autorisation de distribuer Tiny Loop, lui offrant ainsi une seconde vie. Mais comme le mentionnent Eric Morand et Laurent Garnier dans le livret de la compilation Classic and Rare, les ventes seront ridicules. Et pourtant...
Tiny Loop est une oeuvre majeure. Un fantasme. Un voyage des nerfs. Dès les premières secondes, les sons de clochettes vous plongent dans un univers trouble. Au coeur de cette brume se dessine une ligne de basse. Continue. Simplissime. Comme un flux lumineux qui vous entoure inexorablement avant de s'immiscer sous votre peau, le long de votre colonne vertébrale. À l'arrivée progressive du pied, votre carcasse (puisque vous êtes déjà dépossédés du contrôle de votre organisme) entre en mouvement, attirée par la ligne qui vous relie directement au morceau. L'introduction des différents éléments rythmiques vous transmet ensuite une série d'impulsions électriques, élevant lentement mais sûrement la tension qui traverse désormais votre corps. Une fois en parfaite condition, l'interprète principal vous apparaît enfin sous les traits d'une étrange mélodie : applaudissements frénétiques sous effets, hystérie d'une caisse claire contaminée, claquements torturés d'un millier de fouets... Sa silhouette demeure obscure mais son influence vous terrasse.
Tiny Loop est une pièce orchestrale. Chorale de boucles aux variations infimes que l'on pourrait rapprocher d'un raz de marée sensitif. Un chef-d'oeuvre qui n'a pas encore pris une ride tant il est intemporel et singulier.
S'il ne parvient pas à surpasser l'original, le remix de Scan X demeure excellent et s'avère probablement plus facile d'accès. En droite ligne des titres issues de Chroma, Tiny Loop (Scan X Mix) se rapproche de Wasteland dans ses sonorités pour vous vriller le crâne avec bonheur dans une avalanche de sons larges où les saturations se distillent avec maîtrise. Une belle leçon technique sur l'art du remix.
Ce maxi figure donc parmi les perles méconnues du label. Et pourtant... À ceux qui resteraient insensibles à ses effets, je propose un nouvel angle d'attaque qui devrait peut-être vous plaire davantage : je vous invite en effet à étudier attentivement la construction de Tiny Loop puis à la comparer à celle de Crispy Bacon, ultime morceau de Laurent Garnier, sorti - rappelons-le - six mois plus tard. Prêtez surtout l'oreille au traitement du son qui vous fait décoller sur Crispy Bacon et rappelez-vous que Laurent était terriblement amoureux de Tiny Loop, qu'il ne pouvait jouer ce morceau autant qu'il le souhaitait et que cette frustration a dû probablement hanter son esprit de DJ en 1995. Just a thought...