Écrit par JMe Décembre 2002
Première compilation conceptuelle du label, Musiques pour les Plantes Vertes bénéficierait très certainement de l'adjectif lounge si elle sortait aujourd'hui car les ambiances y sont très calmes et diffuses. Ses racines sont pourtant bien plus profondes et élaborées, comme en témoignent ces quelques lignes rédigées par Eric Morand et figurant sur le livret du CD :
"Musiques pour les Plantes Vertes est le fruit d'un an de réflexions et de recherches basées sur une idée simple. Dans le domaine du design d'intérieur, le visuel et l'olfactif ont été explorés et désignés pour vous offrir la possibilité d'aménager votre Home Sweet Home à vos goûts. L'univers sonore, lui, a été totalement ignoré, alors qu'il peut instantanément influencer l'ambiance générale de votre cocon. Partant de cette idée, nous avons proposé à toute une génération d'artistes français de laisser libre court à leur imagination, sans restriction de style, pour concevoir un album riche en émotions et en ambiances joyeuses ou mélancoliques. Un album que l'on a envie de laisser "tourner" sur sa platine, pour le retrouver partie intégrante de votre intérieur, dès que vous poussez la porte. Welcome!"
Quelques mots tout d'abord pour préciser que même si je partage ce point de vue qui intègre le son comme une composante essentielle du design d'intérieur, je ne vois toujours pas comment on peut condenser cet environnement si personnel en un seul et même CD vendu dans le commerce. À mon sens, la solution la plus vivante aujourd'hui reste encore un disque dur bien rempli, une pointe de bon goût dans le choix de ses fichiers stockés et un lecteur de MP3 qui tourne en mode aléatoire.
Cette parenthèse refermée, attardons-nous sur les différents titres qui composent cette compilation. DJ Cam ouvre le bal avec Life : basses fréquences, son très rond, notes cristallines feutrées, rythmique en sommeil si caractéristique de ces premiers jours du trip-hop... Rien d'exceptionnel aujourd'hui mais une parfaite introduction aux vapeurs d'oreillers qui nous attendent par la suite.
Vapeurs un peu trop épaisses toutefois sur les deux morceaux suivants, signés respectivement Hyphen et Zein Angelus, qui sans être mauvais sonnent assez plats. La courbe est heureusement relevée avec le Switch Out The Sun de Juantrip' que je continue d'apprécier davantage avec les années ; un titre en déséquilibre complet qui oscille entre comptine et psychose au beau milieu d'une fête foraine cauchemardesque.
S'en suit une atmosphère plus saine, plus calme, plus naïve. Si Dream Of The Night d'Edoram n'atteint pas la splendeur des oeuvres de Nova Nova, il n'en est pas moins sincère, ce qui le rend attachant dans ses tonalités mineures et son utilisation massive des nappes. Pour les romantiques invétérés.
Première pièce réelle de cette compilation : Fleur de Lotus par Laurent Garnier, assisté de Marc Durif from Nova Nova au piano. Cette petite rareté souriante de Laurent Garnier, disponible uniquement sur cette compilation, est particulièrement agréable à écouter et se fond parfaitement dans l'environnement sonore grâce à son mélange de basses abyssales et de piano.
L'exclusivité se poursuit avec Sky, toute première production de Jay Alanski sur F Communications sous le pseudonyme A Reminiscent Drive. Avant-première de la claque que l'on se prendra un an plus tard avec son album Mercy Street, Sky dispose déjà de cette atmosphère cotonneuse et démontre en cinq minutes que la musique électronique ne nécessite pas toujours un séquenceur.
Turmoil de Scan X est un monstre étrange, sombre mais terriblement envoûtant. Il vous semblera très certainement inerte à la première écoute ; persistez et vous découvrirez toutes les finesses qui ornent sa progression brouillée. De vous à moi, cette perle noire mérite vraiment que l'on s'y attarde, et je ne saurais trop vous conseiller d'aller lire la courte nouvelle qu'elle nous a inspirée dans la rubrique Histoires.
On the way to Paris, sous l'influence dissimulée du Acid Eiffel de Choice, est un hommage vibrant aux sonorités brillantes des vieux synthétiseurs dopés aux effets qui ont fait les grandes heures de Jean-Michel Jarre sur Oxygène ou Equinoxe. Sa structure inhabituelle (break d'introduction et redémarrage massif, arrivée du pied seulement vers les deux tiers du morceau...) est caractéristique des premières productions de Chaotik Ramses et annonce déjà celle de No Way Out dans le sentiment d'inexorable qui s'en dégage.
Nova Nova prend le pas avec une magnifique version de Tones, allégée d'électronique. Pendant les trois premières minutes, le piano s'exprime en solo, fait rare sur un label de musique électronique. Puis des nappes viennent le rejoindre, se mêlent à sa mélancolie et nous la transmettent amplifiée ; larmes garanties aux premières écoutes.
Enfin, comme pour ne pas oublier que la musique peut être un vecteur d'émotions aussi fortes, A Reminiscent Drive nous répète I Want to remember this moment always, morceau aux nappes appuyées qui exige quelques efforts pour en saisir le sens profond : la démarche rejoint probablement celle des collages de Visual Samples, à savoir qu'il faut se laisser investir par l'oeuvre afin d'en trouver une résonance en soi.
Ma conclusion se résume à une idée simple : Eric Morand devrait peut-être réfléchir à distribuer cette compilation dans les jardineries Truffaut, ce qui permettrait probablement de faire découvrir par une voie détournée quelques perles musicales aux couples bourgeois noyés dans l'avalanche des compilations lounge de seconde zone.
Petite précision de tracklisting : le vinyle ne comporte que les morceaux de DJ Cam, Nova Nova, Laurent Garnier et Edoram.