Écrit par JMe Décembre 2002
En initiant cette série de trois maxis dénommée Boulevard, rassemblée peu après sous la forme d'un album éponyme, Ludovic Navarre aka St Germain n'imaginait probablement pas l'impact de celle-ci sur les productions de ses années soeurs. Première fusion réussie et reconnue entre la house et le jazz, Boulevard a véritablement établi une passerelle entre les deux scènes, permettant ainsi aux clubbers de s'ouvrir à l'héritage du jazz et aux mélomanes avertis de considérer la musique électronique autrement.
Il était pourtant difficile d'amener des amoureux de l'improvisation humaine sur les rives d'une musique à l'image de machines programmées. Mais St Germain a su marier avec talent ces deux courants, comme l'illustre d'ailleurs parfaitement l'introduction de Deep In It : un pianiste promène ses doigts librement sur le clavier d'un orgue, au rythme d'un lent battement de basse fréquence. Une simple note de piano vient s'immiscer dans le spectre sonore et y inscrit la notion de répétition. Le pianiste réagit doucement, se laisse prendre au jeu et entame une improvisation sur une discrète arrivée rythmique à laquelle le piano répond. Un pied compressé vient soulever le tout sans pour autant perturber le mixage. S'en suivent six minutes de jazz pur très sobrement assistées par quelques éléments électroniques, six minutes détrempées d'originalité à l'époque, qui peuvent éventuellement laisser de marbre aujourd'hui.
C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on pourrait faire à Forget It : les influences jazz posées sur une rythmique hip-hop et de grosses basses sont désormais des figures imposées dans toute bande sonore pré-concert, mais rappelons qu'en 1995, la mouvance trip-hop était en plein envol et bon nombre de personnes ont donc dû jouer ce morceau. Aujourd'hui, à l'heure des compilations Costes, Forget It pourrait apparaître dépassé ; il l'est probablement, mais ne revendique aucune attitude, si ce n'est celle d'un retour aux souches de ce courant éphémère auquel il a participé.
Quant à What's New?, il s'agit de huit minutes à se rouler par terre : une interminable introduction avec ce son de Rhodes retravaillé que l'on croirait échappé de Soofle ou Nuages jusqu'à l'explosion de sourire quand le pied se déclenche. Une overdose du parlé de MC Adrian après des années sur FG, un son de saxophone un peu trop propre face aux envolées de The Man With A Red Face, et me voilà pourtant aux anges. Un plaisir simple comme un bon titre de deep house.