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F Communications Stories

 

Tiny Loop (Scan X Mix)
(DJ K.U.D.O - Tiny Loop - F051)

Putain, pourquoi est-ce qu'il faut toujours qu'y en aient qui essayent de faire les malins ? Avec toutes les saloperies de films qu'ils bouffent, ils devraient pourtant savoir qu'on ne réchappe jamais d'un deal qui tourne mal. Et vous savez pourquoi ? Parce que, même dans un business comme le notre, il faut un minimum d'éthique pour parvenir à quelque chose. D'accord, moi aussi j'ai entubé un paquet de mecs avant d'avoir mon propre négoce. Mais sortir un gun pour cinq misérables kilos de poudre ? Alors voilà, on se retrouve comme deux pauvres blaireaux dans le remake du mexican stand-off d'un polar aux yeux bridés. Et qu'est-ce que je dois faire maintenant ? Le môme qui me tient en joue, son flingue légèrement incliné sur le côté (il paraît que ça fait cool - moi j'ai toujours trouvé que ça faussait le tir), a l'air tellement défoncé qu'il va bien finir par appuyer sur la gâchette. Je pourrais tirer en premier, mais une armée de ses congénères l'attend de l'autre côté de la porte. Et avec l'avance qu'ils sont en train de s'enfiler dans les naseaux, ils risquent d'inonder la pièce de plomb avant même de réfléchir. En gros, je suis coincé. Crevé tout de suite ou dans cinq minutes, le choix me paraît évident.

Les fragments du crâne percutent le mur moisi avant les morceaux de cervelles. Certains s'y fixent alors que d'autres y entament une course ridicule, comme ces petits bonshommes en plastique que les Roumains jettent sur les vitrines des magasins. La déflagration résonne dans la pièce au fond du hangar. Aucune réaction de l'extérieur. Visiblement, les compagnons du macchabée sont encore plus déchirés que ce que je croyais. J'ai peut-être une chance après tout. Je balance la coke dans un coin de la pièce. Au fond de ma poche, le petit cachet ne demande qu'à m'aider dans la tâche à venir.

Sans liquide, la pilule racle le fond de ma gorge avant de sombrer dans le labyrinthe de mon tube digestif. L'effet est tellement percutant que je dois me retenir pour ne pas vider mon chargeur dans le bide du défiguré. Ses doigts se brisent sous les coups de crosse - pas d'autre moyen de lui faire lâcher son flingue. Parce que vous croyez que j'aurai le temps de recharger mon arme ? La porte s'ouvre sur le visage ahuri de trois gamins ébouriffés. Les trois sont armés. Tant mieux.

Sans me déplacer, je tire trois coups consécutifs, de la gauche vers la droite. Le premier se fait transpercer un poumon avant d'avoir pu bouger le petit doigt. Le second se fait arracher la carotide, arrosant ses deux camarades de sang, alors que sa main se redressait pour tirer. Sous le choc, une balle perdue manque de m'arracher un pied. Le troisième - soit le plus rapide, soit le moins allumé, comme vous voulez - a le temps d'ajuster un tir foireux avant de perdre la vue. Sa balle siffle à gauche de mon oreille.

Le temps se fige un instant sur la chute des trois lascars, le temps que la drogue se nourrisse de la montée d'adrénaline. Ma mâchoire se resserre sur un sourire nerveux, et je n'essaie même pas de la décrisper : je sais bien que, pour quelques minutes encore, je ne suis plus aux commandes. Ca me va très bien, réfléchir ne pourrait que me causer des ennuis. Dans le hangar désaffecté, le reste de la bande s'agite. Je serais tenté de les laisser venir un par un dans l'arrière boutique et de les descendre sur le pas de la porte, mais la drogue décide de me faire sortir de la pièce. Erreur fatale, sans doute, mais qui suis-je pour décider ?

J'enjambe tranquillement les trois nouveaux cadavres pour me rendre dans la pièce principale. Face à moi, sept ou huit personnes - je n'ai pas vraiment le temps ni la capacité de compter - me regardent hébétés, effrayés, et prêts à me forger une centaine de nouveaux orifices. Une enclave résistante de volonté me permet de rester à proximité des trois gus crevés et de leurs armes désormais en libre service. Quelque chose me dit que ce sera mon dernier instant de lucidité.

Dans l'ordre, de gauche à droite : un petit rouquin en bermuda avec un maillot des Lakers, un blondinet avec autant de présence que le caleçon centenaire que j'ai balancé ce matin, une espèce de pétasse hargneuse à tête rasée, sans doute issue d'une milice au rabais, un autre blond, plus imposant mais avec quelque chose qui rappelle le lémurien dans le regard, l'inévitable petit gros à tête de bouledogue - pas le temps de finir le tableau, le rouquin s'est réveillé et a levé son arme. Sans vérifier qu'elle était chargée. Les têtes de ses camarades se tournent à l'unisson vers la provenance du clic sur un magasin vide. Ce qui leur donne l'occasion d'apprécier le feu d'artifice écarlate qui se joue la seconde d'après à l'arrière du crâne de leur ami. Un de moins, j'ai à peine le temps de balancer le flingue que je tiens dans la main gauche pour saisir celui du cadavre le plus proche de moi que la GI Jane de service se retourne et me charge en gueulant. Pas que je l'entende particulièrement, mais je ne vois pas trop pourquoi elle ouvrirait la bouche aussi grand sinon. La drogue semble prendre un malin plaisir à transformer le carnage en spectacle, aussi j'essaie de viser les amygdales de la gonzesse. Ratée, dommage, mais la moitié gauche de son visage disparaît dans un visuel relativement sympa. En plus, ça a le mérite de dévier la trajectoire de son tir, qui avait l'air bien ciblé vers mon bide. La pétasse s'écroule comme si sa tête avait heurté une branche de plein fouet, et le reste de l'équipe se décide enfin à passer à l'action.

S'il y avait moyen de repasser cet instant au ralenti sur un quelconque support filmé, un œil avisé percevrait peut-être une once d'hésitation dans ma posture, dans mon regard. Mais celle-ci ne dure pas, vaincue par la soif d'adrénaline de l'agent étranger désormais bien assis aux commandes. Plutôt que de reculer pour retourner m'abriter, j'avance doucement vers le groupe, en vidant doucement les chargeurs de chacun des deux flingues que je tiens fermement.

Je ne saurais trop dire combien de balles atteignent leurs cibles avant que je commence à ressentir le ralentissement de mon corps criblé de balles. Je n'aurais sans doute même pas remarqué que j'avais été atteint si mon œil gauche ne s'était pas recouvert d'un voile rouge opaque. La drogue se retrouve à nouveau à égalité de puissance avec ma volonté. Il ne reste plus que le lémurien face à moi, et je me retrouve dans la même situation que quelques minutes auparavant - quelques litres de sang en moins, quelques dizaines de balles dans le bide en plus, et sans doute une ou deux proche de la tête. Le blondinet n'est pas en meilleur état que moi, et je doute qu'il tienne le coup beaucoup plus longtemps. Au vu de la mare de sang qui s'étend au niveau de son entrejambe, ça vaut de toute façon mieux pour lui : même s'il était homo, il serait condamné à faire la femme pour le restant de ces jours. Rien de très glorieux, autant mourir au cours d'un faux pas homérique que même les flics ne se donneront pas la peine de relater. On pourrait en rester là, se regarder crever sans se remodeler davantage le corps, profiter de nos derniers instants pour faire connaissance. Je pourrais même me fumer une clope, si je n'avais pas laissé mon paquet chez moi.

On pourrait en rester là, mais on ne le fera pas. Jusqu'au bout, les effets du cachet m'empêchent de saisir la gravité de la situation. Un pan complet de ma tête vole en éclat en même temps que le visage du lémurien. Quelle belle journée cela aurait pu être ! Il y aurait peut-être pu en avoir d'autres - mais, encore une fois, qui suis-je pour décider ?

Akatomy