Sancho does F Communications
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St Germain - Deep In It
Nova Nova - D.J.G.G (edit)
Nuages - Move
Shazz - Leave Me
St Germain - Alabama Blues (Todd Edwards Dub Mix)
Iberian - Too Late
Toni Mono - Cold Fresh Air
Shazz - Le Marais
Norma Jean Bell - The Baddest Bitch
Aqua Bassino - Wanna Dance
Alaska - Rainforest
Nova Nova - Aleph
St Germain - Dub Experience
Laurent Garnier - Astral Dreams (Headphones Mix)
Feedback - Rainfall (edit)
Lady B - The Groove Is Going
Square - Obtuse Corner (edit)
D.S. - Jack On The Groove
Scan X - Bleu - Process Cyan
Iberian - Crusher
Juantrip' - Louis' Cry
Aurora Borealis - The Milky Way (edit)
Scan X - Eternal Deep
Taho - 2019
Laurent Garnier - Dance 2 The Music (Oxident mix)

Extraits F Communications

F045DCD

 

La Collection - Chapter 2

F045DCD
released in July 1996
DCD
available on the Acheter ce disque sur le FcomShop Shop

 

Il est étonnant de constater à quel point, parfois, on peut être (inexplicablement) réticent à l'idée de s'asseoir, de poser un casque sur les oreilles, et d'entamer un article. Cette fois de plus, le voyage est un peu différent de ceux auxquels J-Me m'a convié jusqu'ici ; certes je connais l'album sujet, mais il s'agit ici d'une compilation. S'y succèdent les univers de nombreux artistes, des rythmes et des sonorités distinctes. Pour que le voyage soit réussi, il faut que la juxtaposition qu'il propose soit à la fois efficace et cohérente.

Mon hésitation s'étiole toutefois rapidement avec les retrouvailles des sonorités urbaines de St Germain sur Deep In It : que ce soit pour l'album Boulevard ou pour La Collection - Chapter 2, le morceau protéiforme new-jazz constitue toujours une intro imparable, toute en délicates variations, tour à tour esquissées et appuyées. Au bout d'un peu plus de sept minutes, je me sens en terrain connu, quand l'edit du D.J.G.G de Nova Nova s'ouvre sur une ligne qui pourrait presque être du Moroder de la grande époque. À la drogue douce de St Germain, les merveilleux auteurs de See préfèrent une substance plus insidieuse et acide. Les glockenspiels et autres instruments laissent place à une structure purement électronique, faite de ruptures plus marquées que son prédécesseur. Les sonorités enivrent, les nappes éphémères décuplent l'effet d'un écho qui vous entraîne toujours plus en avant. On a alors l'impression de devancer l'une des facettes du morceau, tandis que l'autre tente de nous rattraper. À plusieurs reprises, les deux dimensions se croisent pour bénéficier d'une inertie renouvelée, jusqu'à l'ultime fusion qui termine de construire ce paysage urbain, moins streetwise mais tout aussi riche que le précédent.

Move assombrit le tableau en s'imposant au rythme d'une ligne nettement plus grave. Les samples exclamatifs qui l'accompagnent accentuent son côté délicieusement provocateur, jusqu'à l'élargissement de la bande de fréquence couverte par Nuages. Plus classique à mes yeux que les deux premiers titres du premier disque de cette compilation, Move m'incite paradoxalement moins facilement qu'eux au mouvement. La simple superposition de couches qui le constitue me relance, certes, mais m'immobilise un petit peu aussi, me conforte dans une routine agréable bien que trop statique.

Shazz débute aux antipodes de Nuages avec Leave Me, à grand renfort de percussions et de claps. Ici, tout est plus aigu et joyeux, et le mouvement reprend quoique doucement, au rythme de bonds mélodieux. Les voix et les nappes de ce morceau voyez-vous comme son titre l'indique presque, conseillent plus le mouvement qu'ils ne tentent de l'imposer.

Le voyage continue tant et si bien, qu'Alabama Blues nous amène à renouer avec St Germain, dans un milieu urbain plus en avant sur la route de Deep In It. À moins que le lieu soit le même à une époque différente : les vapeurs sont moins éthérées et la classe type sixties a laissé place à un équivalent plus vieux d'une décennie, le funk. Alabama a tout sauf le blues ou alors elle s'en défait au fil du morceau, et nous amène à nous trémousser en souriant. "Jesus loves me" dit une voix samplée ; "and we do too" avons-nous envie de lui répondre. St Germain takes the lead !

Il n'y a rien de plus appréciable que la succession de deux opposés ; en tant que fan de Mylène Farmer et Napalm Death à la fois, croyez-moi, je sais de quoi je parle. En quelques secondes, Iberian nous entraîne dans une fraîcheur contradictoire. Too Late possède la nostalgie bienvenue des plus belles histoires, cette tristesse inhérente sans laquelle l'aspiration au bonheur perd toute sa splendeur. Car Too Late aspire littéralement à cette réussite, et l'Ibère nous paraît, au bout de son voyage d'à peine quatre minutes, nettement plus chaleureux qu'à son entrée en scène. L'inspiration du Cold Fresh Air de Toni Mono semble alors plus aisée. Des cordes étouffées accompagnent l'auditeur la majeure partie d'un morceau qui semble fait de sonorités avortées. Chaque nouvelle piste entrante se retrouve ponctuellement décélérée par l'inertie originelle du titre. Dans son entrain retenu, Cold Fresh Air n'a pas l'ampleur réconfortante d'un Too Late, mais s'impose tout de même comme un titre original.

Le Marais de Shazz nous offre l'occasion de plonger dans une eau trouble et envoûtante. La mélodie éthérée avec laquelle nous évoluons à la surface du morceau n'éclipse jamais l'arrière-plan, de beats et de basses, qui tente de nous attirer vers le fond. Voici un titre dans lequel l'opposition douceur/agressivité s'épanouit pleinement ; Le Marais est plus riche et plus beau - mais moins civil car plus solitaire - que Leave Me.

Norma Jean Bell se la joue The Baddest Bitch, aguicheuse vocale soutenue par une basse parfaitement posée, et refait monter sans se fouler la température à renfort de vents, afin de préparer le terrain pour l'invitation à la danse d'Aqua Bassino. Pour ce que je m'y connais, Wanna Dance est un morceau de pure house - à savoir qu'il a beau tirer le meilleur parti d'un caisson de basses, il ne parvient jamais vraiment à m'émouvoir. Vous ne m'en voudrez donc pas de rejoindre directement pour l'explorer, la Rainforest d'Alaska. Peuplée de sonorités animales, cette forêt est rapidement envahie par une ligne de basse pernicieuse qui vous plonge dans une certaine appréhension. L'effet provoqué par Alaska est de vous donner plus une impression de fuite que de promenade dans un premier temps ; ainsi quand les nappes entrent en scène n'avez-vous d'autre choix que de vous laisser emporter au-dessus de la faune pour profiter du paysage. Rainforest est un morceau magnifique et pourtant très simple ; c'est là l'équilibre le plus difficile à obtenir, chapeau bas Alaska ! Une conception de la région très éloignée de celle de World 2 World en tout cas...

Nova Nova prend la relève sans difficulté avec Aleph, le plus beau morceau de ce premier disque. Majestueux et grisant, Aleph est une véritable symbiose électronique, dégage une force de vie qui reste la plus belle preuve de l'existence d'une intelligence artificielle offerte par la compilation jusqu'à maintenant. C'est beau, dense, intelligent, empreint d'assurance... bref, tellement bon que ça me donnerait presque envie de revenir à notre projet d'écriture !

J'aurais préféré que ce soit Aleph qui clôture momentanément ce voyage, plutôt que le Dub Experience de St Germain. Même si celui-ci me paraît plus réussi que le Dub Experience II de Boulevard, il ne me fait pas vraiment l'effet d'une transition mais plutôt d'un entracte.

Le deuxième disque s'annonce sous les meilleurs auspices, avec le Headphones Mix (ça tombe bien, puisque j'ai toujours un casque vissé sur le oreilles !) du Astral Dreams de Laurent Garnier. Une rythmique caractéristique de l'artiste est immédiatement identifiable, à la fois rapide et retenue comme si le morceau tentait de contenir son envie de grandir trop vite. Cette vie ordonnée aux sonorités déroutantes ferait presque penser au règne des insectes, organique, beau et effrayant à la fois mais surtout omniprésent. Ce mix d'Astral Dreams n'est peut-être pas mon morceau préféré de Laurent Garnier (Shapes Under Water anyone ?) mais il fonctionne et fascine tout de même.

Feedback nous présente un edit de Rainfall simpliste et superbe. C'est peut-être le seul titre jusqu'ici à oser souligner explicitement sa rythmique "phasée" à l'aide d'une ligne de basse, plutôt que de tenter la rupture et le décalage permanents. Ce qu'il perd du coup en originalité, Feedback le récupère en force brute. Rainfall, à l'aide de ses variations minimes dans un premier temps, et de ses tripes ajourées en guise de pré-remontée, s'impose certainement comme l'un des vestiges essentiels de cette seconde époque de F Communications.

Lady B comme Feedback, fait dans le classique avec The Groove Is Going, mais nous ramène vers un dancefloor moins personnel. Son groove se construit vite et bien, à coup de belles accélérations qui permettent de profiter ensuite de longues périodes stables, toujours plus enlevées et imparables. Les deux dernières minutes, méritées, sont tout simplement merveilleuses ; je crois bien que mon fauteuil lui-même s'est déplacé de façon notable...

On change totalement d'univers avec l'edit de l'Obtuse Corner de Square, un morceau qui démarre comme une version incomplète d'une bande-son de fête foraine très "Psycho Circus". Avec l'arrivée de la rythmique, cette impression se transforme pour se parer d'une allure plus terne encore, presque industrielle. Oui, ça y est, je le tiens : Obtuse Corner traduit la musicalité improbable d'une usine du domaine de la métallurgie. Ce n'est pas une critique loin s'en faut ; au contraire même, c'est très Chu Ishikawa (Tetsuo évidemment) comme approche... On imagine sans peine des ouvriers mi-hommes mi-machines, indissociables de leur environnement, travaillant en rythme au sein d'une fournaise. Je m'égare certes, mais alors c'est que le titre fonctionne vraiment !

Le Jack On The Groove de D.S. développe un univers sonore moins riche en comparaison. Le rythme est bien là mais il ne me remue que de façon cognitive, sans réellement m'inspirer. En fait on se croirait sur un char en pleine parade ; peut-être ce titre a-t-il besoin de volume, d'espace et de foule pour prendre son envol ?

Ce qui n'est évidemment pas le cas du Bleu - Process Cyan de Scan X. L'ami Dri, c'est indéniable, rentre dans le lard à une vitesse déroutante, et le morceau s'envole avant même d'avoir démarré. La rythmique est ultra-speed et basique, elle progresse, comme toujours avec l'artiste, de façon virale. Ca ne fait pas de doute : Scan X est vraiment une force de la nature - et accessoirement l'artiste labellisé F Com dont l'univers me touche le plus. L'écouter donne envie de se payer un trip Wipeout sur écran géant pour affronter avec lui les éléments et briser nos propres limites ; bref c'est IN-CRO-YA-BLE ! Un tremblement de terre de plus à son actif...

Vous vous souvenez du sentimental Too Late d'Iberian, entendu un disque plus tôt ? Et bien oubliez-le ! Avec Crusher, Iberian compte bien combattre Scan X en matière de potentiel destruction. Pas une sonorité arrondie sur Crusher : celles-ci sont aiguisées, rouillées, sales... tout comme la rythmique acérée. Le morceau est court mais quelle claque !

Juantrip' continue de développer l'univers torturé de ses camarades en offrant sa version tordue du jingle THX sur les premières secondes de Louis' Cry. L'ensemble est très alien, mais parfaitement enlevé et enjoué. Au risque de déplaire à Juantrip', la nappe qui souligne discrètement le morceau fait penser à une version très timide des mélodies chères à Fatboy Slim. Et puis le hurlement éponyme fait son apparition, déchire la retenue du morceau... Le cri comme composante musicale ? Juantrip' parvient à donner des éléments de réponse, parfaitement déroutants dans leur efficacité, et tout de même un peu effrayants...

L'edit de The Milky Way d'Aurora Borealis ménage nettement plus l'auditeur... ou du moins c'est l'apparence qu'il donne. Car si sa montée est douce et progressive, la transition se fait de façon brutale vers un corps rapide au schéma très simple. Les nappes qui accompagnent en background la figure rythmique, à plusieurs reprises, sont très distantes mais parviennent à s'insérer dans un ensemble classique mais pas déplaisant.

Je ne vous cache pas ma joie malsaine ; La Collection - Chapter 2 croise à nouveau le chemin de Scan X en plongeant dans son Eternal Deep. Une chute grave entame le morceau. On se sent tomber jusqu'à ce que la figure rythmique nous ramasse pour nous entraîner dans son sillon. Le fond est une fois encore organique, quasi-digestif, et Scan X y superpose des sons plus incisifs et des rythmes rapides. Au final le morceau nous échappe dans un maelström de sonorités ahurissantes, propres à vous emmener dans une pièce capitonnée pour le restant de vos jours - heureusement que le titre s'estompe avant que les dommages soient irréparables. Ce n'est pas Bleu - Process Cyan, mais c'est tout de même très bon !

Nous voici en 2019 - soit six ans après le retour de Snake Plissken - en compagnie de Taho. Le monde a poursuivi son évolution technologique mais semble empreint d'une gravité oppressante. Ce rythme est-il, comme dans le Rainforest d'Alaska, celui d'une fuite ? 2019 ne construit pas l'appréhension sur la durée, mais l'instaure immédiatement pour y puiser la force nécessaire au reste du titre. C'est assez joli même s'il manque cette envolée qui donne justement à Rainforest une dimension supplémentaire. On a l'impression que ce titre a été placé là exprès pour préparer le terrain pour le dernier titre de la compilation, le Dance 2 The Music (Oxident mix) de Laurent Garnier.

Une ouverture grouillante, perverse et pourtant aérienne, qui se poursuit sur des nappes posées et envoûtantes. Garnier s'offre littéralement dans ce titre que l'on ressent très personnel et généreux. On y évolue lentement, au sein d'un paysage vaste et apaisant, qui ressemble fortement - et c'est approprié - à une fin de parcours. L'état des lieux évolue au rythme de la musique, et la découverte de cet environnement semble s'enrichir d'une perception améliorée, comme si tout le disque prenait, en quelques minutes, tout son sens. Il est étonnant d'apprendre que ce titre a en fait été "reconstruit" par Iberian ; l'artiste semble en effet avoir réussi à tirer de ce morceau qui n'est pas le sien un substrat idéal, plus vrai que nature. Une question de recul peut-être ? A moins que ce soit une histoire de famille...

On constate alors que la famille F Communications justement, a réussi à nous emmener là où elle le voulait et que nous y sommes bien ; Dance 2 The Music pourrait durer une heure de plus que nous ne saurions nous en plaindre. Le voyage a été varié, riche en détours sublimes (Alabama Blues, Rainforest, Aleph, Rainfall, Bleu - Process Cyan, Crusher, Eternal Deep...), et l'entité "Laurent Garnier revu par Iberian" le conclue de la plus belle façon qui soit, en posant les bases de la nostalgie qui va être provoquée quelques instants plus tard, par l'arrêt de la musique. A bientôt...

Akatomy / Juillet 03