Voici un extrait du livret de la compilation
Live and Rare, rédigé par Eric Morand et concernant
l'année 1995 : "En Novembre, une cassette arrive au bureau.
Surprise, signée Jay Alanski. D'abord la stupeur. Puis le choc.
A Reminiscent Drive vient de rejoindre F Comm."
Les mots peuvent sembler forts mais
ils ne sont que l'exact reflet du traumatisme provoqué par l'écoute
de ces premiers titres électroniques de Jay Alanski, vétéran
ombragé de la pop française. En pleine explosion du trip-hop,
il a choisi de ne pas suivre les schémas majeurs établis
par les trois rois mages du courant, à savoir Portishead, Massive
Attack et Tricky, s'aventurant ainsi dans un univers downtempo très
personnel. D'autres avant lui ont effectué cette démarche
mais il y a fort à parier que l'expérience de Jay Alanski
a fait toute la différence car l'excellent résultat est
singulier : à travers des morceaux courts et vaporeux, enrobés
dans un coton de basses fréquences, il nous entraîne dans
un monde électronique à part qui devrait perdurer.
Il suffit d'écouter Foot Prints,
ballade nocturne au piano sur une brume de nappes clouées au
sol, pour deviner l'ampleur de la claque qui nous attend. Dans une veine
bien différente de celle des productions de Nova Nova, Foot
Prints plonge l'auditeur dans un état presque second où
ses émotions sont directement liées aux notes du piano
; l'abandon aux sens est de rigueur, comme pour un film de David Lynch.
Essayez et vous devriez très facilement percevoir des images
mentales dessinées par la musique...
Leg Show poursuit cette exposition
de tableaux sonores avec un duo lent guitare/basse qui vous fera grimacer
de bonheur. La guitare préalablement passée dans une légère
distorsion et un Lo-Fi vous accroche l'oreille comme un solo
de jazz jusqu'à ce que la basse vienne apporter un peu de chaleur
et vous vous suprendrez certainement à mimer le bassiste.
Sourire garanti avec Daydream Corridor,
construit comme une lente montée orchestrale vers l'unisson :
utilisation en boucle de l'ensemble des percussions d'un orchestre (xylophone,
triangle, cloches tubulaires...), petites incursions de flûte
et montée en puissance des cordes, sans toutefois s'éterniser
trop longtemps lorsque tous les éléments sont présents.
D'ailleurs, c'est probablement l'une des raisons pour lesquelles les
morceaux de Jay Alanski sont aussi souvent des pièces courtes
; inutile d'en rajouter lorsque tout est dit.
Sky, déjà présent
sur Musiques pour les plantes vertes, pourrait être ce
son que l'on aimerait entendre dans les aéroports et autres lieux
publics internationaux. Très doux à l'oreille, apaisant
pour les nerfs avec un soupçon de nonchalance, son écoute
semble étirer le temps, stopper l'instant ; une excellente médication
pour diminuer le stress et enfin arrêter de courir.
Dans la même veine internationale
mais avec beaucoup plus de mystère, Warehouse évoque
le silence d'un lieu sacré qui aurait été abandonné
puis intégré à son environnement ; non loin des
temples d'Angkor, les sifflements et les cuivres lointains, les chants
orientaux et la voix féminine éthérée, le
bercement d'une basse en suspension... A Reminiscent Drive cherchait-il
à insuffler cette dimension spirituelle aux hangars désaffectés
qui servaient les nuits des premières fêtes ?
Puis vient Relief, extension
de Warehouse, d'une tristesse éprouvante : la guitare
pleure, le clavier se recueille, le métronome résonne
comme un goutte-à-goutte tandis que les nappes se fondent en
larmes. Tout simplement magnifique.
Pour les techniciens, sachez que ce
maxi (et ceux du même auteur qui suivront) a été
enregistré sans séquenceur, c'est-à-dire que chaque
piste a été enregistrée individuellement avant
d'être mixée aux autres. La singularité du résultat
est une conséquence évidente de ce mode de composition
en provenance directe de l'expérience pop de Jay Alanski. Pour
les autres, vous aurez compris que ce Flame one EP est une tuerie
qui vous ouvre trois options : 1. Vous le procurer rapidement si ce
n'est déjà fait - 2. Vous procurer l'album Mercy Street
qui reprend certains morceaux du maxi - 3. Faire l'autruche et attendre
de vous prendre la claque dans une dizaine d'années, quand Mercy
Street s'ouvrira rétrospectivement à un public plus
large. La balle est désormais dans votre camp.
J-Me
/ Juillet 03