Deux ans après A View of Manhattan...,
Shazz revient au coeur de The Big Apple et signe en 1996 son
ultime maxi chez F Communications : Back in Manhattan EP.
En effet, son contrat chez F Communications arrivant à
échéance, il a préféré quitter le
label pour rejoindre Columbia Records, structure nettement plus
grande qui lui permet d'accéder à une distribution plus
large et à une production plus confortable. Que les ardents défenseurs
de l'underground se rassurent, les années qui ont suivi nous
ont démontré que ce pas vers l'ennemi n'avait rien enlevé
à la qualité des productions de l'artiste. De toute manière,
Shazz a suffisamment fait pour les débuts de la house en France
entre 1991 et 1996 pour que l'on puisse accepter sa démarche.
Ce contexte établi, il est du
coup bien difficile de ne pas voir en Back in Manhattan un titre
d'adieu aux années passées chez Fnac Music Dance Division
puis chez F Communications ; un peu comme si Shazz quittait virtuellement
Paris pour NYC, berceau de la house qu'il affectionne et nouvelle source
d'inspiration pour les pochettes de ses futurs albums. Le 12'' old
school mix est ainsi imprégné de cet exquis mélange
de tristesse des accords mineurs avec une irrésistible envie
de danser : la voix typée gay black american de Derek
Bays, les sons de basse et d'orgue caractéristiques du garage,
le motif de piano en boucle dans la droite ligne des productions house
du début des années 90... Un court et très agréable
voyage dans le temps, porté par des éléments d'une
simplicité évidente mais qui transpirent l'esprit originel
du garage.
Pour ceux qui aiment placer des vocaux
dans un set ou qui souhaitent simplement apprécier la voix nue
de Derek Bays, le mix a-capella est disponible. Quant à
ceux qui y sont allergiques, le mix 7'' instrumental vous permettra
de placer Back in Manhattan dans un set sans avoir peur d'y rajouter
une voix de fausset au pitch.
Il est probable que vous ne connaissiez
pas Un Film Snob Pour Martien de Jean-François Coen, artiste
pop français signé chez Columbia Records, mais
vous en connaissez pourtant les versions instrumentales des remixes
qu'avait effectués Shazz pour cet artiste, puisqu'il s'agit de
La Seine, Place St-Georges et Le Marais. Excellente
initiative d'avoir édité ces versions car il faut bien
avouer que la voix de Jean-François Coen ne s'accordait pas vraiment
aux travaux de Shazz.
La Seine est un magnifique morceau
house où les doigts d'Alex Destrez semblent partir dans une improvisation
jazz au piano qui se marie parfaitement aux nappes et aux programmations
rythmiques de Shazz ; énormément de classe pour un titre
qui n'est pas sans me rappeler les productions de Victor Simonelli.
Place St-Georges n'est autre
qu'une version assagie de La Seine où ne subsistent que
le piano et les nappes. Certains risquent de tiquer sur le côté
piano-bar du morceau et ils n'auront pas tort, mais ils pourront se
replier sur Le Marais, perle douce sur une rythmique hip-hop
emprunté au Organ Talk de St Germain-en-Laye ; on se croirait
sur un nuage, non loin d'une production aérienne du label Good
Looking Records qui aurait calmé son tempo.
Retour sur New York City, le temps d'un
Back in Manhattan (remix) plus minimal que le 12'' old school
mix : moins d'intensité dans la voix de Derek Bays, moins
de piano et d'orgue, un peu plus de jeu dans la rythmique... Un mix
qui trouve sa place dans un set aux alentours des cinq heures du matin,
quand la fatigue se dessine et qu'une légère descente
physique est nécessaire avant de remonter vers des sons plus
massifs.
En guise de conclusion, le sublime Intro
: morceau deep house qui ne déplaît probablement pas aux
puristes comme DJ Deep et dont Shazz détient pourtant les secrets
tant Intro reflète le son qu'il a pris le temps de développer
chez Fnac Music Dance Division puis chez F Communications.
Deux accords de piano, une rythmique toute en ondulation, des nappes
douces très électroniques qui apportent les minuscules
vibrations nécessaires à la magie : le son typique des
premières années de Shazz associée à une
maturité évidente dans la production.
Et à l'image d'Intro,
c'est tout ce Back in Manhattan EP qui respire la house du début
des années 90, imprégné de son âme sans toutefois
en avoir le grain. Certains pourront toujours dire qu'il est temps de
passer à d'autres sons, mais quand ceux-ci sont produits avec
autant de sincérité dans l'hommage qu'ils rendent aux
sources de cette musique, on ne peut qu'en redemander.
J-Me
/ Juillet 03