Un an après le Metaphysic
? EP qui m'avait noyé de bonheur, c'est avec un plaisir non
dissimulé que je me précipitais sur le nouvel opus de
Nova Nova, préférant dans un premier temps son format
12'' au tracklisting réduit. Arrivé chez moi, impatient,
je posais la tête de lecture sur le sillon. Et malheureusement,
c'est une légère déception qui m'a envahi tout
au long de cette première écoute. Pourquoi ? Sans doute
parce que je m'attendais aux mêmes envolées romantiques
que Zephyrel I ou Falicpa, or D.J.G.G respire un
doux mélange de joie et de mélancolie tandis que X-Static
s'éloigne des sentiers tracés par la trance.
Il m'aura donc fallu quelques mois pour mettre de côté
mes attentes et revenir avec une oreille neuve sur ce maxi ; démarche
que je ne regrette pas, loin de là, puisqu'elle a même
entraîné l'achat du CD qui contient six titres supplémentaires
dont quelques perles.
Voici donc le récit d'une jolie boucle auditive...
-8, courte plage atmosphérique, donne
le ton dans sa réverbération : vous partez pour un voyage
à l'horizontale d'une durée approchant l'heure, alors
autant bien vous installer pour en profiter pleinement. Une fois passé
ce sas des sens, les premières larmes réminiscentes de
Zephyrel I résonnent dans l'introduction de X-Static,
toujours aussi syncopées, toujours aussi belles, portées
par quelques échos féminins. Toutefois, point d'ascension
romantique. C'est une danse de salon moderne qui s'instaure entre une
ligne de basse très sobre et un lead sorti de Detroit. Agréable,
presque heureuse, jusqu'au retour des larmes de Zephyrel I et
au passage en tonalité mineure. On y ressent comme un sentiment
de solitude stellaire qui n'est pas sans rappeler l'épave de
Magnetic Rose, première partie du film Memories
supervisé par Otomo. Les connaisseurs apprécieront.
Christabel, première contribution de Zarathoustra
sur la version CD, offre une transition éclairée de nombreux
cycles sonores qui apparaissent comme des vapeurs multicolores sur le
brouillard d'une basse fréquence, large et somptueuse.
Les fumées colorées se
dissipent, le spectre sonore se vide, quelques bleeps résonnent
depuis la pellicule d'un film de SF des années 70. Et une note
synthétique s'immisce. Une simple note. Sur cette note, la voix
d'une cantatrice se détache d'un accompagnement orchestral lointain,
comme une bande magnétique perdue dans l'épave baroque
de Magnetic Rose (on y revient). Magnifique minute de
silence que l'on respecte. Puis le morceau s'étoffe, saisi d'un
groove discret mais d'une classe rare. Toute la force de D.J.G.G
réside d'ailleurs dans cette beauté minimale, où
le moindre son, la moindre fréquence prend de l'importance. Et
une fois que l'on a compris le truc, le break s'avère ravageur
dans sa subtilité et l'on aimerait que les douze minutes du morceau
s'éternisent.
Ce serait manquer les cinq minutes d'Azoth, nouvelle
perle au calme noire composée par Zarathoustra. Une nappe semble
y pleurer, comme hypnotisée par une spirale de patterns
sonores. Droite ligne vers le coeur de l'oeuvre ou celui du vaisseau
fantôme, selon...
Tout s'interrompt à l'entrée
dans la pièce Nova cantica. Les couleurs sont grises,
pâles. L'intérieur d'un temple. Une église peut-être,
inspirée par les choeurs. Un tombeau de roi. Quatre éléments
sonores : des bleeps, des choeurs, des nappes et une basse qui rythme
le coeur. Parfait.
La lumière revient, transportée
par Kubla Khan. Lumineux, certes, mais un peu fade après
l'intensité de Nova cantica, il faut bien l'avouer. Toutefois,
il sert bien son rôle d'intervalle puisqu'il permet d'arriver
frais sur le remix de D.J.G.G par Orange aka Shazz. Basse
ronde, chaloupée, nappe que l'on croirait sortie de Lost Illusions
et petites insertions de piano. La patte de Shazz se reconnaît
immédiatement et l'on adore, évidemment.
Malheureusement, la chute n'en est que
plus rude lorsqu'on arrive sur +8, dernière plage du CD.
Même si l'on est pas loin du son respectueux de 808 State, +8
ressemble davantage à une accumulation de bleeps sans queue ni
tête, et c'est bien dommage de terminer le voyage musical sur
une note négative, même si celle-ci s'atténue dans
le calme atmosphérique qui renvoie l'auditeur sur -8.
La clé est peut-être là : nous donner l'envie de
débuter un nouveau cycle pour oublier la fin du précédent.
Ainsi parlait Zarathoustra...
J-Me
/ Mars 03