N'allez pas croire que Jeff Mills a composé ces
quatre titres pendant ses vacances à Dijon en 1995, entre une
belle entrecôte accompagnée de la fameuse moutarde locale
et un verre de Romanée-Conti, car sous ses apparences
américaines, Square cache en réalité deux petites
frappes françaises bien inspirées. L'affiliation aux productions
signées du sieur Mills en question est évidente, certes,
mais elle n'enlève rien à la qualité des différents
morceaux, bien au contraire.
Obtuse Corner initie sèchement
la figure géométrique, dans une atmosphère pratiquement
martiale. Le travail qu'effectue le morceau sur l'auditeur est intérieur,
porté par les nombreuses variations subtiles autour d'une boucle
mécanique qui ne quitte pas le spectre sonore. Du très
grand art. Puis la mécanique laisse place aux balbutiements du
binaire, époque 1920. Emphasis, qui partage avec Obtuse
Corner cette structure axée sur une seule boucle, sonne un
peu plus perturbée et résonne comme un extrait de Metropolis.
Toujours aucune concession.
Skyway Tolls poursuit ce cycle
de rotations axiales et hausse le ton ainsi que le rythme. Sans atteindre
le côté bruitiste industriel ou la rudesse du hardcore,
on est ici en terrain sérieux et il s'agit certainement d'un
des morceaux les plus durs jamais sortis sur F Communications.
Une techno plus qu'intègre, fidèle aux sons américains
du début des années 90, qui joue avec les cassures de
rythme que l'on pouvait déjà noter dans les deux morceaux
précédents.
Enfin, Fourth Angle Mix conclue
ce carré mécanique avec la même rigueur vertébrale,
un goût plus prononcé pour les basses fréquences,
et une légère influence du son de Luke Slater, dans ses
productions sur Peacefrog sous le nom de Planetary Assault System.
Un maxi difficile d'accès, il
faut l'admettre, mais qui ne décevra pas les aficionados de Jeff
Mills, si toutefois ils arrivent aujourd'hui à mettre la main
dessus...
J-Me
/ Mars 03