Un peu moins d'un an après son
premier EP sur F Communications qui avait déjà
beaucoup fait parler de lui (cf. F005),
Juantrip' revient avec un excellent maxi toujours aussi inclassable,
terriblement surprenant et particulièrement varié.
Je me souviens de la première
fois où j'ai entendu A Mad House hurler sur le système
du Rex : je me suis précipité vers la cabine avec un sourire
jusqu'aux oreilles pour connaître le nom de cette tuerie que Laurent
nous avait encore débusquée. Il était déjà
tard dans la soirée (ou tôt dans la matinée),
mais face à un tel bulldozer techno, il était clairement
impossible pour moi de ne pas me laisser entraîner. Entre la lourde
rythmique qui vous assomme, les sons de choeurs et de pianos retravaillés
qui vous vrillent les neurones, les petits breaks qui vous relancent
régulièrement - juste ce qu'il faut - et les sept
minutes de tempo bien soutenu, A Mad House a tout du morceau
de rappel, en toute fin de soirée, pour achever les derniers
acharnés et les envoyer se coucher crevés mais heureux.
Et si l'on cherche bien, on peut y retrouver quelques similitudes avec
un Altered States de Ron Trent. That's my opinion.
Anyway, Point System est
là pour redescendre. Sublime morceau calme et vaporeux qui s'instaure
avec un feu de forêt nocturne, prétexte à de multiples
bruits étranges. Une percussion nous entraîne dans le cycle
d'une séance d'hypnose. Légère pause éthérée
d'une guitare, d'un harmonica et de quelques effets électroniques.
Le pied se lance. Montée mentale.
Toujours bercé par cette vapeur
délicate de sons, une voix, une simple boucle, revient nous guider
à intervalles réguliers dans ce voyage des sens, jusqu'à
ce qu'une nappe volupteuse vienne confirmer l'arrivée au Walhalla.
La redescente ne tarde pas mais se passe en douceur, dans l'écho
de la percussion du début. Une véritable expérience
sur sofa (sans substances, je précise...) qui gagne d'après
moi à être légèrement accélérée
(+2).
La suite se dessine encore plus lentement
avec The Yellow Blood, magma sonore qui sert principalement à
installer le climat du morceau suivant, Girl Reaction. L'arrivée
d'une petite sirène à la fin du premier morceau annonce
le départ de la locomotive du second, car Girl Reaction
est une petite locomotive, tout comme Salinas de Guillaume La
Tortue ou Inflation of Knowledge de Spasms sur Djax-Up-Beats.
Une construction en lente montée, basée sur une boucle
sans fin, voix sourde et discrète mais qui vous enveloppe complètement
et vous emmène dans un voyage sinistre vers son antre, au fond
de la forêt dans laquelle vous vous êtes faits hypnotiser
par Point System.
La description peut paraître abstraite,
imagée, mais le portrait du maxi se dévoile enfin : Switch
Out The Sun, dans la synthèse de ses cinq fragments, pourrait
bien être le récit d'un mauvais trip de fin de soirée,
ou encore une relecture électronique du poème The Pied
Piper of Hamelin dans un univers peint par David Lynch, texte qui
avait déjà inspiré Russel Banks et Atom Egoyan
pour le film De Beaux Lendemains.
Ce n'est pas le morceau éponyme,
classique du répertoire F Communications, qui contredira
cette théorie. Initialement boudée par ma personne, les
années ne détériorent pas cette comptine psyché,
bien au contraire, et je me laisse de plus en plus envoûter. Une
fois de plus, les oreilles averties du label avaient raison ; encore
merci.
Vous l'aurez donc compris, Switch
Out The Sun fait partie de ces must have et Juantrip', artiste
à part, est une facette à suivre pour les connaisseurs
ou à découvrir pour les curieux de l'expérience
sonore et sensorielle. Bref, c'est du bonheur.
J-Me
/ Février 03