Sancho does F Communications
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Shapes Under Water
Astral Dreams (Speakers Mix)
Bouncing Metal
Rising Spirit
Harmonic Groove
The Force
Geometric World
022
Rex Attitude
Raw Cut
Track For Mike
Silver String
Oral Sex

Extraits F Communications

F014

 

Laurent Garnier
Shot In The Dark

F014
released in October 1994
DLP/CD/MC
available on the Acheter ce disque sur le FcomShop Shop

 

Critique rétrospective de Shot In The Dark, premier album de Laurent Garnier et premier album du label F Communications. Si Unreasonable Behaviour sonne comme une interprétation enfin personnelle de la musique électronique par Laurent et que 30 se traduisait comme une ouverture vers les styles de musique qu'il affectionne, alors on pourrait définir Shot In The Dark comme un hommage à la techno originelle et à ses créateurs. Pourtant, il s'agit d'un album qu'il a produit seul du début à la fin, alors qu'il a été assisté de Stéphane Dri aka Scan X sur 30 et de Laurent Collat aka Elegia sur Unreasonable Behaviour. Par ailleurs, ses derniers maxis sur Fnac Music Dance Division avaient été produits pour la plupart chez Ludovic Navarre, ce qui ne fait que renforcer la singularité de cet album, première longue traversée en solitaire de Laurent ; c'est d'ailleurs ce qui lui donne son caractère unique et son incontestable valeur, car encore aujourd'hui, cet album sonne terriblement bien. Démonstration :

Le voyage commence dans une introduction de vents métalliques comme il sait si bien les rendre ; hommage immédiat à Detroit aka The Windy City. Nappes teintées d'acier qui se lancent, en référence directe aux productions de Derrick May, petite avancée de charley, et descente d'énormes basses qui secouent les sens lorsqu'elles s'expriment sur un gros système. On se trouve en territoire connu pendant les trois premières minutes, plongé au beau milieu de la scène techno de Detroit jusqu'à ce que la touche de Garnier vienne se rajouter, à savoir ces petits rappels de caisse claire et ces variations synthétiques caractéristiques de Breathless notamment. Shapes Under Water est donc une très haute ouverture de l'album en terme de qualité, et reste probablement à ce jour un des morceaux de Laurent que je préfère.

Astral Dreams (cf. F012) retourne l'auditeur avec son tempérament agité tandis que Bouncing Metal sonne comme un de ses cousins éloignés : une même progression, aux douces sonorités industrielles, mais non dédiée au dancefloor. Ici, point d'énergie mais plutôt une visite guidée des usines fantômes de Detroit, où résonne encore la régularité des mécanismes automatisés de production. Et cette vague boréale qui traverse l'espace vide du hall, témoignage de la beauté synthétisée par l'atmosphère de la ville.

Beauté renversée dans Rising Spirit, hommage magnifique à une personne proche de Laurent, disparue à cette époque. Comme une extension de Bouncing Metal, l'expression nocturne, au creux de cette usine désaffectée, d'une tristesse parfaitement humaine et d'une larme heureuse versée devant le sourire de cette âme qui s'élève vers le repos...

Puis la tendance s'inverse à nouveau, comme dans un set de Laurent où l'on ne sait jamais ce qui peut suivre, avec l'arrivée d'un groove expressif dans Harmonic Groove, parent pauvre (avouons-le) de Rex Attitude. Heureusement, la remontée est garantie avec The Force. Sans être une copie conforme des productions typées de Chicago, on ne peut s'empêcher de penser au Black Out de Lil Louis en entendant cette voix d'outre-tombe scander "House Force" ou "May The Force be with you" sur une bonne grosse basse. Minimalisme chaleureux de rigueur mais qui ne fait qu'amplifier l'effet de chaque élément. Trop bon !!

Geometric World est dédicacé à Manu Le Malin, le ton est donc donné d'entrée. Ambiance sombre, tempo soutenu mais pas trop, légères saturations et une ligne de basse qui miaule de simplicité. On sent déjà l'envie de jouer avec la propreté du son, tendance qui explosera un an après avec le Flash de Green Velvet sur Relief.

Puis retour au calme sur 022, douceur aquatique que l'on pourrait interpréter comme un hommage privée à Delia, pour son 22ème anniversaire, tant on ressent de respect intime dans ce collage délicat de sons. Très beau, très humble.

Pour la petite histoire, Rex Attitude a été pressé une première fois dans une version comportant une introduction plus longue mais qui n'a pourtant jamais été vendue. Pourquoi ? Comme son nom le sous-entend, Rex Attitude est dédié au public du Rex, et plus particulièrement aux personnes qui ont "réveillé" Paris le jeudi soir pendant deux ans lors des légendaires soirées Wake Up!. C'est la raison pour laquelle cette édition, magnifiquement gravée de messages et limitée à mille copies, a été distribuée en cadeau d'adieu aux personnes qui étaient présentes lors de la dernière soirée Wake Up!, le jeudi 2 juin 1994.

Toutefois, Laurent a vraiment bien fait de laisser ce titre sur l'album car la puissance de Rex Attitude est indéniable. Impossible de ne pas se laisser aspirer par ce seul son qui mène vos sens dans un tunnel d'énergie, contruit seconde après seconde par les différents ingrédients qui se mêlent et baisent littéralement entre eux. Une sensualité subtile et un hommage à Maurizio au passage, voilà la force de ce morceau.

Enfin, les deux titres qui concluent le CD sont des hommages aux producteurs du label Underground Resistance. Raw Cut, au groove squelettique, rappelle (de loin) les premières sorties de Jeff Mills, tandis que Track For Mike, comme son nom l'indique, est clairement revendiqué. Clameur calme qui aurait été soi-disant refusée par Mad Mike, non pas pour des critères de qualité de production mais sous prétexte qu'un blanc ne pouvait sortir de disque sur Underground Resistance... Quoi qu'il en soit, le track porte bien l'empreinte sans compromis des sorties UR, même si Laurent ne porte pas de balaclava en allant faire ses courses...

L'édition en vinyle de Shot In The Dark ne comporte pas Astral Dreams, déjà sorti en maxi. Par contre, un titre supplémentaire y figure : Silver String, petite anecdote sans prétention basée sur un riff de basse et un couinement de cuivre synthétique. Dispensable.

En revanche, il existe une édition limitée en vinyle jaune, introuvable aujourd'hui, sur laquelle figure une piste cachée, non mentionnée sur la pochette pour cause de droits. Le deuxième morceau de la face D qui n'en compte normalement que deux s'appelle donc Oral Sex et il s'agit d'une bombe minimale from Chicago qui sample sans honte un titre anglais inconnu (morceau de hip-hop, je crois...) sur lequel une prostituée jouit pleinement de sa rencontre avec un bobby. Il suffit de l'entendre une fois pour immédiatement accrocher. Excellente initiative à connotation sexuelle dans la lignée cochonne des Planet Sex, Pigalle et autres Orgasm.

Pour conclure cette critique fleuve, je ne vanterai pas le caractère indispensable de cet album car il découle de toutes ces lignes, mais je reviendrai sur son titre, inspiré par une nuit de conduite, dans le brouillard des autoroutes anglais. Shot In The Dark : une tentative singulière, volontaire, loin des lignes tracées par le marché, et qui n'a pas manqué sa cible en ce qui me concerne.

J-Me / Décembre 02