Cardia est certainement le premier morceau de
Scan X que J-Me m'ait fait écouter. Je dois avouer que, avant
d'écouter ce morceau et certains de ceux qui l'ont accompagné
(et que vous retrouverez au fil du temps dans ces pages), j'étais
relativement sceptique quand à la capacité d'un morceau
de musique électronique "pur" (comprendre hors trip-hop)
à susciter la moindre émotion chez moi. Bien en a pris
à l'instigateur de ce site...
Lorsque l'on insère le Random Access EP
dans une platine, ce sont les battements de cur en reverb de Cardia
qui parviennent en premier à nos oreilles. Une fois que ces battements,
couplés au beat régulier du morceau - lui-même battement
synthétique -, se sont imposés non seulement à
votre cerveau mais à votre corps tout entier, une espèce
de vibration sonore s'y superpose, avant de se transformer et de mieux
les remplacer. Commence alors une montée très lente, presque
imperceptible, au cours de laquelle de nombreuses percussions s'entremêlent
les unes aux autres, jouant avec la texture du morceau, réorganisant
discrètement les connexions électriques (électroniques
?) du cerveau de l'auditeur.
Une fois que les synapses se sont habitués à
l'information quasi-régulière à relayer - c'est-à-dire
vers 4'04'' -, le morceau s'interrompt partiellement, perdant - à
l'oreille uniquement - une partie de sa dimension. Intérieurement
néanmoins, Cardia continue sa progression, presque virale
tant elle est pernicieuse. Aussi, lorsque les différentes couches
refont leur apparition, rejouant le jeu d'une progression/dissolution
qui paraît sans fin, le corps y est déjà habitué,
anticipant chacune des reprises pour mieux relancer le désordre
cérébral entamé quelques minutes plus tôt.
Lorsque Cardia termine sa course plus de quatre
minutes plus tard, ce chaos maitrisé qui semble naviguer à
l'intérieur même du crâne, entre les tympans droit
et gauche, continue de progresser un bon moment avant de s'éteindre,
contaminant partiellement l'écoute des pistes suivantes. Cardia
est un grand moment de possession musicale, presque organique dans ses
sonorités et ses évolutions, qui reste à ce jour
mon morceau favori de sieur Stéphane Dri.
J'insiste beaucoup sur Cardia car il représente
pour moi une espèce de "traumatisme F Com" originel
; ceci ne veut pas dire pour autant que les quatre autres pistes du
CD ne méritent pas une écoute - loin s'en faut ! Liquid
Metal fonctionne un peu de la même façon que Cardia,
même si ses sonorités sont moins organiques et insidieuses.
Elements est plus clairement électronique, et Leitmotiv
jouit d'une ligne de basse incessante et ravageuse. Celebration
enfin est une curiosité auditive, presque dérangeante
tant les sonorités qu'elle met en uvre semblent dissonantes.
En l'écoutant, on a l'impression d'assister à un concert
sous-marin, duquel tentent de faire surface des bulles d'oxygène
sans cesse plus frénétiques et agressives.
Random Access est donc un EP fascinant, dans
lequel s'étalent de nombreuses facettes du talent de Scan X,
confirmé dans l'immense Chroma - unique album de l'artiste
à ce jour -, et dans ses nombreux autres EP. Nul doute que nous
vous en reparlerons...
Akatomy
/ Décembre 02