Une heure d'interview avec Laurent Garnier. Belle opportunité, certes, mais comment la rendre unique, originale et intéressante après la sortie de son livre Electrochoc et les nombreuses autres rencontres déjà publiées ?
Première étape : provoquer l'inattendu. Alors que je devrais profiter de la moindre minute accordée, je décide d'en brûler quelques-unes en laissant Laurent découvrir l'introduction complètement barrée du film Dead Or Alive de Takashi Miike, histoire de lui changer les idées au beau milieu de son marathon de la promotion. Seconde étape : s'écarter de l'objectif initial. Je suis là pour parler de son nouvel album ? Très bien, je vais essayer d'en parler le moins possible. Le résultat : une conversation avec Laurent Garnier comme vous n'en lirez probablement pas ailleurs. En espérant que vous apprécierez le voyage et que vous reviendrez très bientôt sur nos lignes...
Music
No Music
Sancho : Étant donné que tu as déjà plusieurs interviews dans les jambes, que j'écrirai un article sur l'album quoi qu'il arrive et que le gens pourront certainement trouver une mine d'informations à ce sujet dans l'actualité musicale, je te propose une alternative : soit on parle de l'album, mais on essaie d'en parler différemment, soit on ne parle pas du tout de l'album.
Laurent Garnier : Comme tu veux. C'est toi le chef.
Je ne pense pas qu'on aura le temps de tout faire...
C'est comme tu veux.
Bon... Alors, on va parler brièvement de l'album.
D'accord.
Corinne me l'a envoyé la semaine dernière, donc je me suis écouté ça tranquillement, un matin, avec l'affiche devant les yeux, comme c'est indiqué sur le livret et le premier truc qui ressort, bien évidemment, c'est qu'il s'agit d'un album cinématique. Je ne sais plus si la formule vient de toi ou d'un journaliste mais c'est vraiment...
C'est clair.
Certains parlent de rupture, que ce n'est pas du Garnier, alors que...
Je ne suis pas d'accord.
Je trouve qu'au contraire, même si ce n'est pas ton son, il correspond parfaitement et logiquement à ta personne.
Pourquoi ce ne serait pas mon son ?
Parce qu'on pourrait s'attendre à quelque chose qui soit davantage dans la veine de tes productions précédentes.
Sur Unreasonable Behaviour, si tu enlèves The Sound Of The Big Babou, Dangerous Drive, The Man With The Red Face, et que tu considères plutôt Forgotten Thoughts, Downfall ou Communications From The Lab... Ces titres auraient très bien pu figurer sur The Cloud Making Machine.
Ces titres restent quand même très électroniques et leur structure est relativement facile à suivre, tandis que sur The Cloud Making Machine, et plus particulièrement ses cinq premiers morceaux, pour peu que tu y sois sensible, tu plonges entièrement et tu ne sais jamais ce qui va suivre.
Seulement si tu y es sensible... Cet album est une histoire. C'est une histoire assez chaotique parce qu'on se retrouve successivement dans des ambiances très différentes. On ne pourrait pas sortir un maxi qui soit représentatif de l'album. Ne serait-ce qu'avec les quatre premiers morceaux, on part déjà dans des univers tellement différents... Le premier sert d'introduction mais ensuite, tu arrives sur 9.01-9.06 qui est très influencé Warp, Boards Of Canada... Puis tu tombes sur Barbiturik Blues, un ovni sur lequel le jeu de Bugge est très chaud, la basse est très lourde, un peu comme Massive Attack, et les percussions sont toujours traitées jusqu'à saturation... Et sur Huis Clos, tu entres dans un univers entre sable et glace avec Dafher Youssef... En quatre morceaux, tu es déjà bien désorienté. J'aime beaucoup le cinquième qui vient d'un court-métrage : j'avais travaillé sur la danse contemporaine lors d'une exposition d'art contemporain et...
Il s'agissait de quel chorégraphe ?
Ce n'était pas pour un chorégraphe. En fait, c'est un réalisateur assez connu dans le monde de la publicité, vraiment brillant, dont la soeur fait partie d'une compagnie. Elle a invité trois amies à danser avec elle dans un lieu bien précis, à un moment bien précis, et c'est son frère qui s'est occupé des éclairages et de l'enregistrement. Voilà. Il ne s'agissait donc pas d'une chorégraphe professionnelle à proprement parler. Bref, j'avais travaillé là-dessus et c'est vrai que l'ambiance posée peut dérouter les gens mais ça me plaît bien. Après tout, F Communications est un peu comme ça, non ?
Oui, c'est vrai. Mais sur The Cloud Making Machine, c'est même à l'intérieur des morceaux que tu ne sais pas à quoi t'attendre ; tu ne peux pas savoir dans quelle direction le morceau va partir dix secondes plus tard. Il n'y a pas vraiment de ligne directrice...
Non. D'ailleurs, les introductions n'ont souvent rien à voir avec les morceaux.
Effectivement, pour Controlling The House...
Les violons...
Suivis d'une vraie rupture...
Exactement. Et je sais pourquoi c'est comme ça : initialement, la façon dont je voulais construire mon nouvel album n'est pas du tout celle dont est construit The Cloud Making Machine, mais les morceaux étaient déjà prêts donc je les ai laissés tels qu'ils étaient. J'avais une autre idée en tête que je ne dévoilerai pas puisque je la réaliserai peut-être un jour, mais je pensais à une structure d'album différente et c'est pour cette raison que les introductions sont si différentes du coeur des morceaux. Barbiturik Blues en est sans doute le meilleur exemple : l'arrivée des charleys et de la basse te plongent dans un univers musical différent, tout simplement parce que tu passes dans des tonalités qui sont complètement différentes, et cette transition donne un effet assez dissonant. Idem pour le deuxième morceau. Mais si finalement je n'ai pas construit l'album différemment, c'est parce que je pensais que ça allait devenir trop conceptuel, or je n'aime pas les choses conceptuelles...
Il l'est quand même un petit peu...
Tu as l'impression que c'est un album conceptuel à cause du nom, c'est-à-dire The Cloud Making Machine by Laurent Garnier, et sans doute à cause de la pochette, mais je t'assure que c'est juste un album. J'ai fait de la musique, sans me prendre la tête et sans réfléchir à un but bien précis. J'ai simplement transcrit ce que je ressentais à un moment et de là, on s'est demandé ce qu'on allait en faire. On a imbriqué des éléments qui te donnent l'impression d'être face à un concept mais ça ne l'est pas.
Je vais te faire part d'une de mes impressions, née de l'écoute du premier morceau. C'est un morceau très vaporeux, qui porte vraiment bien son nom parce qu'il donne l'impression d'être progressivement enveloppé dans un brouillard, et il m'a fait penser à un passage récurrent de tes nuits au Rex : aux alentours de 3h/4h du matin, quand tu casses le truc après avoir bien crevé tout le monde, tu joues souvent drum'n bass...
Les moments drum'n bass sont des moments importants...
La salle est assez obscure, plutôt enfumée, et je me souviens que tu te permettais alors des trucs... On ne savait pas où ça allait partir.
Oui, souvent, on part en rupture, dans un voyage différent. C'est clair. Mais c'est souvent à 3h du matin parce que c'est l'heure à laquelle la plupart des gens qui sortent uniquement pour être avec leurs potes rentrent chez eux, et ceux qui restent sont généralement ceux qui vont rester tard, qui sont là pour écouter une histoire. Tu peux donc changer complètement d'ambiance. 3h du matin, c'est un moment très important dans une soirée...
Entre minuit et 3h du matin, c'est l'échauffement...
C'est l'intervalle de temps pendant lequel tu les fais danser, tu leur donnes des bons moments... Tu travailles plus sur l'énergie ; tu travailles sur le mental plus tard. Bien sûr. Ce sont les moments où je m'éclate le plus...3h30, 5h30, ça, c'est mes horaires... Là, je peux me permettre d'aller beaucoup plus loin. Bien sûr. Mais ça dépend toujours de la façon dont tu as commencé à construire ta soirée, ça dépend d'un tas de choses... Mais sur le fond, tu as raison.
En tout cas, ça m'a vraiment rappelé ces sensations...
Je suis entièrement d'accord, ce n'est pas un album que tu écouterais entre minuit et 3h du matin.
Il n'est pas assez pêchu.
De toute façon, tu ne l'écouterais pas en entier dans une salle, il n'est pas conçu pour ça. Mais c'est vrai que si je devais le faire écouter à un moment de la soirée, je choisirais plutôt 4h30 du matin, dans une salle bien enfumée, bien sombre. C'est clair. C'est Controlling The House. Ça correspond au moment où tu regardes l'heure, tu as fait ce que tu avais à faire, c'est-à-dire que tu les as fait danser au moins jusqu'à 3h/3h30 du matin, donc ils ne peuvent pas dire qu'ils ont passé une mauvaise soirée, et maintenant, c'est à toi. C'est ton heure, tu vois ce que je veux dire. Tu peux les emmener beaucoup plus loin parce qu'ils sont prêts : ils sont fatigués, ils sont beaucoup plus réceptifs, ils ont bu un coup... Tout va mieux, c'est plus facile.
Et tu le sais parce que tu l'as vécu avant.
Parce que je danse. Je suis un danseur. Je sors et je suis beaucoup sorti. J'aime ça. Et je vous suis aussi. Mon humeur n'est pas la même à 2h et à 4h30 du matin. Vers 4h30 du matin, je commence à être fatigué, comme vous, parce que je danse toute la nuit dans ma cabine. Je suis dans le même état d'esprit que vous. Grosso modo, nous avons les mêmes vies, c'est-à-dire qu'on se réveille à peu près aux mêmes heures, on passe la journée à bosser, je travaille aussi toute la journée et donc je suis comme vous. Je suis au même niveau que vous, à la seule différence que je joue des disques, mais ça ne veut pas dire que je suis en perpétuelle réflexion... Je me laisse aller, selon mon humeur...
T'inquiètes, ça se voit...
Je sais, je me laisse porter par mon humeur, l'ambiance... C'est une création commune. On construit tous ensemble.
Et tu n'es toujours pas lassé.
Non... Malheureusement non. Je suis désolé. (Rires)
Pas de problèmes, ce n'est certainement pas nous qui allons te dire d'arrêter.
Toujours pas lassé.
Je vais juste revenir sur deux morceaux de l'album. Huis Clos. J'imagine que pas mal de monde doit apprécier ce morceau. Est-ce qu'il y a des paroles ?
Non.
Ce ne sont que des syllabes. Il n'y a pas de textes.
Non, pas de textes, juste des syllabes. J'ai utilisé la respiration de Dafher Youssef. Au départ, il ne devait pas chanter mais simplement jouer avec son oud. Au dernier concert de Bugge Wesseltoft, il est venu et il a chanté sur trois morceaux ; pour moi, le dernier, c'était un morceau de trop. Et je ne voulais pas arriver à ce résultat sur l'album, je ne voulais pas qu'il en donne trop. Idem avec son oud, je ne voulais pas qu'il en donne trop. J'aime bien que les musiciens jouent, mais j'aime aussi quand ils se taisent parce que ces silences donnent de vrais contrastes avec les moments musicaux ; ce sont ces silences qui rendent les autres moments encore plus beaux. Même chose pour la voix. Parfois, quand tu fais appel à quelqu'un et que cette personne ne dispose que de cinq minutes sur un album d'une heure, elle va essayer d'en faire trop. Exactement comme avec Philippe Nadaud sur The Man With The Red Face...
Il se lâchait.
Au début, il me racontait pratiquement toute une histoire, avec tous ses chapitres, en trois minutes. Or The Man With The Red Face, c'était pas ça. J'avais besoin de dix minutes pour intégrer son histoire donc il fallait qu'il prenne son temps, qu'il laisse reposer ses phrases... On a mis du temps pour se comprendre et je pense que tous les musiciens sont pareils quand ils sont invités sur un projet : ils sont contents d'être là et ils ont donc envie d'en faire le plus possible, or souvent c'est mieux quand c'est plus posé. C'est difficile de leur faire comprendre ça parce qu'ils ont envie de te donner le maximum. C'est toujours un rapport très difficile. Pour en revenir à Huis Clos, je n'avais pas trop envie que Dafher Youssef chante, donc quand il m'a demandé si je voulais des voix, je lui ai expliqué qu'il ne m'en fallait que très peu ; quand j'écoutais son morceau, j'entendais une plainte, donc je voulais juste qu'il se plaigne. Je ne voulais pas qu'il me raconte toute son histoire avec des mots. Qu'il se plaigne en restant abstrait afin que l'auditeur puisse s'identifier. The Cloud Making Machine est un album très privé, très personnel par rapport à moi, à ce que j'ai ressenti, à des sentiments bien précis, mais je n'avais pas envie de devenir narratif. Je ne voulais pas expliquer toute l'histoire parce que ça n'est pas intéressant et je pense que ça va te gâcher ton plaisir, l'univers libre que je te laisse en tant qu'auditeur. Peut-être que les mots sur Huis Clos auraient un peu trop plombé le morceau. Le nom, Huis Clos, le côté froid, glacé du piano associé au côté très chaud, sable, désert de Dafher Youssef, avec cette courte plainte au milieu et sa reverb... Ça marche. Pour moi, c'est ce moment précis où il crie, le piano s'arrête, l'oud s'arrête, tu n'entends que cette respiration et sa reverb... Je peux te dire qu'on s'est branlé dessus pendant des mois avec Stéphane en se disant que c'était super beau et qu'il ne fallait surtout pas y toucher. Cette respiration constitue finalement le révélateur de ce moment de beauté.
Au niveau des sensations, ce morceau m'a rappelé un morceau de Madredeus sur lequel j'ai eu l'impression d'être pris par le son, comme s'il m'ouvrait en deux...
Oui, tu es transporté...
Il m'ouvre en deux, tient mon coeur et joue calmement avec lui, sans que je puisse contrôler quoi que ce soit.
Oui, tu t'identifies. C'est ce que me fait Derrick May. À chaque fois que j'écoute les morceaux de Derrick May, je suis... Sa patte, ses cordes, les clés qu'il utilise... C'est le son, la chaleur du son, la retenue sur le piano... C'est exactement ce que j'aime chez Bugge Wesseltoft : quand j'écoute son phrasé, son toucher, ça me... Je m'offre entièrement. Et je pense que chaque personne arrive à ressentir ça chez des musiciens différents. Je vais te raconter une anecdote : j'ai composé Huis Clos après un concert pendant lequel un morceau m'avait beaucoup touché. Il était dans la même veine, très intime, juste avec une chanteuse et un pianiste. Quand j'ai fini le morceau, je l'ai fait écouter à ma belle-mère. Je lui ai fait écouter celui-là et le morceau avec Bugge, or à la fin de Huis Clos, je me souviens qu'elle avait les larmes aux yeux. Elle m'a dit : "C'est juste super beau, ça m'a beaucoup touché." Ce n'est pas une femme qui écoute beaucoup de musique, qui plus est électronique ; elle aime bien certains trucs mais sa culture n'est pas musicale, or ce morceau l'avait vraiment touchée. J'aime vraiment savoir qu'une personne détachée de mon contexte musical a pu être autant touchée par ce morceau. Du coup, j'ai su que j'avais atteint ce que je voulais exprimer et je n'y ai plus touché. J'ai juste retravaillé le mixage, c'est tout. Mais tu n'as pas tapé loin avec Madredeus puisque j'ai composé Huis Clos après un concert de Lhasa. Tu connais Lhasa ?
Oui.
Voilà. Pour moi, tu n'es pas très loin parce que je les range dans la même boîte de CD : c'est un peu le même monde... C'est pas de la world, c'est pas... Tu ne sais pas trop où ranger tout ça... Je suis d'accord. Et j'écoute beaucoup Madredeus, donc ça me fait plaisir que tu dises ça.
Le deuxième morceau sur lequel je souhaite revenir, c'est Jeux d'Enfants. Il se rapproche davantage de tes précédentes productions, il est peut-être plus électronique que le reste...
Downfall...
Ce mélange entre les voix d'enfants, les violons en arrière-plan qui sont très mélancoliques...
C'est d'une tristesse infinie...
J'y vois une image, qui n'engage que moi : dans un climat post-apocalyptique, quelqu'un capte un signal radio envoyé vingt ans auparavant depuis l'endroit où il se trouve et il entend les voix des mômes qui étaient en train de jouer à l'époque.
C'est amusant parce que chaque personne a une image bien précise en tête pour ce morceau. Vraiment très précise. Moi, je vois des enfants devant des boîtes à rythmes. Chacun a sa boîte à rythme mais ils sont exactement comme moi : quand j'achète une machine, je ne lis pas la documentation...
Tu devrais.
Je sais, mais j'y comprends rien et ça m'emmerde. J'ai toujours été comme ça : quand j'achète un livre, j'ai envie de savoir ce qui se passe à la fin, j'ai du mal à me contenir. C'est encore pire avec les BD : souvent, je regarde la fin, je les lis en diagonale et c'est seulement après que je vais lire les textes, mais je suis un curieux, j'ai envie de connaître la fin. Pour les documentations, c'est pareil. Bref, je vois vraiment ces enfants devant des 909, des 808... Et comme dans la cour d'une école, chacun essaie des trucs, ce qui donne ces bruits bizarres, stridents. Une petite fille arrive et dit : "Qu'est-ce qui s'est passé ? Tu peux le refaire ?" Or le môme, il a bien compris qu'en appuyant là... C'est exactement comme mon fils. Il vient d'avoir un an et il a compris qu'en appuyant sur le DVD, il éteignait la télé et une autre image apparaissait sur l'écran. Il a bien compris ça. Il ne sait pas du tout ce que c'est, il n'a absolument pas compris le système, son utilisation, mais il a bien compris ce mécanisme et c'est exactement ça. Je vois vraiment ces enfants appuyer sur des boutons, produire des sons bizarres et il y en a toujours un qui ne comprend rien et qui demande : "Tu peux le refaire ?" Voilà. De la même façon, quand le môme dit : "Attention, pas sur le sable", c'est qu'ils vont un peu loin dans le son, que ça fait mal et qu'il ne faut peut-être pas toucher à ce bouton. J'ai vraiment cette image d'enfants qui jouent, qui ne savent pas du tout où ils vont et qui font des expériences. Un mélange de naïveté et de technologies assez développées. C'est ma vision.
Et la touche triste ?
La touche triste, c'est... (Silence) C'est un moment un peu triste pendant lequel j'ai composé ce morceau. Voilà. C'était une période très dure pendant laquelle j'ai travaillé dessus et le morceau s'en imprègne. Mais comme toi, certaines personnes voient ce climat post-apocalyptique, d'autres trouvent ça très sombre, d'autres encore imaginent des enfants qui jouent au clair de lune avec le jour qui se lève... Ce titre crée des images très fortes et très différentes, mais pour moi, c'est un titre extrêmement triste qui se rapproche un peu d'Aphex Twin. À une époque, j'aimais beaucoup les travaux d'Aphex Twin parce qu'il utilisait des boîtes à musique ou des sons d'enfants et le simple fait d'utiliser ces sonorités donnaient beaucoup de tristesse aux morceaux. Je ne m'en suis rendu compte qu'après, mais les enfants incarnent l'espoir. Quand je vois mon bébé qui me regarde et qui me sourit... Il est super naïf... Je suis tellement heureux, je le vois et le seul truc qu'il peut me donner en retour, c'est son sourire. Il me voit, il est juste super heureux ce gamin, quoi, et franchement, c'est là où tu réalises qu'il y a des gens qui abusent de ça. Il y a des gens qui vont maltraiter ces enfants alors que ces mêmes enfants vont continuer à les aimer... C'est vrai que les voix d'enfants peuvent être parfois des éléments très tristes, mais peut-être que la naïveté qu'elles renferment est aussi très triste. Elle nous renvoie à ce qui se passe dans le monde... Nous sommes tous un peu naïfs par rapport à ce qui nous entoure et nous ne savons pas vraiment ce qui se passe au quotidien, comment nous sommes manipulés. Disons que cet album est souvent né de réactions par rapport à des sentiments, parfois plus forts que d'autres, et Jeux d'Enfants nous renvoie peut-être à beaucoup de choses... Voilà. Je ne vais pas rentrer dans l'histoire profonde de ce morceau mais je te dirai simplement qu'il correspond à une période difficile, désormais gérée.
De mon côté, je te dirai juste qu'il m'a naturellement fait penser à Rising Spirit.
Pourquoi pas. C'est intéressant. Rising Spirit était un morceau basé sur le voyage astral, d'où Astral Dreams... C'était sur Shot In The Dark, ça ?
Oui.
Sur cet album, il y avait plusieurs mots en rapport avec le voyage astral, le paranormal, le rêve... Mais sur Jeux d'Enfants, on est beaucoup moins dans la spiritualité et beaucoup plus dans la réalité, le fait, le vécu.
D'accord.
Voilà. Beaucoup moins dans la spiritualité.
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