Sancho does F Communications
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artistes F Communications

Photo Elegia

 

Interview 006

{Elegia}{30/04/2004}{Vincennes}

Entrée – Plat – DessertCafé

Sancho : Mother est un maxi qui a bien marché ?

Elegia : Il ne s'est pas très bien vendu parce que...

En tout cas, on ne le trouve plus aujourd'hui. (Rires)

Non, c'est devenu un véritable objet de collection et c'est vrai qu'à l'époque, Laurent Garnier l'a joué, de nombreux autres l'ont joué... Si la communication sur la musique électronique avait été ce qu'elle est actuellement avec Internet, ce maxi aurait sans doute été un truc énorme ; il aurait figuré dans beaucoup de playlists. Je n'en ai pas vraiment pris conscience tout de suite. J'ai compris lorsque que F Communications a essayé de m'approcher indirectement.

Tu as senti qu'ils voulaient te signer ?

Oui, je l'ai vraiment senti parce que... je pense pouvoir le raconter aujourd'hui parce que c'était drôle. RadiKal Groov Records et F Communications avait un artiste en commun à l'époque : Freon.

Oui.

On se réunissait souvent, c'était déjà une petite famille et je crois que c'est ce que je cherchais dans une maison de disques : l'esprit de corps, l'idée de se serrer les coudes et d'avancer ensemble. Je me souviens d'une de ces soirées mémorables pendant lesquelles on mangeait des pâtes, on riait beaucoup et on écoutait de la musique : Freon était venu me parler dans un coin et m'avait incité à contacter Eric Morand. Lui envoyer une maquette, prendre un rendez-vous pour discuter... Il l'a fait une première fois mais je n'ai pas réagi tout de suite. Il m'en a reparlé, mais je crois que j'ai vraiment eu le déclic quand j'ai senti l'orientation qu'allait prendre RadiKal Groov Records : ils sont partis dans une autre direction... Il fallait peut-être bouffer... Je ne vais pas non plus taper sur eux bêtement, d'autant plus que David Kemmoun a été un des piliers de la scène électronique underground française. Bref, j'ai fini par contacter F Communications chez qui j'avais déjà essayé de signer en leur envoyant une maquette...

Quelle maquette ? Body&Soul ?

Non, c'était en 1994 et je leur avais envoyé une maquette de pop hybride avec une approche très électronique. Eric Morand m'avait répondu en me disant qu'il y avait des faiblesses dans les rythmiques, ce qui était parfaitement normal puisque je n'étais pas encore dans un schéma dancefloor. Je connaissais tout juste Scan X et Laurent Garnier, donc... J'avais laissé tomber. (Rires) De toute façon, j'avais essayé de signer chez eux uniquement parce que des amis m'y avaient poussé. Mais pour en revenir à mon arrivée chez F Communications, j'ai fini par appeler Eric Morand et je lui ai dit : "Bonjour... je m'appelle Laurent Collat... Elegia... j'ai sorti quelques trucs..." "Oui, oui." (Rires) Eric, très calme. "Ce serait possible qu'on se voit, parce que j'ai l'impression que si je ne fais rien pour moi, il ne va rien se passer." Je me souviens vraiment de cette phrase. Je lui ai dit ça et il m'a répondu : "Pas de problème, mardi prochain, telle heure." Je me souviens même du jour... J'arrive au rendez vous. Un accueil... Je ne comprends pas ce qui se passe. C'était la grande époque de F Communications avec des personnes comme Laurent Masset, Joss Danjean... Ils étaient encore basés dans la rue de Clichy, au-dessus de PIAS. Donc j'arrive et je reçois un accueil des plus chaleureux, avec des grands sourires... Qu'est-ce qui se passe... Je discute avec Eric et il m'écoute avec un sourire... (Rires) Je me souviendrai toujours du sourire d'Eric Morand, c'était... c'était chouette. Tout simplement chouette d'arriver là-bas, de recevoir cet accueil...

Et au moment où il t'a présenté une mallette de billets, tu as été conquis. (Rires)

Non. En fait, Eric a fait mieux que ça : il a tellement voulu comprendre qui j'étais et surtout comment je vivais, qu'il est venu à Vernon. Il est venu chez moi, nous avons déjeuné ensemble et il a ensuite inspecté mon appartement dans son intégralité. C'était fou. Je crois qu'il n'y a pas un livre ou un disque qui lui ait échappé. Il voulait peut-être aussi se rendre compte de ce que j'avais pour faire de la musique, or je n'avais rien parce que beaucoup des machines m'avaient été prêtées par RadiKal Groov Records. Et même si nous étions loin des contrats que les artistes de la french touch ont pu toucher un peu plus tard, F Communications assignait des vrais budgets sur chacun de ses disques, ils posaient des questions toutes simples mais qui sont loin d'être ridicules, à savoir comment je vivais, si j'étais couvert socialement... C'était déjà vraiment high care. Ils prenaient soin des personnes qu'ils signaient.

Ils sont encore comme ça.

Absolument. De toute façon. Bref, début de l'aventure. Je signe, j'expédie le contrat avec RadiKal Groov Records d'une façon qui n'est pas racontable (Rires)

Ça peut arriver, c'est pas grave.

D'un autre côté, j'ai vraiment bien fait parce que je crois que si j'étais resté chez RadiKal Groov Records, j'aurais accepté de faire ce qu'ils voulaient. J'aurais pu devenir une magnifique machine commerciale, mais je serais devenu très aigri et j'aurais tourné le dos à ce que je suis alors que j'ai finalement le sentiment d'avoir respecté qui j'étais. Peut-être un peu trop, d'ailleurs, parce que je comprends mieux maintenant la difficulté qu'a pu rencontrer le public à la sortie de Sounds Within. Il y avait un trajet logique et simple à suivre : Mother, From Nowhere With Love, Snapshots, le live que j'ai présenté pendant quelques années et qui était un live de deep house très fluide, aérien... L'album qui devait arriver sur F Communications devait être un album de deep house et j'ai complètement brisé cette ligne.

Basic suivait encore cette ligne.

Oui, mais...

Certes, Sounds Within était clairement différent des précédents maxis, mais le son de l'artiste restait présent.

En fait, il existe deux albums : Sounds Within et un album de deep house que personne n'a jamais écouté.

L'album noir... (Rires)


En faisant cette remarque, je n'avais pas encore connaissance du contenu de ce fameux Black Album. Suivant la tendance des bonus cachés qui parsèment aujourd'hui le marché du DVD, Elegia et SdFC vous offrent au creux de cette interview un extrait de cet album : You are my best chance, superbe morceau drum'n bass dans une veine aérienne et positive, parfaite pour ces premières heures ensoleillées. De quoi nous faire rêver un peu plus devant les merveilles qui dorment encore dans ses tiroirs...

You are my best chance - Haut débit (160kbs)
You are my best chance - Bas débit (64kbs)


Cet album constituait vraiment la suite logique de Snapshots. Le problème ne se posait pas en terme de qualité mais plutôt sur mon envie de sortir cet album : j'ai cherché la difficulté. J'ai vraiment cherché le point de rupture avec moi-même. Je n'avais pas commencé à faire de la musique pour m'interdire, un jour, d'expérimenter. Quant aux rythmiques 4:4, même si je parvenais à transmettre des émotions, je crois que j'ai fini par m'ennuyer. Du coup, cet album est resté dans un tiroir. Parfois, je sors un morceau, comme I am not worried anymore ...a deal with god qui est justement issu de cette période, mais je me suis finalement fait beaucoup de mal sur Sounds Within. J'ai vraiment poussé la machine au dernier degré, sur le fil du rasoir.

Et si les ventes de l'album n'ont pas suivi, est-ce qu'au moins, sur un plan personnel, ça valait le coup d'aller aussi loin ?

La suite des évènements me donne à penser que j'ai vraiment fait le bon choix parce que c'est grâce à Sounds Within que Denez Prigent et Alan Gac m'ont approché ; ils m'ont demandé si je voulais éventuellement travailler avec eux sur le nouvel album de Denez parce que Sounds Within existait, de même que Laurent Garnier s'est adressé à moi pour Unreasonable Behaviour.

Et tu penses qu'ils ne l'auraient pas fait si le Black Album était sorti ?

Certainement. La production de Sounds Within est quand même très poussée, c'est d'ailleurs le gros défaut de cet album : son côté surproduit le rend un peu froid. Pour moi qui me souviens de l'émotion brute lors des prises, je trouve que le résultat final est déjà très aseptisé, surtout au niveau du traitement sonore. L'arrivée massive du numérique y a contribué : des maxis comme From Nowhere With Love et Snapshots tournait en MIDI sur un Atari, c'était la façon la plus roots de faire de la musique. Sur Sounds Within, je suis passé aux programmations en numérique, aux plug-ins... Toutes ces technologies étaient en train de révolutionner l'approche de la musique électronique et comme je n'étais pas particulièrement en retard mais plutôt en avance sur celles-ci, j'avais envie de les exploiter. Naturellement, le son des productions a changé. J'avais envie d'expérimenter, d'explorer de nouvelles rythmiques, de nouvelles ambiances... Et j'en avais assez d'entendre dire de ma musique qu'elle était très jolie. Ce mot m'exaspère. La musique n'est pas jolie : elle te parle ou ne te parle pas, mais elle n'est pas jolie. J'ai tellement entendu ce commentaire, notamment en tournée... Quand je me retrouvais sur le même plateau que Scan X, tu comprendras que le mélange d'audience était un peu particulier. Les gens qui s'intéressaient plus à Scan X me disaient très poliment : "Oui, c'était joli." (Rires) Une heure après, Stéphane allait prendre les commandes, leur envoyer la sauce et les mecs partaient immédiatement dans le cosmos... Je crois également que sur Sounds Within, je ne voulais plus sampler.

Il n'y a pas de samples ?

Non. À part Billie Holiday sur My Pleasure, mais c'était plus par jeu : j'avais envie d'utiliser une de ses voix et d'en faire un morceau un peu sautillant, amusant, mais qui conserverait en même temps plusieurs niveaux d'écoute. D'ailleurs, plusieurs morceaux de Sounds Within partagent ces multiples niveaux d'écoute. Mais pour en revenir à Basic, effectivement, c'est un morceau très proche de mes précédentes productions.

Pourtant, il est aussi bien produit que le reste de l'album...

Oui, complètement.

Donc tu aurais pu faire un album qui soit très produit tout en restant dans cette veine qui colle au dancefloor.

Oui, mais j'avais fait le choix de changer. Le fait de travailler avec Esther a également changé la donne parce que j'ai senti que je pouvais aller gratter vraiment en profondeur, ce qui me permettait d'expérimenter, de transformer la voix en un élément sonore qui soit très particulier. Basic a été produit vers la fin. En écoutant l'ensemble des titres, j'ai pensé que ce serait quand même pas mal de rappeler aussi d'où je venais et de faire un morceau relativement basique, simple et très efficace ; c'est ce qui s'est passé puisque la composition de Basic nous a pris trois heures, un matin, on a travaillé le son pendant l'après-midi...

J'imagine déjà les têtes de ceux qui vont lire ça, avec un doux mélange d'admiration et d'écoeurement.

Je sais pas, mais c'est vrai qu'il y a un truc très particulier dans le son de Basic ; au moment de l'engineering, j'ai trouvé une formule que j'ai reprise par la suite.

C'est bien Laurent Garnier qui a remixé Basic ?

Oui. Absolument. Il a adoré le titre. On travaillait déjà sur son album au moment de la sortie de Basic, ce qui fait qu'il l'a remixé devant moi et c'est très étrange de voir quelqu'un remixer un de tes morceaux. Vraiment. Je crois d'ailleurs qu'il y a un solo de clavier au Nord Lead que j'ai rentré. Mais tout s'est décidé sur le vif, à la roots, à l'image de Laurent finalement, c'est-à-dire : "Merde, j'ai pas encore fait ton remix... Allez, on s'y met maintenant, on torche ça dans l'après-midi." (Rires) Et il l'a effectivement bouclé dans l'après-midi. En plus, c'est un remix infernal parce que l'ordinateur s'est planté, il a fallu faire un montage... C'est d'ailleurs pour cette raison qu'un DJ qui le joue aura beau compter à partir du moment où la nappe est toute seule, ça ne sert à rien, il va se prendre un truc terrible. C'est drôle, d'ailleurs, que ce soit un remix de Garnier qui soit un piège pour DJ aussi énorme. Je n'ai surtout rien dit parce que j'adore bousculer l'univers du DJ. J'adore ça...

Piéger un DJ pour casser son set... (Rires)

Mais oui, ça les oblige à être un peu plus créatifs et à bien connaître leurs disques. C'est pas mal. (Rires)

N'empêche qu'un disque qui plante comme ça, en plein milieu d'un set, je n'aurais jamais pensé que ça puisse être un piège ; je serais resté persuadé d'avoir fait une erreur.

C'est le plus drôle. (Rires) C'est ce qui me fait hurler de rire.

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