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Sancho : Fin 2003, je me souviens
être passé un soir au Virgin Megastore des Champs-Elysées
pour des emplettes alors que tu jouais là-bas avec Lissette.
C'était plutôt une bonne surprise mais je n'y suis pourtant
resté que cinq minutes.
Alexkid : C'était blindé...
D'une part, il y avait beaucoup de
monde, la sécurité canalisait les clients...
Je m'en souviens, c'était pour
le Virgin CLUB FG.
D'autre part, je ne me sentais pas
nécessairement dans la cible CLUB FG, j'avais d'autres
trucs à faire, etc. Mais en sortant, j'ai eu envie de poster
un message sur le forum du site FCom simplement pour dire que
j'étais tombé sur Alexkid en showcase avec FG et
que je trouvais ça un peu limite comme promotion pour vendre
l'album. Après coup, je ne l'ai pas fait parce que j'ai bien
compris que c'était le circuit classique pour un artiste et qu'il
n'y avait donc pas de honte particulière à avoir...
Tu sais, FG m'a énormément
aidé sur cet album, l'air de rien.
Peut-être, mais l'animateur
du CLUB FG m'a vraiment donné l'impression d'être
dans une animation de supermarché...
Je sais.
Du coup, je me suis demandé
comment tu vivais ces passages obligés.
Je n'ai pas le choix. Je ne m'éclate
pas à mixer des instrumentaux devant une clientèle de
quinze ans, tu vois... Lissette qui invite un mec à chanter,
ça me donne franchement l'impression d'assister à un karaoké.
Personnellement, ça ne m'excite pas des masses. En plus, je n'aime
pas particulièrement jouer en showcase parce que les conditions
ne sont pas idéales, mais malheureusement, ce sont des dates
qu'il faut faire car nous avons beaucoup de retour là-dessus
; on ne peut pas se permettre d'être élitiste. J'ai composé
mon album comme je l'entendais ; il peut plaire à des personnes
de trente ans, de cinquante ans ou de quinze ans, c'est indépendant
de ma volonté. Et s'il plaît à un public de quinze
ans, je suis obligé de les satisfaire. Quand FG me demande
de jouer pour eux alors qu'ils ont passé Come with me
près de neuf cents fois en six mois, je ne peux pas refuser.
Mais nous sommes tous confrontés à ce genre de trucs,
ça fait partie du jeu. Quand Skyrock me demande une mixtape
de deux heures alors que je déteste enregistrer une mixtape,
je le fais quand même. Pourquoi ? Parce qu'avec cet enregistrement,
la personne qui écoute Skyrock va peut-être découvrir
une musique qu'elle ne connaissait pas auparavant et qui va faire évoluer
ses goûts. Pendant le Virgin CLUB FG, j'ai mixé
face à un public qui restait les bras croisés et crois-moi,
ce n'est pas ce qui me motive le plus ; j'ai besoin de voir les gens
danser, de ressentir une vibe... J'étais éclairé
à mort, tout le monde avait les yeux rivés sur moi...
Peu importe, je n'ai joué que des morceaux que j'aimais, sans
être racoleur. Ensuite, j'ai commencé à mixer mes
instrumentaux, Lissette a chanté dessus, jusqu'à ce que
le remix du Come with me par Llorca se pointe et que tout le
monde décolle parce qu'ils connaissaient le morceau. Le remix
a duré cinq minutes ; j'ai joué 3/4h. Pendant quarante
minutes, le public a découvert quelque chose, c'est comme ça
que je le vois.
D'accord.
L'important, c'est de rester honnête.
Nous sommes malheureusement obligés de passer par ce genre de
trucs. Malheureusement ou heureusement d'ailleurs, je n'en sais rien.
En tout cas, FG m'a beaucoup aidé et je préfère
qu'ils aient programmé Alexkid plutôt que Robbie Riviera.
Et qui sait, peut-être qu'un jour, le Virgin CLUB FG invitera
des artistes comme Squarepusher... (Rires) On peut toujours rêver,
mais tu comprends, c'est peut-être de cette façon que l'on
peut amener le public vers d'autres sons.
De toute façon, je ne jetais
pas la pierre. Je voulais juste savoir comment tu le vivais, mais je
ne considère pas ces dates comme une erreur. En tant qu'individu,
je n'avais pas envie de rester là-bas, point.
Je te comprends tout à fait.
Personnellement, si un artiste que j'aimais devait jouer 3/4h à
la Fnac ou au Virgin Megastore, je ne sais pas si j'irais
le voir. Nous sommes aussi plus âgés, nous pouvons nous
payer une place de concert pour y aller le soir ; un showcase cible
davantage les adolescents, c'est tôt dans la soirée, c'est
gratuit...
Oui, c'est sûr.
Et ils peuvent voir les artistes en
chair et en os.
Ils doivent être ravis.
Je me souviens que le public était
ravi et c'est toujours très agréable de voir l'intérêt
qu'ils me portent. C'est étonnant. En fait, c'est assez étrange.
De toute façon, c'est quelque chose qui m'échappe totalement
: quand quelqu'un me demande un autographe, je le fais avec grand plaisir
mais ça m'échappe complètement. C'est un truc...
Moi, ce que j'aime, c'est faire de la musique... La semaine dernière,
j'ai joué dans un club, au Portugal, devant 1.400 personnes.
Je ne dis pas qu'ils venaient tous pour me voir parce que ce n'est sans
doute pas le cas, mais...
Quand tu vois 1.400 personnes qui
te connaissent...
Oui, voilà, certains me demandaient
des autographes, d'autres me félicitaient... Aujourd'hui, quand
je mixe, j'essaie de faire le vide ; de toute façon, je sais
que tout ça m'échappe, du coup, je suis beaucoup plus
détendu.
Ce n'était pas le cas avant
?
Non, j'étais terrorisé.
Jouer devant 1.400 personnes... Peut-être que je recommencerai
si je me retrouve devant plus de monde, mais depuis que j'ai réalisé
que certains paramètres ne m'appartenaient pas, je me sens beaucoup
mieux. Je comprends pourtant que l'on puisse aller écouter un
DJ, moi-même ça m'arrive.
Sauf que tu ne vas pas leur demander
un autographe. (Rires)
Exactement. Tu sais qu'on me fait même
signer des affiches.
Je pense que la plupart des gens
ne se demandent même pas pourquoi ils viennent te demander un
autographe ; c'est une démarche automatique.
Parfois, c'est limite... Tu sais que
sur le site Internet, je reçois des mails... C'est quand même
très groupie.
Personne n'achète encore tes
caleçons sur eBay ? (Rires)
Non, mais je m'en passerai.
Échange caleçon signé
contre vieux rack d'effets.
(Rires) Contre compresseur à
lampes. Je ne suis pas très star-system. Je trouve que tout la
hype autour du DJ est d'un ridicule...
Ça fait rêver les gens.
Oui, je sais. C'est le côté
rockstar. D'ailleurs, je me souviens... (Rires) Un jour,
dans un aéroport, je me suis retrouvé devant Kirk Hammett
qui attendait sa guitare. Metallica. J'ai failli lui demander un autographe
pour un ami qui était un grand fan de Metallica, mais finalement,
je ne suis pas allé le déranger.
Et ton pote t'en as voulu à
mort.
Non, parce qu'il n'est pas très
collectionneur. Je comprends l'envie d'avoir une preuve, mais je viens
sans doute un peu trop de la génération rock pour considérer
un DJ comme une rockstar, d'autant plus que je suis dans le milieu
du deejaying. J'irais aborder plus facilement un musicien stricto
sensu qu'un DJ, d'autant que certains ne sont même pas producteurs.
J'ai failli faire signer mes copies de Big Fun et Good Life
par Kevin Saunderson mais quand je l'ai vu mixer, j'ai rangé
mes disques et je suis reparti.
Pourquoi ?
Musicalement, c'était décevant,
racoleur, inutile. De toute façon, je préfère féliciter
une personne de vive voix plutôt que de lui demander un autographe.
Tu n'éprouves pas le besoin
d'avoir une trace.
Voilà. Je préfère
que la personne l'interprète comme un encouragement.
Mais si tu peux tenir ce discours,
c'est probablement parce que tu as vécu cette situation des deux
côtés.
Sans doute. Je ne peux pas être
objectif parce que je suis en partie dans cet univers. Heureusement,
on ne m'arrête pas encore dans la rue, parce que je crois que
je ne pourrais pas vivre avec cette reconnaissance et je pense que certaines
personnes qui sont dans cette situation doivent très mal le vivre.
Certains se cachent...
Je me souviens d'un serveur qui m'avait
fait toute une scène dans un restaurant alors que je dînais
avec un ami... C'était gênant, les autres tables nous regardaient...
Oui, mais c'est normal.
Bien sûr, c'est normal.
Quand je marche avec un ami dans
la rue et que l'on croise une personne connue, je la repère et
je continue, mais tu peux être sûr que l'autre va me faire
la remarque...
J'ai une histoire comme ça, assez
drôle. Et c'est la seule fois où... (Rires) C'était
en 1999, à Miami, pendant la Winter Music Conference.
C'était la première année où j'y allais
et j'étais dans un club qui s'appelait The Cameo Theater
pour une soirée où jouaient Fatboy Slim, Todd Terry, Gus
Gus... Bref, j'étais au bar avec ma copine et Olivier des Dax
Riders, je regarde de l'autre côté du bar et je vois Iggy
Pop. Plutôt amusant, je ne savais pas qu'il vivait dans le coin.
Je passe le mot à Olivier, mais sans savoir qu'il était
fan d'Iggy Pop ; il est devenu hystérique. Il est allé
le voir, c'est limite s'il ne l'a pas embrassé, ils ont un peu
discuté... Et quand il est revenu, il était vert de ne
pas avoir d'appareil photo sur lui ; ma copine a ouvert son sac, en
a sorti un Polaroid, et donc...
Non... (Rires)
J'ai une photo avec d'un côté,
Olivier des Dax Riders, de l'autre côté, moi, et au milieu,
Iggy Pop. (Rires) Cette photo doit être quelque part chez
moi, avec toutes les autres photos de Miami. C'était plutôt
amusant. Iggy Pop a été gentil comme tout, mais je sentais
bien qu'il était un peu gavé. Il était tranquille,
dans un club, en train de boire un verre...
Peut-être, mais finalement,
pour trente secondes de son temps, ton pote a pu avoir sa photo et il
était ravi, non ?
Oui, je suis tout à fait d'accord.
C'est d'ailleurs pour cette raison que je me prête volontiers
au jeu, avec grand plaisir, chaque fois que l'on me demande une photo.
J'adore prendre des photos avec les gens, mais les autographes, j'ai
encore du mal. C'est un morceau de papier avec l'écriture de
quelqu'un, c'est tout.
J'ai déjà fait signer
deux ou trois disques.
Éventuellement, tu fais signer
un album parce que ça le personnalise, mais un flyer... Un album,
je comprends...
Ça le valorise sur eBay
aussi. (Rires)
Ça le valorise sur eBay
et l'artiste peut t'écrire un mot gentil dessus, mais quand les
mecs viennent te voir avec un morceau de flyer...
Ou un ticket de métro...
Llorca ne t'a pas raconté qu'après
un concert, un mec s'est pointé devant lui avec un album de St
Germain ? (Rires)
Excellent.
C'est fort. Ludo s'est retrouvé
tout con.
(Rires) Et il l'a signé
?
Je ne sais plus. Ce n'est pas lui qui
me l'a raconté, c'est un ami, Philippe Monrose, qui tournait
avec lui.
Percussionniste qu'il t'a emprunté.
Oui, qu'il m'a emprunté des enregistrements.
Ludo était le premier à l'avoir en live. Enfin, Philippe
n'appartient à personne...
Il nous reste 6'30. Je te propose
de parler de Mint.
D'accord, si tu veux.
Mais on ne va pas parler de l'album
en général car je pense que tu en as déjà
parlé moult fois.
Effectivement.
Je préfère Mint
à Bienvenida...
Il est différent, plus abouti.
Ça reste mon jugement personnel.
En tout cas, le morceau que je préfère dans Mint,
c'est clairement Palma.
OK.
Sur le maxi Come with me,
je préférais déjà Palma à
Come with me.
Je comprends.
Dès la première écoute.
Je comprends. Tu sais, tous les morceaux
sur lesquels je travaille en ce moment sont davantage dans le style
de Palma.
Tant mieux. Je me suis également
fait deux remarques sur Palma : la première, c'est que
la ligne de basse m'a immédiatement fait penser à un remix
du Lost Illusions de Shazz, sorti sur Fnac Music Dance Division.
Lequel ?
Le Masturbation mix : un long
remix acid de dix minutes, très minimal. Quant au gimmick vocal,
je l'ai rapproché de celui qu'il y a dans Musique des
Daft Punk.
C'est marrant...
Ces deux points me sont vraiment
venus naturellement et rapidement. Ensuite, en réécoutant
Palma, j'ai fait un nouveau parallèle sur sa construction
avec Positive Education de Slam.
Davantage. Si je devais relever une
influence, notamment sur les nouveaux titres, dont un que je joue en
live après les rappels, ce serait plutôt Positive Education.
C'est un morceau qui m'a clairement marqué.
Comme beaucoup de monde.
Bien sûr. C'est de la techno,
mais avec ce côté house, ce son de Glasgow, qui en fait
un classique parmi les classiques, pour moi comme pour beaucoup d'autres.
Du coup, je voulais en savoir un
peu plus sur Palma, ce que tu avais voulu transmettre avec ce
morceau, quelle est son histoire...
Je vais te dire un truc très
con : j'ai voulu y mettre de la lumière. Le morceau s'appelle
Palma tout simplement parce que je l'ai fait en Espagne, à
Majorca où habite ma mère, en fevrier 2003, et il incarne
parfaitement la vibe que je ressens quand je suis là-bas.
Ce sentiment un peu mélancolique qui reste très positif
dans les sonorités.
C'est vrai que le morceau démarre
en déployant beaucoup d'énergie jusqu'à l'arrivée
des nappes qui lui donnent une touche deep.
Et beaucoup de morceaux que je travaille
en ce moment sont dans cette vibe, deep techno, très électroniques,
un peu Detroit.
Le prochain album d'Alexkid pourrait-il
être instrumental ?
Je ne crois pas. Si l'on me demande
de refaire un album, je pense que je vais encore partir sur quelque
chose de différent tout en gardant la même patte. En ce
moment, les morceaux que j'espère sortir sont très influencés
par Detroit, Glasgow, les vieilles productions de Soma...
Tu risques de surprendre pas mal
de personnes.
Oui. J'en suis même à me
demander si je ne vais pas les sortir sous un autre nom. Je suis en
train d'y penser. Certains morceaux vont sortir sur Brique Rouge.
Sous le nom d'Alexkid ?
Pas nécessairement. Je devrais
aussi sortir un maxi deep techno sur FCom, plus orienté
club, vraiment destiné aux DJ, sur lequel on ne communiquera
pas comme le nouveau single d'Alexkid. J'ai besoin de sortir des titres
comme ça.
Pour pouvoir les jouer ? D'ailleurs,
est-ce que tu joues tes maxis ?
Oui, ça m'arrive.
Tu as joué Palma ?
Oui, mais étonnamment, Palma
a été joué par des DJ de styles très différents
: Fafa Monteco, King Britt, D'Julz... C'est amusant car c'est un morceau
que j'ai fait un peu comme ça, par hasard, et une fois terminé,
je me suis dit qu'il allait plaire aux DJ ; je ne me suis pas trompé
et c'est aussi pour ça qu'il était en face B de Come
with me. Je voulais que le public percute sur Come with me
et que les DJ jouent Palma.
Et c'est ce qui s'est passé.
Oui. Certains l'ont acheté pour
Come with me, beaucoup l'ont acheté pour Palma
mais nous ne pouvions pas communiquer sur Palma en tant que premier
extrait de l'album, même s'il était plus joué.
Jusqu'à la sortie du remix
de Come with me par Llorca.
Oui, car c'est le remix qui est joué,
l'original étant trop lent, même si dernièrement,
certaines personnes sont venues me voir en me disant qu'elles jouaient
ma version.
Probablement parce que celle de Llorca
a été trop entendue.
Non, je pense que certains trouvent
les remixes très bons mais ils jouent ma version car c'est celle
qu'ils préfèrent. (Le Minidisc se termine sur ces mots)
(Une fois de plus, merci à
Stéphane pour nous avoir organisé cette rencontre, à
Alexis pour nous avoir accordé deux heures de son temps et à
Jean pour son micro qui nous dépanne bien.)