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artistes F Communications

Photo Alexkid

 

Interview 005

{Alexkid}{22/03/2004}{Paris}

AsianCinemaLive&Mint – Devoted2Promotion –

Sancho : Fin 2003, je me souviens être passé un soir au Virgin Megastore des Champs-Elysées pour des emplettes alors que tu jouais là-bas avec Lissette. C'était plutôt une bonne surprise mais je n'y suis pourtant resté que cinq minutes.

Alexkid : C'était blindé...

D'une part, il y avait beaucoup de monde, la sécurité canalisait les clients...

Je m'en souviens, c'était pour le Virgin CLUB FG.

D'autre part, je ne me sentais pas nécessairement dans la cible CLUB FG, j'avais d'autres trucs à faire, etc. Mais en sortant, j'ai eu envie de poster un message sur le forum du site FCom simplement pour dire que j'étais tombé sur Alexkid en showcase avec FG et que je trouvais ça un peu limite comme promotion pour vendre l'album. Après coup, je ne l'ai pas fait parce que j'ai bien compris que c'était le circuit classique pour un artiste et qu'il n'y avait donc pas de honte particulière à avoir...

Tu sais, FG m'a énormément aidé sur cet album, l'air de rien.

Peut-être, mais l'animateur du CLUB FG m'a vraiment donné l'impression d'être dans une animation de supermarché...

Je sais.

Du coup, je me suis demandé comment tu vivais ces passages obligés.

Je n'ai pas le choix. Je ne m'éclate pas à mixer des instrumentaux devant une clientèle de quinze ans, tu vois... Lissette qui invite un mec à chanter, ça me donne franchement l'impression d'assister à un karaoké. Personnellement, ça ne m'excite pas des masses. En plus, je n'aime pas particulièrement jouer en showcase parce que les conditions ne sont pas idéales, mais malheureusement, ce sont des dates qu'il faut faire car nous avons beaucoup de retour là-dessus ; on ne peut pas se permettre d'être élitiste. J'ai composé mon album comme je l'entendais ; il peut plaire à des personnes de trente ans, de cinquante ans ou de quinze ans, c'est indépendant de ma volonté. Et s'il plaît à un public de quinze ans, je suis obligé de les satisfaire. Quand FG me demande de jouer pour eux alors qu'ils ont passé Come with me près de neuf cents fois en six mois, je ne peux pas refuser. Mais nous sommes tous confrontés à ce genre de trucs, ça fait partie du jeu. Quand Skyrock me demande une mixtape de deux heures alors que je déteste enregistrer une mixtape, je le fais quand même. Pourquoi ? Parce qu'avec cet enregistrement, la personne qui écoute Skyrock va peut-être découvrir une musique qu'elle ne connaissait pas auparavant et qui va faire évoluer ses goûts. Pendant le Virgin CLUB FG, j'ai mixé face à un public qui restait les bras croisés et crois-moi, ce n'est pas ce qui me motive le plus ; j'ai besoin de voir les gens danser, de ressentir une vibe... J'étais éclairé à mort, tout le monde avait les yeux rivés sur moi... Peu importe, je n'ai joué que des morceaux que j'aimais, sans être racoleur. Ensuite, j'ai commencé à mixer mes instrumentaux, Lissette a chanté dessus, jusqu'à ce que le remix du Come with me par Llorca se pointe et que tout le monde décolle parce qu'ils connaissaient le morceau. Le remix a duré cinq minutes ; j'ai joué 3/4h. Pendant quarante minutes, le public a découvert quelque chose, c'est comme ça que je le vois.

D'accord.

L'important, c'est de rester honnête. Nous sommes malheureusement obligés de passer par ce genre de trucs. Malheureusement ou heureusement d'ailleurs, je n'en sais rien. En tout cas, FG m'a beaucoup aidé et je préfère qu'ils aient programmé Alexkid plutôt que Robbie Riviera. Et qui sait, peut-être qu'un jour, le Virgin CLUB FG invitera des artistes comme Squarepusher... (Rires) On peut toujours rêver, mais tu comprends, c'est peut-être de cette façon que l'on peut amener le public vers d'autres sons.

De toute façon, je ne jetais pas la pierre. Je voulais juste savoir comment tu le vivais, mais je ne considère pas ces dates comme une erreur. En tant qu'individu, je n'avais pas envie de rester là-bas, point.

Je te comprends tout à fait. Personnellement, si un artiste que j'aimais devait jouer 3/4h à la Fnac ou au Virgin Megastore, je ne sais pas si j'irais le voir. Nous sommes aussi plus âgés, nous pouvons nous payer une place de concert pour y aller le soir ; un showcase cible davantage les adolescents, c'est tôt dans la soirée, c'est gratuit...

Oui, c'est sûr.

Et ils peuvent voir les artistes en chair et en os.

Ils doivent être ravis.

Je me souviens que le public était ravi et c'est toujours très agréable de voir l'intérêt qu'ils me portent. C'est étonnant. En fait, c'est assez étrange. De toute façon, c'est quelque chose qui m'échappe totalement : quand quelqu'un me demande un autographe, je le fais avec grand plaisir mais ça m'échappe complètement. C'est un truc... Moi, ce que j'aime, c'est faire de la musique... La semaine dernière, j'ai joué dans un club, au Portugal, devant 1.400 personnes. Je ne dis pas qu'ils venaient tous pour me voir parce que ce n'est sans doute pas le cas, mais...

Quand tu vois 1.400 personnes qui te connaissent...

Oui, voilà, certains me demandaient des autographes, d'autres me félicitaient... Aujourd'hui, quand je mixe, j'essaie de faire le vide ; de toute façon, je sais que tout ça m'échappe, du coup, je suis beaucoup plus détendu.

Ce n'était pas le cas avant ?

Non, j'étais terrorisé. Jouer devant 1.400 personnes... Peut-être que je recommencerai si je me retrouve devant plus de monde, mais depuis que j'ai réalisé que certains paramètres ne m'appartenaient pas, je me sens beaucoup mieux. Je comprends pourtant que l'on puisse aller écouter un DJ, moi-même ça m'arrive.

Sauf que tu ne vas pas leur demander un autographe. (Rires)

Exactement. Tu sais qu'on me fait même signer des affiches.

Je pense que la plupart des gens ne se demandent même pas pourquoi ils viennent te demander un autographe ; c'est une démarche automatique.

Parfois, c'est limite... Tu sais que sur le site Internet, je reçois des mails... C'est quand même très groupie.

Personne n'achète encore tes caleçons sur eBay ? (Rires)

Non, mais je m'en passerai.

Échange caleçon signé contre vieux rack d'effets.

(Rires) Contre compresseur à lampes. Je ne suis pas très star-system. Je trouve que tout la hype autour du DJ est d'un ridicule...

Ça fait rêver les gens.

Oui, je sais. C'est le côté rockstar. D'ailleurs, je me souviens... (Rires) Un jour, dans un aéroport, je me suis retrouvé devant Kirk Hammett qui attendait sa guitare. Metallica. J'ai failli lui demander un autographe pour un ami qui était un grand fan de Metallica, mais finalement, je ne suis pas allé le déranger.

Et ton pote t'en as voulu à mort.

Non, parce qu'il n'est pas très collectionneur. Je comprends l'envie d'avoir une preuve, mais je viens sans doute un peu trop de la génération rock pour considérer un DJ comme une rockstar, d'autant plus que je suis dans le milieu du deejaying. J'irais aborder plus facilement un musicien stricto sensu qu'un DJ, d'autant que certains ne sont même pas producteurs. J'ai failli faire signer mes copies de Big Fun et Good Life par Kevin Saunderson mais quand je l'ai vu mixer, j'ai rangé mes disques et je suis reparti.

Pourquoi ?

Musicalement, c'était décevant, racoleur, inutile. De toute façon, je préfère féliciter une personne de vive voix plutôt que de lui demander un autographe.

Tu n'éprouves pas le besoin d'avoir une trace.

Voilà. Je préfère que la personne l'interprète comme un encouragement.

Mais si tu peux tenir ce discours, c'est probablement parce que tu as vécu cette situation des deux côtés.

Sans doute. Je ne peux pas être objectif parce que je suis en partie dans cet univers. Heureusement, on ne m'arrête pas encore dans la rue, parce que je crois que je ne pourrais pas vivre avec cette reconnaissance et je pense que certaines personnes qui sont dans cette situation doivent très mal le vivre.

Certains se cachent...

Je me souviens d'un serveur qui m'avait fait toute une scène dans un restaurant alors que je dînais avec un ami... C'était gênant, les autres tables nous regardaient...

Oui, mais c'est normal.

Bien sûr, c'est normal.

Quand je marche avec un ami dans la rue et que l'on croise une personne connue, je la repère et je continue, mais tu peux être sûr que l'autre va me faire la remarque...

J'ai une histoire comme ça, assez drôle. Et c'est la seule fois où... (Rires) C'était en 1999, à Miami, pendant la Winter Music Conference. C'était la première année où j'y allais et j'étais dans un club qui s'appelait The Cameo Theater pour une soirée où jouaient Fatboy Slim, Todd Terry, Gus Gus... Bref, j'étais au bar avec ma copine et Olivier des Dax Riders, je regarde de l'autre côté du bar et je vois Iggy Pop. Plutôt amusant, je ne savais pas qu'il vivait dans le coin. Je passe le mot à Olivier, mais sans savoir qu'il était fan d'Iggy Pop ; il est devenu hystérique. Il est allé le voir, c'est limite s'il ne l'a pas embrassé, ils ont un peu discuté... Et quand il est revenu, il était vert de ne pas avoir d'appareil photo sur lui ; ma copine a ouvert son sac, en a sorti un Polaroid, et donc...

Non... (Rires)

J'ai une photo avec d'un côté, Olivier des Dax Riders, de l'autre côté, moi, et au milieu, Iggy Pop. (Rires) Cette photo doit être quelque part chez moi, avec toutes les autres photos de Miami. C'était plutôt amusant. Iggy Pop a été gentil comme tout, mais je sentais bien qu'il était un peu gavé. Il était tranquille, dans un club, en train de boire un verre...

Peut-être, mais finalement, pour trente secondes de son temps, ton pote a pu avoir sa photo et il était ravi, non ?

Oui, je suis tout à fait d'accord. C'est d'ailleurs pour cette raison que je me prête volontiers au jeu, avec grand plaisir, chaque fois que l'on me demande une photo. J'adore prendre des photos avec les gens, mais les autographes, j'ai encore du mal. C'est un morceau de papier avec l'écriture de quelqu'un, c'est tout.

J'ai déjà fait signer deux ou trois disques.

Éventuellement, tu fais signer un album parce que ça le personnalise, mais un flyer... Un album, je comprends...

Ça le valorise sur eBay aussi. (Rires)

Ça le valorise sur eBay et l'artiste peut t'écrire un mot gentil dessus, mais quand les mecs viennent te voir avec un morceau de flyer...

Ou un ticket de métro...

Llorca ne t'a pas raconté qu'après un concert, un mec s'est pointé devant lui avec un album de St Germain ? (Rires)

Excellent.

C'est fort. Ludo s'est retrouvé tout con.

(Rires) Et il l'a signé ?

Je ne sais plus. Ce n'est pas lui qui me l'a raconté, c'est un ami, Philippe Monrose, qui tournait avec lui.

Percussionniste qu'il t'a emprunté.

Oui, qu'il m'a emprunté des enregistrements. Ludo était le premier à l'avoir en live. Enfin, Philippe n'appartient à personne...

Il nous reste 6'30. Je te propose de parler de Mint.

D'accord, si tu veux.

Mais on ne va pas parler de l'album en général car je pense que tu en as déjà parlé moult fois.

Effectivement.

Je préfère Mint à Bienvenida...

Il est différent, plus abouti.

Ça reste mon jugement personnel. En tout cas, le morceau que je préfère dans Mint, c'est clairement Palma.

OK.

Sur le maxi Come with me, je préférais déjà Palma à Come with me.

Je comprends.

Dès la première écoute.

Je comprends. Tu sais, tous les morceaux sur lesquels je travaille en ce moment sont davantage dans le style de Palma.

Tant mieux. Je me suis également fait deux remarques sur Palma : la première, c'est que la ligne de basse m'a immédiatement fait penser à un remix du Lost Illusions de Shazz, sorti sur Fnac Music Dance Division.

Lequel ?

Le Masturbation mix : un long remix acid de dix minutes, très minimal. Quant au gimmick vocal, je l'ai rapproché de celui qu'il y a dans Musique des Daft Punk.

C'est marrant...

Ces deux points me sont vraiment venus naturellement et rapidement. Ensuite, en réécoutant Palma, j'ai fait un nouveau parallèle sur sa construction avec Positive Education de Slam.

Davantage. Si je devais relever une influence, notamment sur les nouveaux titres, dont un que je joue en live après les rappels, ce serait plutôt Positive Education. C'est un morceau qui m'a clairement marqué.

Comme beaucoup de monde.

Bien sûr. C'est de la techno, mais avec ce côté house, ce son de Glasgow, qui en fait un classique parmi les classiques, pour moi comme pour beaucoup d'autres.

Du coup, je voulais en savoir un peu plus sur Palma, ce que tu avais voulu transmettre avec ce morceau, quelle est son histoire...

Je vais te dire un truc très con : j'ai voulu y mettre de la lumière. Le morceau s'appelle Palma tout simplement parce que je l'ai fait en Espagne, à Majorca où habite ma mère, en fevrier 2003, et il incarne parfaitement la vibe que je ressens quand je suis là-bas. Ce sentiment un peu mélancolique qui reste très positif dans les sonorités.

C'est vrai que le morceau démarre en déployant beaucoup d'énergie jusqu'à l'arrivée des nappes qui lui donnent une touche deep.

Et beaucoup de morceaux que je travaille en ce moment sont dans cette vibe, deep techno, très électroniques, un peu Detroit.

Le prochain album d'Alexkid pourrait-il être instrumental ?

Je ne crois pas. Si l'on me demande de refaire un album, je pense que je vais encore partir sur quelque chose de différent tout en gardant la même patte. En ce moment, les morceaux que j'espère sortir sont très influencés par Detroit, Glasgow, les vieilles productions de Soma...

Tu risques de surprendre pas mal de personnes.

Oui. J'en suis même à me demander si je ne vais pas les sortir sous un autre nom. Je suis en train d'y penser. Certains morceaux vont sortir sur Brique Rouge.

Sous le nom d'Alexkid ?

Pas nécessairement. Je devrais aussi sortir un maxi deep techno sur FCom, plus orienté club, vraiment destiné aux DJ, sur lequel on ne communiquera pas comme le nouveau single d'Alexkid. J'ai besoin de sortir des titres comme ça.

Pour pouvoir les jouer ? D'ailleurs, est-ce que tu joues tes maxis ?

Oui, ça m'arrive.

Tu as joué Palma ?

Oui, mais étonnamment, Palma a été joué par des DJ de styles très différents : Fafa Monteco, King Britt, D'Julz... C'est amusant car c'est un morceau que j'ai fait un peu comme ça, par hasard, et une fois terminé, je me suis dit qu'il allait plaire aux DJ ; je ne me suis pas trompé et c'est aussi pour ça qu'il était en face B de Come with me. Je voulais que le public percute sur Come with me et que les DJ jouent Palma.

Et c'est ce qui s'est passé.

Oui. Certains l'ont acheté pour Come with me, beaucoup l'ont acheté pour Palma mais nous ne pouvions pas communiquer sur Palma en tant que premier extrait de l'album, même s'il était plus joué.

Jusqu'à la sortie du remix de Come with me par Llorca.

Oui, car c'est le remix qui est joué, l'original étant trop lent, même si dernièrement, certaines personnes sont venues me voir en me disant qu'elles jouaient ma version.

Probablement parce que celle de Llorca a été trop entendue.

Non, je pense que certains trouvent les remixes très bons mais ils jouent ma version car c'est celle qu'ils préfèrent. (Le Minidisc se termine sur ces mots)

(Une fois de plus, merci à Stéphane pour nous avoir organisé cette rencontre, à Alexis pour nous avoir accordé deux heures de son temps et à Jean pour son micro qui nous dépanne bien.)