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Interview 005

{Alexkid}{22/03/2004}{Paris}

AsianCinema – Live&Mint – Devoted2Promotion

Sancho : Et la série Six Feet Under ?

Alexkid : J'adore.

J'ai commencé la première saison en DVD le mois dernier...

Je ne l'ai pas beaucoup suivie mais pour une série américaine, je trouve qu'elle dynamite pas mal d'images arrêtées sur la société américaine.

Je n'en suis qu'à la moitié de la première saison...

Mon morceau I Think est dans un épisode de la deuxième saison.

Et je trouve effectivement que c'est une série de qualité, mais je t'avoue que je ne suis pas encore transcendé.

Disons que le ton est très fin. Ils sont tous dépressifs mais ça reste amusant dans l'absolu car ils sont très humains finalement. Leurs fantasmes, les scènes où tout part en vrille comme celles où la mère s'imagine des trucs totalement trash alors qu'elle est super coincée... Je crois que nous sommes tous un peu comme ça, nous avons tous nos problèmes, nos fantasmes...

Sauf qu'ils sont exposés dans la série.

Exactement, et si l'on mettait en images toutes nos pensées, je pense que ce serait tout aussi trash : par exemple, un jour, tu t'énerves avec quelqu'un et tu vois le moment où tu vas lui prendre la tête et lui écraser contre le mur. Évidemment, tu ne le fais pas, mais la seule vision que tu en as, si tu la mets en images...

Sur la même chaîne, est-ce que tu as suivi Oz ?

Non. En fait, je regardais Six Feet Under de temps en temps, quand je tombais sur un épisode par hasard, mais je ne regarde pas tant que ça la télévision. C'est très ponctuel.

C'est un peu gênant pour les séries...

C'est un peu compliqué pour suivre une série et c'est sans doute la raison pour laquelle je n'en vois plus beaucoup. J'en suivais davantage avant, quand j'avais encore le temps ; j'avais même relié mon DAT en permanence à la télévision de façon à pouvoir enregistrer la musique d'une série si elle me plaisait. C'est de cette façon que j'ai pillé pas mal de séries télévisées. Il y avait un souffle énorme sur mes enregistrements mais je le détournais, c'était amusant. Je ne le fais plus aujourd'hui, pourtant je devrais. Il faudrait que je m'achète un MiniDisc.

Prends un MiniDisc au lieu d'un lecteur MP3 parce que la plupart d'entre eux n'ont pas d'entrée analogique.

Oui, je sais.

Ou alors tu t'achètes un iPod pour rester dans l'univers Mac.

Pourquoi pas, mais il faudrait que le Mac puisse enregistrer or j'ai un iMac...

Tu n'avais pas un portable Mac pour ton live ?

Si, mais j'ai plusieurs machines : un Power Macintosh 7600, un G4/800 (Quicksilver) destiné au studio, un iMac G4/800 avec un écran 15 pouces chez moi, un iBook G3/500 pour le live et j'ai acheté dernièrement un petit PowerBook G4/867 sur lequel je compose et je fais tourner Final Scratch.

C'est vrai que tu t'es mis à Final Scratch... C'est comment ?

C'est pas encore ça.

Pourquoi ?

C'est pas stable.

Tu mixais en vinyle depuis longtemps ?

J'ai toujours mixé en vinyle.

Et donc, Final Scratch...

Disons que ça marche bien... quand ça marche bien. C'est-à-dire qu'il décroche de temps en temps, et quand il commence à varier le pitch de ton disque tout seul, forcément, ça énerve...

Pourtant, tu le fais tourner sur un Mac : ça devrait être sharp, carré...

Le problème ne vient pas du Mac mais des drivers USB : de temps en temps, l'interface te décroche un des deux canaux et tu ne peux rien faire. Du coup, tu es obligé de passer sur une seule platine, c'est-à-dire que les deux morceaux vont être détectés par la même platine : tu choisis le prochain morceau, tu laisses l'autre tourner en roue libre donc tu ne peux plus toucher à son pitch, tu cales le morceau suivant, tu le lances, et ainsi de suite... C'est très pratique quand le logiciel t'a planté, sauf qu'il ne devrait jamais planter. Ce soir, je vais dîner avec Josh Wink et je sais qu'il connaît bien les mecs de Stanton, donc je vais lui en toucher deux mots et voir s'il ne peut pas me monter un plan avec eux.

C'est-à-dire ?

C'est-à-dire que j'ai acheté Final Scratch, j'en suis content mais mine de rien, je leur fais pas mal de promotion lors de mes dates, donc je voudrais bien qu'ils me réparent ça.

Et pour le toucher du vinyle ?

C'est pareil.

Vraiment ?

Pas exactement, c'est-à-dire que si tu reviens un peu trop vite en arrière, le logiciel décroche, mais pour scratcher, lancer le disque, corriger la vitesse, c'est exactement pareil ; tu peux stopper le disque, le relâcher, ça marche. C'est étonnant. Je l'avais essayé avec Josh Wink et j'avais halluciné. Depuis, je voyage avec 400 morceaux dans mon disque dur.

Du coup, tu ne joues plus en vinyle aujourd'hui ?

En fait, j'achète toutes les nouveautés en vinyle donc je prends toujours un sac avec moi, mais au lieu d'en emmener une centaine, je n'en transporte plus qu'une quarantaine. Je peux mixer les nouveaux morceaux en vinyle, passer un vieux morceau via l'ordinateur, ne jouer qu'avec l'ordinateur ou rester sur du vinyle pendant tout le set... C'est d'une totale liberté.

Est-ce que tu mixes encore pour ton plaisir personnel ?

Oui, quand j'ai l'occasion, mais depuis mon déménagement, je n'ai pas rebranché mes platines tout simplement parce que je n'ai pas d'amplificateur. De toute façon, quand je mixe en soirée, je me fais toujours plaisir, donc...

Peut-être, mais c'est pas pareil quand tu te trouves dans un contexte professionnel...

Non, mais je prends souvent plus de plaisir quand je joue dans un lieu où le contexte n'est pas trop professionnel : par exemple, jouer très deep dans un bar, au bord d'une piscine...

Tout dépend aussi de l'organisateur : il faut que ta programmation concorde avec ses objectifs sonores ?

Oui, tout dépend de l'endroit où tu joues.

Tu ne dois pas accepter n'importe quoi.

Non. Je ne vais pas jouer à 118BPM, à trois heures du matin, dans un club en Allemagne ou en Bretagne. Récemment, j'étais à Tel Aviv devant des énervés...

Tu y retourneras ?

Oui, probablement, même si ça n'était pas une très bonne soirée ; ils aimaient bien que ça tape fort.

Pas nécessairement vite, mais fort ?

Je pense qu'ils auraient été ravis que j'accélère mais j'étais déjà dans les 130BPM, ce qui est costaud pour moi.

Non...

Tout dépend du style que tu joues. Si tu joues house à 130BPM, c'est quand même rapide, tandis que si tu joues techno à 130BPM, c'est correct.

Tu ne joues pas techno ?

C'est rare. À Tel Aviv, j'ai fini par jouer techno.

Tu n'aimes pas ça ?

Si, j'aime bien, mais je n'en achète pas énormément et ce n'est pas ce que j'aime le plus. Je pense qu'il y a des gens qui jouent techno beaucoup mieux que moi donc autant les laisser faire ; je suis bien plus à l'aise pour jouer house que pour jouer techno.

Tu peux aussi explorer différents styles dans ton set.

Oui, mais tout est question de goût : je vais savoir combiner certains morceaux mieux que d'autres. De temps en temps, je vais jouer techno, mais je vais plus facilement partir dans des morceaux house old school qui tapent ou bien vers du John Tejada que je ne considère pas comme techno.

C'est quand même assez techno, John Tejada...

C'est pas techno. C'est comme Fabrice Lig : il joue house, pas techno.

Des considérations de puristes...

On peut éventuellement parler de tech-house même si je déteste ce mot, mais pour moi, la techno, c'est The Advent. C'est une musique évolutive dans laquelle il n'y a pas vraiment une structure de chanson.

OK, je comprends ta conception. Et tu ne parlerais pas de deep techno ?

Non. Pour moi, la deep techno, c'est presque plus proche de la house que de la techno. En fait, c'est...

C'est justement pour cette raison qu'elle se range dans la tech-house, d'ailleurs.

Certainement... C'est comme toutes les productions de Detroit, je ne peux pas dire que c'est de la techno. Sauf pour Jeff Mills.

OK, je vois la différence.

Pour moi, des morceaux comme Aguila ou Hi-Tech Jazz, ça n'est pas techno.

Ce ne sont finalement que des définitions subjectives...

Bien sûr. D'ailleurs, je n'aime pas ces étiquettes.

Dans quels styles sont rangées tes productions ?

En ce moment, c'est un des gros soucis que nous avons : les distributeurs ne savent pas trop où ranger Mint.

Ils doivent probablement le ranger dans le bac house.

Oui, mais est-il house au sens propre du terme ? D'après moi, on ne peut le mettre ni dans un bac pop, ni dans un bac house.

C'est pourtant dans le bac house qu'il va se vendre.

Bien sûr, mais en même temps, dans certains pays, c'est parce qu'il est rangé dans le bac house qu'il ne se vend pas.

Il ne se vend pas ?

En Angleterre, par exemple, il ne se vend pas.

Après neuf mois, tu en es où exactement?

C'est correct, mais il aurait pu faire mieux. J'en ai vendu 15.000 exemplaires environ.

Sur le monde entier ?

Oui. Tu vois.

Le marché du disque n'est pas au beau fixe...

Je sais, mais tu as vu toute la promotion qui est faite autour de moi ? J'ai des papiers un peu partout, le clip de Come with me augmente doucement le bouche-à-oreille, ça commence à reprendre... En fait, les ventes sont stables, mais...

Elles ne décollent pas ?

Non, il manque l'étincelle. Je ne vais pas me plaindre quand je vois que les albums d'autres artistes ne se vendent pas alors qu'ils sont très bons.

Non, mais je te comprends. D'une part, le label a mis en place une véritable stratégie de lancement autour de Mint, avec un réel effort de promotion, et d'autre part, les médias l'ont très bien accueilli, donc Mint transporte l'image d'un disque qui marche bien.

Exactement. J'ai une excellente image, je ne vais pas m'en plaindre, tout le monde pense que j'ai vendu 150.000 exemplaires alors que pas du tout.

Par contre, tout le monde télécharge Mint. (Rires)

J'espère pas. (Rires) Je pense que beaucoup doivent télécharger Come with me mais ils ne téléchargent pas tout l'album. Malheureusement, le téléchargement est d'actualité et nous devons composer avec. C'est aussi une des raisons pour lesquelles chez FCom, nous tentons d'avoir de belles pochettes, de construire un concept, de travailler le live...

Ton live avance bien ?

Pour le moment, j'en suis plutôt content.

Tu as fais combien de dates jusqu'à maintenant ?

Un peu moins d'une quarantaine.

Et tu n'avais jamais fait de live auparavant ?

Non, pas en tant qu'Alexkid. J'avais essayé une fois, mais ce n'était pas grandiose. Aujourd'hui, je suis content de la formation ; tout se passe dans la bonne humeur. Nous allons apporter quelques changements pour la tournée française car le live n'a pas beaucoup évolué depuis le début.

Vous allez changer le tracklisting ou la formation ?

Le tracklisting et la structure de certains morceaux.

À ce propos, je n'ai pas assisté à ton live lors de la soirée Panik à l'Élysée-Montmartre mais quelqu'un m'avait posé la question de savoir qu'elle était le dernier morceau que tu avais joué. Un morceau plutôt drum'n bass ?

D'accord. C'est une nouvelle version de Not Every Angel, un morceau de mon premier album. Je pense que nous allons l'enregistrer car un tas de gens m'ont posé la question.

Je me souviens du concert que tu avais fait au Nouveau Casino ; j'avais beaucoup aimé. J'étais un peu plus sceptique sur Jay Alanski mais finalement, ça s'est plutôt bien passé dans l'ensemble, même si la majorité du public venait pour toi.

D'ailleurs, Jay l'a très mal pris. Je lui en veux un peu... Je pense que son live était relativement fermé, qu'il ne communiquait pas suffisamment avec le public. Il a tout fait pour que sa première demi-heure soit vraiment obscure et ça ne s'est arrangé qu'à partir du moment où il a joué Un Maximum de Lumière ; c'est seulement sur ce morceau que l'on a pu commencer à respirer. Par ailleurs, j'ai trouvé qu'il n'était pas particulièrement cool avec ses musiciens, et il a même fini par faire grave la gueule après le concert.

Oui, mais c'est sans doute le personnage qui veut ça... De plus, vous ne visez pas la même cible...

Non, bien sûr, mais dans le même créneau, je pense qu'il peut faire mieux, c'est tout. Tout est histoire de communication avec le public : soit tu lui donnes quelque chose, soit tu as l'impression qu'il s'ennuie.

Tu joues une musique qui est également plus facile d'accès.

Oui, elle est plus club.

Elle fonctionne plus facilement, et n'oublions pas Lissette...

Oui, mais j'ai choisi Lissette.

D'accord, mais son jeu de scène est excellent, or c'est un atout indéniable dont Jay ne disposait pas.

Bien sûr, mais son jeu de scène est prévu pour fonctionner comme ça, de même que tous les musiciens. Quand tu veux monter un live, tu l'imagines, tu le conçois à partir de ta vision et tu recrutes les bonnes personnes. Ou bien tu décides de travailler avec plusieurs talents et tu conçois ton live en ayant déjà une idée bien précise ; c'est d'ailleurs plutôt ce que j'ai fait. J'ai travaillé pendant deux mois sur sa création, puis nous avons répété pendant une semaine dans une résidence, à se demander si ça allait fonctionner... Nous n'étions vraiment pas sûrs, mais finalement ça marche, même s'il reste encore plein d'éléments à revoir, encore maintenant. Tu dois apprendre de chaque date. Je pense qu'un concert doit vraiment se baser sur l'échange avec le public ; les spectateurs viennent pour que tu leur donnes quelque chose, qu'il s'agisse de n'importe quel groupe. Quand je vais assister à un concert, je n'ai pas envie de voir le groupe jouer ses morceaux puis rentrer en coulisses. Je me souviens d'un concert qui m'avait énormément marqué : Placebo au Zenith de Paris. Quand Brian Molko, le chanteur, s'adressait au public, il parlait à 5.000 personnes mais tu avais l'impression qu'il te parlait directement. C'est quand même fort. Et pendant deux heures de concert, non stop, les mecs t'en mettaient plein les dents ; tu ne t'ennuyais pas une seule seconde. Pour moi, c'est important. Il faut structurer les morceaux d'un live de façon à ce qu'il n'y ait pas de temps mort, ni de longueur ; ça se travaille. Et si ton live comporte des passages un peu lourds, tu te débrouilles, ou alors, si tu les rends vraiment glauques, volontairement, tu ne viens pas te plaindre après ; soit tu assumes, soit tu n'assumes pas.

Peut-être...

Idem, quand tu rencontres un problème sur scène, c'est jamais très cool, mais quand ça t'arrive, tu ne t'énerves pas. Avec l'expérience qu'il a, je pense qu'il devrait le savoir. Quand ça nous est arrivé sur certaines dates, je ne me suis jamais énervé. Au contraire, on a commencé à déconner, Seep s'est mis à scratcher, faire un beat avec ses petites boîtes à rythmes, Philippe s'est mis à jouer des percussions, Lissette s'est mise à chanter une connerie...

Pendant que tu cherches à réparer... (Rires)

Voilà. Ça nous est déjà arrivé trois ou quatre fois, souvent des problèmes techniques... Quand ça nous est arrivé en Pologne, on a commencé à jouer Hot in Herre en totale improvisation. C'était excellent. Mais tu dois pouvoir réagir comme ça, sinon tu casses l'ambiance. Je me souviens avoir été choqué pendant un concert où Tricky s'était énervé contre quelqu'un sur scène... Ça te casse la vibe d'un concert...

Il faut aussi te replacer dans le contexte : ta musique évolue dans un esprit positif. Tu n'as pas un seul morceau qui soit glauque.

Non, c'est clair. C'est un autre état d'esprit.

Est-ce que tu as construit ton live à partir de tes propres attentes en tant que spectateur ?

Oui, dans une certaine mesure ; j'ai pris quelques références afin d'analyser pourquoi je les avais appréciées.

Quelles références ?

Roni Size & Reprazent, même si Roni Size est un personnage odieux. Leur live est sans doute l'un des meilleurs que j'ai vus de ma vie. Ils sont huit sur scène et tu te prends une sacrée claque : pendant deux heures, tu danses et ça déchire. Leur MC ne te lâche pas, ça tourne derrière, c'est carré... Dans un live, les problèmes viennent souvent de la structure ; nous avons d'ailleurs beaucoup de corrections à effectuer parce que nos enchaînements ne sont pas encore suffisamment fluides.

C'est bizarre, je n'ai pas ce souvenir du concert que j'avais vu au Nouveau Casino.

Pourtant, on stoppe tous les morceaux car je suis obligé de charger les morceaux un par un sur le Mac.

Donc tout le monde applaudit...

En fait, dès que j'arrête le morceau, je vais immédiatement charger le suivant pendant que Lissette meuble au micro, le seul problème étant que ça ne fonctionne pas tout le temps. Donc je vais bientôt enchaîner certains morceaux sur la même séquence afin de pouvoir transiter d'un morceau à l'autre tranquillement.

Taho m'avait parlé d'un logiciel révolutionnaire pour le live : Live de la firme Ableton.

C'est ce que j'utilise et c'est parfait pour le live ; ça porte bien son nom. Même pour la production, tu peux obtenir des trucs très intéressants... C'est étonnant.

Je l'ai déjà vu tourner et l'interface est très ronde.

Je la trouve assez jolie. C'est une vision fraîche du séquenceur qui nous sort de tous les clichés de Cubase.

C'est vrai qu'elle est très légère.

Oui, c'est un logiciel très simple et très efficace. Vraiment. En plus, il n'est pas cher. Et tu l'utilises en live. Tu peux vraiment bien l'utiliser, c'est très bien calculé. C'est vrai que pour moi, c'est le bonheur... C'est le bonheur.

Tu l'utilises depuis sa sortie ?

Je l'utilise depuis que j'ai commencé le live. De toute façon, c'était soit Live, soit la MPC 2000 comme avait fait Llorca, donc finalement, j'ai branché les pads de la MPC 2000 sur Live pour obtenir le même résultat.

L'été dernier, pendant l'interview de Llorca, nous avions pas mal discuté de sa tournée et il m'avait raconté comment ça s'était passé avec ses musiciens : le fait qu'il devait composer avec les humeurs de chacun. Est-ce que tu as déjà rencontré ce problème ?

Bien sûr, mais ça n'est pas si difficile de gérer l'ego de chacun.

Tu t'apparentes quand même au chef d'orchestre, non ?

Plus vraiment. Je préviens les autres de la fin du morceau, mais c'est tout. Nous avons établi les morceaux et tout le monde les connaît bien maintenant.

Tu n'as pas de table de mixage qui te permette de jouer avec les différentes voies, à savoir les différents instruments ?

J'en ai une, mais nous connaissons tous les structures et nous savons donc très bien où chacun va partir, le désavantage étant que les structures sont toujours un peu les mêmes...

Donc, tu n'as pas de marge d'improvisation.

Non, mais nous allons essayer de nous déstabiliser davantage à l'avenir. Il fallait attendre que l'on soit vraiment à l'aise avec les morceaux pour se permettre de se lâcher un peu plus. Tout devrait partir un peu plus en vrille dans les prochaines semaines. Par contre, l'avantage d'être aussi bien réglés, c'est qu'en cas de problème, les autres peuvent rattraper très facilement. Récemment, en Espagne, je me suis planté mais les autres ont parfaitement rattrapé le truc, à la volée ; c'était drôle. Et contrairement à ce qu'avait fait Llorca, tous ceux qui sont avec moi sur scène ont plus d'expérience que moi ; ça change tout. Ils savent que sur scène, le spectacle passe en premier.

Ils sont professionnels.

Parfois, quand Lissette est crevée, qu'elle tire la gueule toute la journée, dès qu'elle monte sur scène, elle est souriante ; elle déchire. Du coup, après le concert, tout va mieux, tout le monde est content parce que le concert s'est bien passé. Mais le lendemain matin, quand tu as trois heures de sommeil dans la gueule et que tu dois te taper sept cents bornes en van, forcément l'ambiance est un peu moins funky... Mais ça se comprend, c'est humain.

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