Rentrée 2003
Crise du marché du disque Prévisions 2004
Sancho : Je te propose de parler
maintenant des deuxièmes albums de la nouvelle génération
d'artistes du label qui devraient sortir en 2004, comme tu me l'as dit.
Commencons par Ready Made.
Eric Morand : Ready Made vient
tout juste de commencer à travailler dessus, je devais d'ailleurs
le voir aujourd'hui. The Youngsters sont les plus avancés puisque
leur album est quasiment terminé. Aqua Bassino est très
avancé également. Avril y travaille actuellement et son
deuxième album est prévu pour le printemps 2004. Llorca
est sur le point de démarrer, quant à Laurent, ça
reste à voir...
Et Jori Hulkkonen ?
Il ne sortira pas d'album en 2004 puisqu'il
a décidé de s'en tenir à des maxis pour respirer
un peu et prendre son temps. En revanche, Vista Le Vie va sortir un
deuxième EP, puis certainement un album à la fin de l'année
2004. Et nous allons également ressortir un disque de Nova Nova
; c'est un projet que nous avons commencé à monter l'année
dernière, suite aux réactions que nous recevons en permanence
sur Nova Nova depuis maintenant deux ans. Ils se sont séparés
au moment de la sortie du premier album et leurs relations sont toujours
aussi tendues, mais nous avons décidé de regrouper certains
titres déjà sortis avec des inédits. Un album sortira
donc en 2004, probablement en édition limitée.
Sans que le duo ne soit reformé
?
Non, même s'ils retravaillent
ensemble sur ce projet. Je réfléchis au cas où
j'aurais oublié quelqu'un... Je crois qu'on a couvert tous les
artistes...
C'est déja bien chargé
comme planning de sorties.
Oui, sans compter les éventuelles
nouvelles signatures.
Et tu as prévu quelque chose
en particulier pour le F200 ?
Je ne sais pas encore...
On s'en approche puisque nous en
sommes déjà au F192.
Oui, mais je suis dubitatif en ce qui
concerne les compilations de label aujourd'hui, car il y en a eu beaucoup,
or ça ne concerne vraiment qu'un public très restreint.
Et si le F200 tombe au même
moment que les les dix ans du label, tu ne veux pas marquer le coup
?
Nous avons déjà sorti
Classic and Rare l'année dernière et je ne pense
pas que nous soyons obligés de sortir une nouvelle compilation
sous prétexte que le label existe depuis dix ans ; c'est un peu
trop prévisible à mon goût...
Pourquoi pas un maxi "spécial"
alors ?
Éventuellement, mais nous allons
probablement célébrer notre dixième anniversaire
davantage au cours d'une soirée ou par des concerts qu'en sortant
d'une compilation. Nous n'avons pas fêté les cinq ans du
label, mais les sept ans ; notre fonctionnement est impulsif, décalé.
Ne pas sortir une compilation pour le F200 est peut-être
"antimarketing", mais notre attitude a toujours été
celle-ci.
Si l'on dresse un rapide bilan des
dix ans de F Communications, j'aurais aimé savoir s'il
y avait un disque parmi les deux cents qui sont sortis que tu regrettes
d'avoir signé. Pas nécessairement parce qu'il a mal vieilli,
mais un disque que tu ne sortirais plus aujourd'hui.
Hummm...
C'est un peu difficile comme question.
C'est une question difficile parce que
la musique n'est pas une science exacte, donc il arrive que tu signes
des artistes mais que ça ne marche pas. On peut se demander,
par exemple, pourquoi nous avons sorti deux maxis d'Iberian sur F
Com. Tout simplement parce que nous avions eu un coup de coeur pour
la musique d'Alex Martin, donc nous avions essayé de démarrer
une carrière ensemble, mais tout ne s'est pas passé comme
prévu, il souhaitait monter son propre label... Les exemples
de Lady B et Chaotik Ramses sont valables également et tu es
en droit de te demander pourquoi nous ne sommes pas allés plus
loin avec ces artistes. Quel était le but ? L'industrie du disque
fonctionne tout simplement de cette manière et parfois, quand
tu essaies de construire une carrière, tout n'évolue pas
comme tu le souhaiterais ; je regrette alors de ne pas être parvenu
à développer l'artiste. Effectivement, certains titres
comme ceux de Chaotik Ramses ont plutôt vieilli, mais si tu les
replaces dans leur contexte, ils étaient très intéressants.
En fait, tu ne regrettes pas une
sortie en particulier mais plutôt de ne pas avoir pu suivre le
développement de l'artiste jusqu'au bout.
Exactement. Or c'est ma responsabilité
en tant que directeur artistique d'aiguiller l'artiste. Parfois, ça
ne marche pas ; l'artiste n'a pas envie d'aller dans la direction que
tu lui indiques. Prenons l'exemple de Juantrip' : c'est quelqu'un de
talentueux musicalement, mais je ne suis pas arrivé à
le canaliser et à développer chez lui un talent de gestion
de carrière. De toute façon, dans la carrière d'un
artiste, tu trouveras toujours certains disques avec des faiblesses.
Si tu prends 30 dans la carrière de Laurent, beaucoup
trouvent que c'est un album étrange ; Laurent le pense aussi,
mais 30 était un album de transition, qui lui a permis
ensuite de produire Unreasonable Behaviour, et pour ça,
c'est un album de valeur. Le schéma existe aussi avec les maxis
: tu pourras constater que le deuxième maxi d'un artiste est
souvent moins intéressant que le premier, mais c'est une étape
obligée dans l'intégralité de son développement,
et si tu refuses de sortir ce deuxième maxi sous prétexte
que tu le trouves un peu faible, l'artiste aura tendance à chercher
un autre label ou alors il ne franchira pas ce cap qui lui permettrait
pourtant de progresser. Pour moi, tout catalogue a des forces et des
faiblesses.
Si le développement des artistes
t'intéresse tant, j'aimerais savoir si tu as suivi les carrières
respectives de Shazz et de St Germain après qu'ils aient quitté
le label, puisque que tu avais contribué à les placer
sur une rampe de lancement ?
J'ai suivi le développement de
St Germain, mais pas celui de Shazz, puisqu'il n'y en a pas vraiment
eu. Je lisais ce ce matin dans la presse que St Germain avait vendu
deux millions d'albums et je trouve ça très bien pour
lui. Il a certainement fait le bon choix, mais sur le plan artistique,
je pense que Tourist n'aurait pas eu la même gueule s'il
était sorti sur F Com. Je l'aurais obligé à
évoluer dans sa musique parce que Tourist n'est finalement
qu'une copie de Boulevard, avec une même stratégie
mais destinée à un public plus large. St Germain et Blue
Note ont utilisé ce que nous avions construit par rapport
à Boulevard, or c'est rarement notre comportement sur
F Com, mais parfois, un artiste doit se répéter
pour sa carrière, en sachant que la première fois, il
s'adresse aux initiés, et la seconde, au grand public. La plupart
des succès fonctionnent ainsi, et St Germain a donc peut-être
fait preuve d'intelligence dans sa démarche. Mais ce que je retiens
davantage du départ de Ludovic Navarre et de Shazz, je crois
que nous en avions déjà parlé ensemble, c'est la
leçon qu'on en a tirée sur la relation artiste/label et
sur notre capacité à développer un artiste. Certes,
leur départ a été très douloureux, mais
ça fait sans doute partie de la vie d'un label : des artistes
partent, d'autres reviennent... Leur départ a d'ailleurs permis
l'arrivée de Llorca, Ready Made, Aqua Bassino... Je m'étais
déjà exprimé sur le sujet, mais le fait qu'un artiste
reste en permanence sur le même label peut aussi être source
de problèmes, donc avec le recul, c'était peut-être
la meilleure chose à faire.
Tu parles de l'affection du label
F Communications pour le développement de ses artistes
; est-ce que tu serais opposé à la signature d'un artiste
qui soit déjà confirmé ?
Non.
Pourtant, ce n'est pas encore arrivé.
Non, mais nous nous sommes déjà
posé la question. Encore faut-il que cet artiste souhaite vraiment
rejoindre F Com et qu'il y ait un réel challenge. Parfois,
nous ne sommes pas passés loin de signer...
Quels sont les artistes que tu aurais
bien aimé signer ? Des artistes confirmés que tu considères
mal exploités et que tu penses être en mesure d'emmener
beaucoup plus loin.
La question s'est souvent posée,
mais notre faiblesse réside certainement dans le fait que nous
ne nous sommes jamais battus pour qu'un artiste signe sur F Com
; nous allons lui témoigner notre amour et notre intérêt
pour sa musique, mais nous n'allons pas lui forcer la main s'il est
réticent à rejoindre le label. Je vais être transparent
avec toi : depuis plusieurs années, nous adorons la musique de
Vitalic. À l'époque de Dima, il est déjà
passé à deux doigts de signer sur F Com, mais ça
ne s'est pas fait ; d'ailleurs, je ne me rappelle plus pour quelle raison.
Ensuite, il a produit le Poney EP, et dans un contexte juridique
assez compliqué, nous avons été en discussion pour
sortir ce Poney EP sur F Com, mais je n'ai pas été
hystérique avec lui en lui disant "c'est mortel, j'adoooooore".
C'est certainement une erreur de ma part, mais je suis resté
comme je suis toujours avec les autres artistes, à savoir que
je mets plus en avant les points faibles que les points forts ; je ne
lui ai pas fait show business, or en face de moi, il y avait
DJ Hell, qui lui est très show business, coupe de champagne,
etc... Vitalic est donc parti sur International DeeJay Gigolo Records.
Depuis, nous sommes toujours restés en contact et nous lui avons
toujours dit qu'on adorait sa musique ; aujourd'hui, il le sait, mais
peut-être qu'il ne signera jamais sur F Com. Il sait qu'il
est plus que bienvenu chez F Com parce qu'on adore ce qu'il fait,
maintenant, je n'accepterais pas n'importe quoi à n'importe quel
prix, ne serait-ce que par respect envers les autres artistes du label
qui nous ont déjà fait confiance. Je pense que je pourrais
apporter énormément à un artiste comme Vitalic,
mais pour certaines personnes, rejoindre F Com présente
une connotation un peu sérieuse : c'est une image, une famille,
un état d'esprit... Si tu veux un autre exemple, je pense que
la carrière de Carl Cox pourrait prendre une autre tournure...
Mais elle n'est pas correctement
exploitée.
Non. Pourtant, je le lui déjà
dit un million de fois, mais encore faut-il qu'il se décide à
stopper sa carrière de DJ pendant six ou neuf mois afin de rester
en studio et de faire de la musique. La volonté de l'artiste
est importante et pour le moment, nous n'avons pas réellement
rencontré cette opportunité avec des artistes de notoriété
importante. Certains nous ont contacté, mais nous n'avions pas
nécessairement beaucoup à leur apporter. L'idée
ne me rebute pas pour autant, et j'irais même jusqu'à dire
qu'il s'agit d'un des prochains challenges pour F Com : j'aimerais
signer un artiste à forte notoriété, même
en perte de vitesse, pour que l'on puisse retravailler sur un projet
ensemble et relancer sa carrière. Encore faut-il qu'il en ait
envie et que ce qu'il fasse musicalement soit intéressant.
Le CD de Madredeus est terminé.
En fond musical, est-ce que ça t'a plu ?
Oui. C'est beau, mais ça m'a
fait penser à la chanteuse Amalia Rodrigues dont je te parlais.
C'est quand même pas "mort de rire", le fado... C'est
toujours très nostalgique.
Par essence, ça l'est.
Oui, je sais.
Nous arrivons à la dernière
question de cet interview...
Mais nous pouvons continuer à
parler de Vitalic si tu veux, ça ne me dérange pas...
Non, c'est bon.
De toute façon, je ne pense pas
qu'il signera sur F Com ; de ce que je sais, il nous trouve trop
sérieux...
Comme tu l'as dit, et je suis heureux
de le savoir, vous fonctionnez toujours à l'émotion, même
après dix ans d'existence. Je me suis donc posé la question
de savoir comment tu réagirais si un jour, tu recevais une maquette
semblable au CD de Madredeus que nous venons d'écouter, c'est-à-dire
contenant des morceaux magnifiques mais qui n'auraient rien d'électronique.
Est-ce que tu signerais l'artiste, ou bien est que tu ne le signerais
pas sous prétexte qu'il ne convient pas à l'image du label,
alors qu'il dispose de tout le reste ?
C'est une question assez difficile.
C'est vrai que dans les premières années du label, vers
1995/1996, nous avons fait preuve de timidité, pensant que le
public ne pourrait pas nous suivre. À l'époque, nous avions
reçu plusieurs maquettes downtempo qui nous plaisaient, mais
nous ne les avons pas sorties ; sur ce point, nous n'avons pas été
initiateurs du mouvement trip-hop alors que nous en avions très
envie. Nous avons donc fait une erreur et nous nous sommes rattrapés
depuis. Par ailleurs, des artistes comme Frédéric Galliano
ou Juantrip' ne sont pas si électroniques que ça. La vraie
question reste alors de savoir si F Com est le bon label pour
l'artiste, dans le cadre d'un projet non électronique, car nous
ne connaissons pas nécessairement les bons distributeurs, les
bons médias, etc... L'artiste ne doit pas en souffrir, or si
nous sortons un nouveau disque, tu le trouveras certainement dans le
rayon "Musiques électroniques" ; si sa place est davantage
au rayon "Jazz", "Labels indépendants" ou
"Chanson française", les représentants de PIAS
vont avoir du mal à convaincre les vendeurs et l'artiste risque
d'en souffrir. Donc au-delà de notre amour pour sa musique, est-ce
que c'est que nous serons vraiment le meilleur choix pour l'artiste
? Le premier devoir d'un label envers un artiste reste quand même
d'apporter un plus à son travail. D'autre part, je pense que
la diversite de F Communications et notre avant-gardisme ne nous
a pas toujours aidé : dans une société où
tout est segmenté, étiqueté, nos distributeurs
mènent un combat permanent pour nous représenter, et dans
la situation actuelle, ça peut sembler suicidaire. Bref, c'est
une question à laquelle il est très difficile de répondre,
d'autant plus que nous n'avons pas encore reçu cette perle rare.
Mais tu ne serais pas opposé
à l'idée de la sortir ?
Non.
Par contre, il faudrait analyser
avant si c'est quelque chose de viable ou pas.
Il faudrait voir si nous sommes vraiment
les bonnes personnes et si nos compétences sont à la hauteur
pour servir la carrière de l'artiste. Par exemple, je n'ai aucune
connaissance en musique classique, je ne sais pas comment fonctionne
le business de la musique classique, ni les concerts de musique classique,
donc est-ce que je pourrais vraiment aider un artiste de musique classique
? Hormis le financement de son enregistrement et la fabrication de son
disque, je ne servirais pas à grand chose...
Mais tes propos sont en opposition
avec ce que tu disais, à savoir que si l'artiste et son album
sont talentueux, ça marchera sur le long terme. Admettons qu'en
2001, Carla Bruni soit venue frapper à la porte de F Communications
?
Dans un premier temps, je ne l'aurais
pas signée, car malgré tout le respect que j'ai pour l'artiste,
je n'aime pas son album, et je n'aurais pas été un bon
directeur artistique pour elle parce que je n'aime pas la chanson française.
Il faut aussi être honnête par rapport à l'artiste,
car si tu n'as rien à lui apporter, le signer s'apparente à
de l'escroquerie; c'est de l'hypocrisie envers lui. Donc, si je pense
qu'un artiste a vraiment sa place sur F Com, sans que sa musique
soit électronique, et que nous sommes en mesure de lui apporter
quelque chose, je signerai. Par contre, si l'on ne peut pas lui permettre
de développer sa carrière, je l'aiderai à negocier,
trouver un autre label, tout en lui disant que j'adore sa musique mais
que je ne pourrai pas être un bon directeur artistique pour lui.
Le seul moyen serait peut-être qu'il me laisse trois ans pour
comprendre le fonctionnement de son secteur ; s'il est prêt à
passer trois ans au ralenti, alors je suis partant...
Ce qui peut être un beau challenge.
Oui, tout à fait, mais il faut
être honnête tant avec l'artiste qu'avec nous-mêmes
: F Com fonctionne davantage sur un principe d'ouverture lente
et calme. Par exemple, en 2002, nous avons sorti l'album d'Avril, qui
était très rock, très pop, tout en restant électronique
; il nous a permis de toucher une autre sphère du public et en
quelque sorte de développer le dernier album de Jay Alansky.
Jusqu'à présent, nous n'avons jamais sorti de réel
satellite musical par rapport aux autres artistes du label : un artiste
qui nous aurait contraint à réfléchir sur une éventuelle
passerelle entre lui et les signatures existantes.
Vous n'avez jamais reçu une
maquette de ce genre ?
Non. Nous recevons parfois des maquettes
très variées, mais rien qui nous ait vraiment mis une
claque. Ça viendra peut-être...
Et après quinze ans dans le
métier, tu te sens toujours aussi frais ?
Non. J'en ai souvent ras le bol, mais
c'est normal ; je ne peux pas avoir le même regard qu'au tout
début. J'admire Daniel Miller, le patron de Mute Records,
parce qu'à cinquante ans, il semble toujours avoir le regard
d'un gamin de vingt ans. J'ai dix ans de moins que lui mais je n'arrive
pas à avoir la même fraîcheur de regard ; je n'ai
plus la même patience, et quand j'écoute de la musique,
je n'ai plus la même oreille...
Tu ne recherches plus les mêmes
sensations, les mêmes sonorités...
Exactement. Je n'ai pas la même
oreille qu'un gamin de vingt-deux ans qui découvre la techno
aujourd'hui. Il y a tout un tas de trucs, quand je les entends, je pense
"déjà vu, déjà entendu". C'est
parfois éprouvant. Tu sais, diriger un label n'a jamais été
un de mes rêves ; je le fais, c'est une très belle aventure,
mais je préférais peut-être les premières
années où tout était plus petit, un peu barré,
un peu "on fait ce qu'on veut"... Aujourd'hui, nous devons
prendre en compte certains paramètres et agir en conséquence,
or je ne supporte pas les contraintes ; je trouve ça déprimant.
Mais heureusement, le côté positif l'emporte encore sur
ces quelques éléments négatifs. La musique des
artistes, le relationnel avec eux, sont autant de raisons de continuer.
Et quand un album comme Mint d'Alexkid arrive dans les bacs,
je me dis que ça vaut le coup de se battre et qu'il y a encore
des choses qui m'excitent dans tout ça.
(Merci à Stéphane, webmaster
F Com de son état, pour nous avoir organisé ce rendez-vous,
à Eric Morand pour sa patience, sa transparence et son admirable
persévérance dans son travail, à Madredeus pour
l'accompagnement musical si somptueux et à Miguel pour la grappe
de raisin dégustée pendant l'interview.)