Sancho does F Communications
Accueil Artistes Cadeaux Catalogue Contacts Genèse Histoires


Scan X
Llorca
Eric Morand
Taho
Alexkid
Elegia
Laurent Garnier
Think Twice

artistes F Communications

Photo Llorca

 

Interview 002

{Llorca}{04/08/2003}{Paris}

Sancho Concert Tournée Musiciens Trackers Discographie – Influences –

Sancho : Je vais de donner les noms de trois personnes proches de toi et je voudrais que tu me parles de chacune de ces personnes pendant trois minutes.

Llorca : D'accord.

Mais pas plus de trois minutes, parce que si je te demande de me parler de David Duriez, je pense que tu peux tenir une demi-heure.

Oui, mais d'un autre côté, je n'ai pas énormément de choses à dire sur David. On se connaît depuis douze ans maintenant et je pense qu'il a été un déclic dans mon approche de la musique tout comme j'ai dû être un déclic dans la sienne ; il m'a fait connaître la musique électronique en général, la techno, la house, etc... Pour ma part, je lui ai montré comment faire de la musique avec un ordinateur, nous avons été importants l'un pour l'autre dans nos parcours respectifs, sachant que si je ne l'avais pas rencontré, je ferais certainement de la musique aujourd'hui mais peut-être pas de la musique électronique, et il ferait sûrement de la musique mais différemment.

Comment se fait-il alors que vous n'ayez pas formé un duo ?

Probablement parce que nous avons chacun des aspirations et des attentes différentes vis-à-vis de la musique ; nous voulions partir dans des directions qui nous sont propres. Même si nous avons des tas de goûts en commun, même si l'on s'est suivi pendant très longtemps et que nous aimons souvent les mêmes disques, nous avons deux visions assez différentes de la musique. Elles sont complémentaires, se rejoignent mais restent différentes. Je suis très axé sur les mélodies tandis que David recherche beaucoup plus le côté hypnotique, linéaire, car c'est ce qui lui plaît dans la musique électronique. Qui sont les deux autres personnes ?

La deuxième personne, c'est Alexkid.

Alex est plus qu'un pote...

Il est arrivé après toi chez F Com, donc vous vous connaissiez avant ou vous vous êtes rencontrés grâce au label ?

Nous nous sommes rencontrés chez F Com et nous avons rapidement réalisé que nous avions des affinités : on fait de la house tous les deux avec ce même background funky, il est français, etc... Que te dire sur Alex ? On se voit souvent, on partage certaines idées sur la musique, mais je ne pense pas que nous soyons très intimes. C'est un ami mais je pense que nous n'avons pas encore partagé assez dans nos vies ; il nous manque probablement quelques années et plusieurs claques dans la gueule pour souder cette amitié. (Rires) Mais j'ai beaucoup d'estime pour lui et il m'a énormément appris.

Et respectivement ?

Je ne sais pas. Je pense qu'il m'a appris plus que je ne lui ai appris, tout simplement parce qu'il est ingénieur du son. Quand je me suis installé à Paris, j'utilisais certains sons dans mes productions comme des sons de Rhodes, des sons d'Hammond, etc... Mais je ne connaissais pas ces intruments ; je ne savais pas quels noms leur donner, or c'est Alex qui m'a montré ces machines.

La troisième personne dont j'aimerais que tu me parles, c'est Elegia.

Elegia est quelqu'un de très particulier. Que te dire sur lui ? Nous sommes probablement plus proches lui et moi que je ne le suis avec Alex, mais puisqu'il habite à Vernon et moi à Paris, nous nous voyons rarement. En 1999, nous avons tourné ensemble quand il se produisait en live avec Esther, et cette période nous a bien rapproché. Ce que j'aime bien chez Elegia, c'est son côté "artiste maudit".

Un peu comme Larry Heard ?

Exactement. Nous ne sommes pas très proches musicalement et nos goûts contribuent peut-être à nous écarter, en plus de la distance. Certes, nous avons des affinités humaines, mais il adore la période dont on parlait tout à l'heure et que je ne connais pas du tout : New Order, Joy Division...

En revanche, vos méthodes de travail sont proches : vous travaillez tous les deux dans votre coin.

Oui, même si je suis aujourd'hui plus ouvert sur le reste de la scène électronique parce que je vis à Paris. Mais à l'époque, c'est vrai que nous avions cet isolement en commun ; moi à St-Quentin, lui à Vernon... D'autre part, ses productions étaient plutôt house et comme je te l'expliquais pour Alex, c'est sans doute un élément qui nous a rapproché au sein du label ; je me sens plus proche de Jason, d'Alex ou de Laurent que de Scan X, même si je le respecte énormément. Avant de signer chez F Com...

Tu as longtemps écouté Scan X ?

Pas tant que ça puisque je n'avais qu'un seul disque de lui, mais je suis allé le voir quelques fois en concert et tu sens qu'il fait du live depuis longtemps. Stéphane est quelqu'un que je respecte parce qu'il est un pilier de la scène techno, un pilier du label F Com aussi. Il a continué à avancer, sans compromis, et ils sont peu de l'époque à être toujours présents. D'ailleurs, son dernier album est très bien. Je ne l'écoute pas souvent parce ma copine n'est pas très techno...

Et il n'est pas facile à écouter chez soi.

Non, mais il est excellent. En tant que DJ, j'avais déjà bien aimé The Soul et je n'hésitais pas à le jouer dès que je pouvais, mais il y avait toujours des gens pour venir me voir et me le reprocher sous prétexte que Newcomer était un album new jazz ; comme si je n'avais pas le droit d'aimer de la techno.

Pour en revenir à Elegia, je sais qu'il a sorti Lushlife sur Brique Rouge sous le nom de The Kick Inside et que tu as remixé ce titre ; à quand l'inverse, c'est-à-dire qu'il remixe un de tes morceaux ?

C'est une bonne idée qui ne s'est jamais imposée, probablement parce que je privilégie davantage des sonorités et des artistes vraiment différents pour les remixes de mes morceaux. D'un autre côté, les productions d'Elegia sont différentes des miennes et Alexkid a remixé Indigo Blues alors que nos influences sont relativement proches... Mais Laurent est un peu exilé, or les remixes se décident souvent lors de rencontres inopportunes. Par exemple, il y a deux mois, pendant l'une des soirées de célébration des quinze ans du Rex, j'ai croisé Alex qui m'a demandé si je voulais bien remixer son nouveau morceau, Come With Me ; j'adorais le morceau, donc j'ai accepté de suite alors que j'étais déjà bien occupé. Du fait de la distance, je ne peux pas avoir de tels contacts avec Laurent, et il est probable que ça serait beaucoup plus facile s'il était à Paris.

Donc c'est parce que Lushlife est sorti sur Brique Rouge que tu en as fait un remix ?

Oui, j'aimais beaucoup ce morceau. Je pense d'ailleurs que mon remix n'est vraiment pas à la hauteur du morceau original, vraiment superbe ; ça mériterait un "re-remix".

Comment fait-on pour signer sur Brique Rouge ? Quels sont vos critères ?

Il suffit d'envoyer une maquette.

Vous écoutez la maquette, c'est tout ? Il n'y a pas de ligne directrice ?

Il faut quand même que ce soit un minimum dansant parce que...

Vous n'allez pas voir les artistes en leur demandant de vous produire un type précis de morceaux ?

Non. Brique Rouge est un label qui n'a pas la même politique que F Com : F Com est un label de développement d'artistes sur le long terme alors que Brique Rouge mise davantage sur les sorties de type one shot. Ce ne sont pas des disques éphémères, mais nous sortons les disques pour les jouer. Quand David aime un morceau qu'il reçoit, il le signe sans se poser de questions ; deux semaines plus tard, le titre est au mastering, et trois semaines plus tard nous recevons les vinyles. Les sorties se suivent donc rapidement. Nous en sommes aujourd'hui à la trente-troisième sortie sur Brique Rouge et une quinzaine de maxis sont déjà sortis sur Brique Rouge Traxx, ce qui nous amène à près de cinquante sorties...

Et les résultats des ventes sont satisfaisants ?

Oui, le label marche plutôt bien. En ce moment, David clame partout qu'il ne connaît pas la crise du disque dont tout le monde parle. (Rires) Plus sérieusement, une légère baisse se fait bien évidemment ressentir, mais Brique Rouge est un des labels français qui vend le plus en musique électronique ; chaque sortie tourne aux alentours des 1500 copies.

Pourtant, vous n'êtes pas les plus connus.

Non, mais les disques de Brique Rouge sont beaucoup joués et figurent régulièrement dans les playlists des DJ. De plus, la politique de sortie rapide menée par le label entraîne une rotation permanente des maxis.

Si Brique Rouge n'existait pas, ton parcours sur F Com serait-il différent ?

Sans Brique Rouge, j'aurais développé des projets comme Dissplay plus tôt et mes productions sur F Com auraient sans doute été plus poussées au sens personnel. Pourtant, je n'ai pas encore sorti de disques sur Brique Rouge ; je n'ai fait que des remixes, même si je m'investis autant pour un remix que pour mes propres morceaux. Par exemple, j'ai vraiment passé beaucoup de temps sur les remixes de Devotion et Surprise Me qui viennent de sortir.

En parlant de remix, si tu devais remixer quelqu'un ?

Bonne question, ça... Prince. Je ne suis pas un fan absolu de Prince, même si j'aime bien et si certains de ses morceaux comme Kiss sont pour moi des parties intégrantes de l'histoire de la musique. Kiss ne mourra jamais. Mais ce matin, alors que je passais devant le nouvel album instrumental de Prince au Virgin Megastore, je me faisais la réflexion que personne n'a jamais remixé un de ses morceaux correctement. Ce sont toujours d'obscurs producteurs, probablement des amis à lui, qui ont réalisé ses remixes. Je me souviens que Gett Off était sorti avec une dizaine de remixes mais il n'y en avait pas un seul de valable, effectué par une pointure qui aurait pu disséquer puis restructurer son morceau. Pourtant, j'imagine que ce doit être un plaisir immense de disposer des pistes séparées de Prince et de les réarranger...

Un beau cadeau de Noël...

Oui. J'aurais bien aimé remixer les vieux morceaux de Michael Jackson aussi. Ses productions récentes ne sont pas inintéressantes, mais les arrangements sont tellement pauvres et tellement mauvais... Je ne comprends toujours pas comment quelqu'un comme Michael Jackson ne parvient pas à s'entourer de personnes comme Neptunes pour faire du R'nB. Ça m'échappe.

Musicalement, quelle est la dernière claque que tu t'es prise ?

C'est difficile comme question... Je suis d'un naturel très enthousiaste, donc si je vais chez un disquaire pour écouter une cinquantaine de disques, je vais probablement cracher sur la plupart et n'en prendre que deux, mais je vais régulièrement jouer ces deux maxis et les écouter en permanence. Samedi dernier, j'ai acheté un maxi qui s'appelle Drink avec un remix très funky dessus, fait par Ayro. Attends, je vais te le chercher, bouge pas... (Il va chercher le disque) Je ne me suis pas pris de claque sur un album récent. Dernièrement, j'ai redécouvert des albums que j'avais manqués comme le premier album de Goldfrapp, or cet album m'a tué. Aujourd'hui, je n'ose même pas le sortir parce que son écoute me plonge dans un état...

Tu le laisses tourner ?

Oui. J'ai aussi écouté pas mal de vieux albums de Stevie Wonder cette année parce que j'ai étoffé ma collection de disques en CD. J'ai dû écouter l'album Innervisions un nombre de fois... Plus particulièrement Too High qui a été repris plusieurs fois sans qu'aucune version n'arrive à la cheville de l'originale. Je te fais écouter le maxi que j'ai acheté samedi ; c'est assez représentatif de ce que j'aime et surtout de ce qui continue à me donner envie de faire de la musique. (Le disque démarre)

C'est roots quand même.

Oui, le son de basse est un peu crade... Ça déchire... C'est super funky... Donc, je m'enthousiasme pour des maxis très chaleureux comme celui-là, mais j'ai aussi beaucoup aimé le dernier album de Bashung.

Tu vas le voir au Bataclan en novembre ?

Quelle est la formation ?

Je ne sais pas et c'est la raison pour laquelle je me tâte encore...

Je crois d'ailleurs que ce n'est pas un artiste de scène, qu'il n'aime pas trop ça.

L'album est excellent mais c'est un album de studio, donc si les musiciens ne sont pas sur scène, je ne sais pas ce que ça peut donner...

Oui, c'est clair, mais les compositions sont très belles et très sombres...

C'est plus déprimant que Goldfrapp.

Oui, c'est vrai, mais il y a quand même un morceau très triste dans l'album de Goldfrapp. Je crois qu'il s'agit de Deer Stop, un morceau joué au piano, assez lent, avec une voix assez torturée qui monte dans les aigus et rappelle un peu Björk.

Tu n'as jamais été tenté de composer un morceau déprimant dans ce style ?

Si, j'en ai même déja composé quelques-uns qui ne sont jamais sortis et qui dorment dans mes tiroirs. Il est possible que je les retravaille et qu'ils figurent sur le prochain album, puisque je pense travailler dans ce sens. Je voudrais que le deuxième album soit moins léger que Newcomer, que les textes soient plus recherchés. Il faut que je trouve des auteurs parce que je souhaite participer à l'écriture. J'ai envie d'exprimer certaines choses mais je ne suis pas auteur ; je préfère donc demander à ceux qui savent écrire et...

Les aiguiller de la même façon que tu as pu aiguiller les musiciens ?

Exactement. Je pense que notre collaboration suivra ce même schéma.

Pour écrire des textes gais ou tristes ?

De toute façon, je ne pense pas produire une musique très gaie...

Non, mais tes morceaux sont moins tristes que ceux d'Elegia, par exemple, même I Cry.

Oui, mais j'aime qu'il y ait toujours une petite note de mélancolie, même très légère, sur un accord. Je pense explorer de nouvelles gammes sur le prochain album : tous les morceaux de Newcomer sont en mode mineur et je pense essayer des tonalités majeures sur le prochain album. J'ai déjà commencé à travailler dans cette voie et c'est intéressant pour le moment. De toute manière, j'ai besoin de me renouveller, car si je devais refaire constamment les mêmes morceaux, je finirais par me désintéresser et ne les terminerais même pas.

Dernière question : à la fin du concert de mercredi, tu as dit devant tout le monde : "À l'année prochaine". Est ce que ça signifie que le prochain album sortira forcément l'année prochaine et que tu entames une nouvelle tournée en 2004 ? Te serais-tu mis la pression ?

Non, je ne me suis pas mis la pression. Enfin, je me mets forcément un peu sous pression, mais j'essaie de l'évacuer. Eric voudrait qu'un album sorte absolument en 2004. Je connais le temps qu'il me faut, j'ai déjà commencé à travailler dessus, donc je pense qu'il sera prêt pour septembre 2004, c'est-à-dire dans un peu plus d'un an ; c'est pratiquement le temps qu'il m'a fallu pour produire Newcomer.

Quand tu parles d'un album pour septembre 2004, tu veux dire que la maquette arrive dans les mains d'Eric Morand ou que le disque arrive dans les bacs ?

Ça veut dire que la maquette arrive chez Eric. Mais Eric est malin ; il va savoir comment me mettre la pression, parce qu'il en a l'habitude, qu'il sait très bien comment le faire et je pense qu'il le fera. Il a certainement déjà établi son planning de sorties pour 2004 et il va me mettre la pression pour qu'aussitôt que je lui rende la maquette, l'artwork se fasse en même temps, etc... Newcomer est né selon ce même schéma : vers la fin, je terminais les morceaux alors que l'artwork était déjà prêt et tout s'est enchaîné très vite.

Au final, cette pression te permettra peut-être de donner une couleur à l'album qui sera moins organique et plus électronique, comme celle que tu voudrais lui donner.

Oui, c'est clair. Cet album sera plus électronique mais il conservera une chaleur dans les sons et une part de funk dans les mélodies. Il ne sera pas nécessairement funky mais il y aura toujours un groove quelque part, car j'ai du mal avec les musiques trop droites.

Donc il n'y aura pas de remix electroclash de Llorca l'année prochaine ?

Non, je pense pas. Tu veux écouter le remix que j'ai fait pour Come With Me d'Alexkid ?

Je veux bien.

Tu vas me dire si tu trouves ça electroclash...

(Au risque de nous répeter, nous tenons à remercier sincèrement Ludovic Llorca pour nous avoir accordé cette très longue et très intéressante interview. Le personnage est adorable et cette après-midi n'en aura été que plus agreable. Thanks a lot.)