Sancho does F Communications
Accueil Artistes Cadeaux Catalogue Contacts Genèse Histoires


Scan X
Llorca
Eric Morand
Taho
Alexkid
Elegia
Laurent Garnier
Think Twice

artistes F Communications

Photo Llorca

 

Interview 002

{Llorca}{04/08/2003}{Paris}

Sancho Concert Tournée Musiciens Trackers – Discographie – Influences

Sancho : Reprenons en abordant maintenant ta discographie : quel regard portes-tu aujourd'hui sur Newcomer et sur tes productions plus anciennes ? En es-tu rétrospectivement satisfait ou est-ce que tu renies certains morceaux ?

Llorca : (Rires) C'est amusant comme question... Je suis évidemment très content du résultat de Newcomer, et je m'étonne que les morceaux supportent aussi bien l'épreuve du temps, parce nous les avons joués une quantité de fois pendant la tournée et je ne sature pas encore.

Peut-être, mais ils ont évolué entre-temps.

C'est vrai qu'ils ont évolué...

Tu as dis toi-même que tu saturais sur The End parce qu'il n'avait pas vraiment changé.

C'est vrai. De toute façon, ce n'est pas dans mes habitudes de réécouter mes morceaux chez moi ; quand tu passes du temps sur un morceau, au moment où tu penses l'avoir terminé, tu l'as probablement écouté 500 fois, donc tu n'as pas vraiment envie de l'écouter 501 ou 502 fois pour le plaisir. Mais je suis très content de Newcomer et j'ai même un peu de mal à tourner la page pour passer au deuxième album.

Tu l'as déjà commencé ?

Vaguement. J'ai commencé à suivre quelques pistes, mais rien de très abouti pour le moment ; je cherche un peu, j'essaie d'approfondir... Pour en revenir à Newcomer, je suis surtout étonné par la stabilité de l'album, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un morceau de l'album dont je sois moins content aujourd'hui. Ils ont tous une identité différente qui subsiste et je pense donc avoir réussi à produire un disque équilibré. En ce qui concerne les maxis précédents, je pense que The End est un bon disque, en tout cas à hauteur de mes capacités et de ce que j'apprécie dans un disque. En revanche, je trouve que Little Computer People est celui qui a le plus souffert des années.

Je suis d'accord. D'ailleurs, quand je me suis replongé dans tes productions pour faire le fuLlorca mix, j'ai pioché dans tous tes maxis sauf celui-là.

Ça ne m'étonne pas.

J'ai essayé pourtant, mais il ne s'intègre pas aux autres.

Je pense que c'était une bonne transition entre Can't Take It et The End ; j'en avais besoin. Pour ce qui est de Can't Take It, comme je te le disais, je suis toujours content du morceau principal, même si je le suis beaucoup moins pour les autres morceaux du maxi. Et je pense donc qu'il me fallait cet entre-deux juste après, parce qu'il m'a aidé à...

T'affranchir de ce que tu appréciais pour trouver ton propre son ?

Oui, ça m'a aidé à trouver mon propre son et Little Computer People m'a permis de me débarrasser de toutes mes mauvaises habitudes de composition. Après Little Computer People, Eric Morand m'a demandé un troisième maxi. Je lui ai donc donné un CD avec sept morceaux, or quelques jours après, il m'appelle pour me dire qu'aucun morceau ne lui plaisait. Je venais tout juste d'emménager sur Paris et je me prenais cette claque dans la gueule, que tous les artistes du label F Com ont pris, d'ailleurs, et que je reprendrai très certainement un jour. Par contre, je le vivrai différemment, parce qu'à l'époque, je me suis posé des questions. Et c'est à partir de ce moment-là que j'ai essayé de composer un morceau différent de ce que j'avais pu faire jusqu'à lors ; The End était né. Après The End, j'ai réécouté les morceaux que j'avais proposés à Eric et j'ai compris.

Qu'est-ce que tu as compris ?

J'ai compris pourquoi il les avait refusés : parce qu'ils n'étaient pas assez aboutis. Certes, il y avait quelques bonnes idées, mais elles n'étaient pas assez poussées, accompagnées de certaines maladresses...

Comment peux-tu alors déterminer qu'un morceau est terminé ?

C'est une excellente question. D'autant plus que j'avais la fâcheuse habitude de ne jamais m'arrêter : j'avançais dans les morceaux et peu importe la durée, il fallait toujours que j'en mette plus alors que parfois, c'était totalement inutile. Heureusement, j'arrive beaucoup mieux à doser aujourd'hui. En fait, je n'arrivais pas à me détacher des morceaux une fois terminés, or c'est un effet vraiment pervers ; qu'il s'agisse de Can't Take It, Little Computer People ou même The End, mais un peu moins, ces maxis étaient tellement ancrés en moi que je n'arrivais pas à concevoir leurs morceaux en tant que morceaux finis. J'étais relié aux morceaux, comme s'il existait un lien entre eux et moi qui m'empêchait, par exemple, de les jouer dans un set. C'est assez étrange, mais je n'ai jamais joué Little Computer People, et très rarement Can't Take It. Aujourd'hui j'y arrive beaucoup mieux parce que je prends du recul sur les morceaux ; je peux laisser de côté un nouveau morceau pendant une semaine, le réécouter et distinguer ce qui est bon de ce qui ne l'est pas. Avant Can't Take It, j'ai fait...

Il y a eu quelque chose avant Can't Take It ?

Oui.

Pas sur F Com ?

Non, pas sur F Com.

Sous le nom Les Maçons De La Musique alors ?

Non, c'était sur un petit label lillois qui s'appelait Peek-A-Boo et j'avoue que je renie complètement ce que j'ai fait sur Peek-A-Boo. (Rires)

Ça tombe bien, je ne sais pas ce que c'est.

Ça m'arrange que tu ne saches pas ce que c'est. (Rires) J'ai sorti mon tout premier maxi à l'âge de dix-neuf ans ; les morceaux oscillaient entre happy house et trance belge parce qu'à l'époque, j'habitais à Lille, donc David et moi étions très influencés par ce son. Je peux te dire que c'était vraiment pas bon, et pourtant, entre le premier et le troisième, tu sens l'évolution vers Can't Take It. C'est-à-dire que...

Pardon, entre le premier et le troisième quoi ?

Maxi. Oui, il y a eu trois maxis sur Peek-A-Boo.

Je croyais qu'il n'y en avait eu qu'un seul...

Non, il y en a eu trois. Et avec le recul, je pense avoir sorti le premier uniquement pour sortir un disque. J'étais tellement content d'avoir enfin trouvé quelqu'un qui veuille bien me signer. J'avais commencé à faire de la musique sur ordinateur six ans avant, et d'avoir enfin l'objet entre les mains... En plus, le maxi avait plutôt bien marché. Pourtant c'était produit avec un Amiga et le son était vraiment dégueulasse ; je me demande comment les DJ arrivaient à passer ça en club, mais toujours est-il qu'il a plutôt bien marché en Belgique. Pour le deuxième maxi, j'avais décidé de faire davantage ce dont j'avais envie, mais c'était assez maladroit. Il y avait des morceaux de Wild Pitch dessus dans le genre des premières productions de Felix Da Housecat. Je ne sais pas si tu as connu les premiers Felix Da Housecat...

Lesquels par exemple ?

Il a fait énormément de remixes pour des artistes connus comme Kylie Minogue ou Donna Summer où il déstructurait complètement les morceaux.

Ça ne me dit rien... Je crois que le premier Felix Da Housecat que j'ai connu, ça devait être l'album qu'il a sorti sur Radikal Fear.

Oui, celui avec Thee Dawn dessus. Il y avait déjà des morceaux de Wild Pitch dessus. Donc, mon deuxième maxi était orienté vers ce type de morceaux, mais avec beaucoup de maladresse : nous avions compris avec David que notre son était un peu sec parce qu'il n'y avait pas d'effets sur Amiga, donc nous avions loué une reverb. (Rires) Le problème, c'est qu'on avait mis de la reverb sur tout le morceau. (Rires) Du coup, il y avait de la reverb sur le beat, sur la basse, etc... Et quand tu réécoutes le morceau, tu te demandes vraiment s'il n'y pas eu un problème. Quant au troisième maxi, il n'était pas glorieux non plus, mais je commençais à essayer des productions plus funky avec des voix, et ça se sent dans le maxi. En résumé, l'époque où j'étais chez Peek-A-Boo, c'était vraiment pas bien.

Alors comment as-tu fini par arriver chez F Com ?

Après ces trois maxis, le directeur du label Peek-A-Boo m'encourageait à produire de la mauvaise house parce que ça marchait bien et qu'on pouvait donc gagner pas mal d'argent. Comme je n'avais pas du tout envie de rentrer dans ce schéma, nous avons eu un différend artistique et je suis retourné vivre à Saint-Quentin puisque j'avais habité à Lille pendant cette période. J'ai finalement décidé de reproduire la musique que j'écoutais, c'est-à-dire les disques des Masters At Work, de Cajmere sur Cajual, etc... J'avais vraiment envie d'essayer ça et j'ai donc produit Can't Take It. D'ailleurs, Can't Take It n'était pas comme ça initialement ; j'avais augmenté le pitch de la voix, il y avait un peu de breakbeat à cause de nos influences anglaises... (Rires)

De toute façon, je pense sérieusement qu'il faudrait ressortir Can't Take It.

Je ne pense pas...

Il faudrait le ressortir en white avec une version live, puisque je t'ai dit qu'il prenait vraiment une autre dimension en live.

Pourtant, nous y avons pensé avec Eric. J'ai même enregistré Ladybird qui est venue faire des prises de voix pour refaire Can't Take It.

C'est vrai qu'en plus, ce n'est pas elle qui chantait...

Non, il s'agissait de samples d'une chanteuse qui s'appelait Vicky Martin, produite par Frankie Knuckles si je ne me trompe pas. Bref, à l'époque où j'ai fait Can't Take It, certains artistes comme Motorbass ou Tranquillou sortaient leurs premiers disques, et donc quand j'ai envoyé ma maquette, je ne pensais vraiment pas recevoir de réponses.

À qui l'as-tu envoyée ?

J'en ai envoyé une chez RadiKal Groov et une chez F Com, mais je n'y croyais vraiment pas. Je me souviens très bien avoir dit à David juste avant de mettre le paquet dans la boîte aux lettres que s'ils me répondaient, il allait pleuvoir des grenouilles. Je me souviens lui avoir dit ça. D'autant plus qu'à l'époque, j'écoutais Shazz, les premiers maxis de St Germain... Or un matin, aux alentours de midi parce que je me réveille assez tard, ma mère vient me réveiller pour me dire qu'il y avait Eric Morand au téléphone pour moi et que ça devait être important. Je me lève avec l'impression d'être encore en train de rêver encore, je prends le téléphone, et pendant deux minutes, j'étais persuadé que David me faisait une grosse blague. (Rires) Du coup, Eric a dû me trouver très froid parce que je ne disais rien.

Avec un ton neutre dans la voix ?

Oui, pas très convaincu. Il me dit qu'il a reçu Can't Take It, qu'il voudrait le sortir et qu'il faudrait donc que je lui envoie plusieurs mixes différents. Je lui dit OK, et on en reste là. Persuadé que c'est une blague, j'appelle David juste après pour lui demander s'il sait ce qui vient de m'arriver et s'il n'a pas demandé à un de ses amis de m'appeler. Finalement, je lui raconte et on en revenait pas. Pour moi, c'était complètement improbable.

En parallèle, RadiKal Groov ne t'avait pas répondu ?

Ils m'avaient répondu avant, mais je n'étais pas plus excité que ça de sortir sur RadiKal Groov parce que le label ne représentait rien de particulier pour moi. Je voulais signer sur un label français parce que c'était plus simple et je devais donc leur donner une réponse sous quinze jours ; j'avais demandé un délai puisque j'avais envoyé d'autres maquettes. J'en avais aussi envoyé une chez Apricot mais ils ne m'avaient pas répondu. Au final, j'ai appelé le directeur du label RadiKal Groov pour lui dire que j'allais signer chez F Com. Il s'en est fallu de peu pour que je signe chez RadiKal Groov au lieu de signer chez F Com et j'avoue que j'aurais été un peu vert.

Depuis ce jour, ça se passe bien avec F Com ?

Ça se passe très bien, d'ailleurs la dernière fois que j'étais dans le bureau d'Eric, je me faisais la réflexion que j'étais en train de devenir un vieil artiste du label.

Tu y es depuis combien de temps ?

J'ai signé en 1997, donc ça fait six ans.

Tu deviens un pilier.

Oui, comme ce que représente Scan X pour moi.

C'est vrai qu'ils ont démarré à plusieurs en 1994 (Shazz, Ludovic Navarre, Scan X et Laurent Garnier), puis Shazz et Ludovic Navarre sont partis et tu as fait partie de la deuxième vague avec Aqua Bassino, Elegia...

Je suis arrivé plus tard...

Pas tant que ça puisque Can't Take It est sorti juste après le second maxi d'Elegia, donc tu fais partie des anciens.

Oui, c'est un peu ça. J'imagine que c'est l'image que peuvent avoir d'autres artistes comme Avril ou Fabrice Lig puisqu'ils viennent d'arriver. Je réalisais avec Eric qu'on se connaissait depuis six ans et ça fait bizarre. Mais ça se passe vraiment très bien, je suis toujours aussi content d'être chez F Com, j'ai de bonnes relations avec tout le monde... Eric est une personne que j'aime bien et que je respecte énormément. Je me souviens de la première fois où j'ai vu Eric Morand, pour aller signer le contrat, je tremblais, j'avais les mains moites...

Maintenant, c'est la même chose mais pour d'autres raisons.

Non, mais Eric a toujours ce côté un peu impressionnant. Ça va mieux maintenant puisqu'on commence à bien se connaître, mais j'étais très impressionné par Eric et Laurent.

Ils gèrent toujours le label à deux ? Faut-il qu'Eric et Laurent soient d'accord pour signer tes morceaux ?

Je pense qu'Eric filtre les morceaux dans un premier temps, puisque c'est à lui que je les donne. Ensuite, il doit probablement les envoyer à Laurent avec ses commentaires avant de prendre une décision qui reflète leurs deux avis.

Hormis les sept morceaux qu'ils t'ont refusés après Little Computer People, tu n'as jamais eu de problèmes avec eux ?

Non, ça s'est toujours bien passé. Je pense même que ce refus a été bénéfique. Aujourd'hui, j'arrive presque à deviner quels sont les morceaux qui vont plaire à Eric quand je les lui présente. Par exemple, je lui ai proposé quatre morceaux pour le maxi de Dissplay et j'avais dit à David que sur ces quatre morceaux, il allait probablement en signer deux mais que les autres seraient disponibles pour sortir sur Brique Rouge ; je ne me suis pas trompé sur ses choix et les deux autres morceaux ne sont pas encore sortis sur Brique Rouge parce qu'en les réécoutant, j'ai trouvé qu'il fallait les retravailler un peu.

Pour les sortir finalement sur F Com ?

Non, pour les sortir sur Brique Rouge. Si Eric les refuse...

Tu ne peux pas les lui proposer une seconde fois, même retravaillés ?

Non, mais il m'est déjà arrivé de reprendre une ou deux idées. Par exemple, sur l'un des sept morceaux qu'il m'avait refusé, j'ai repris les accords de guitare pour Indigo Blues. D'ailleurs, le résultat s'est avéré nettement plus satisfaisant.

Tu viens de parler de Dissplay et je voudrais savoir comment est né ce projet. Si l'on considère tes quatre sorties précédentes chez F Com, elles ont toutes été sous le nom de Llorca, donc pourquoi avoir tout d'un coup choisi ce pseudonyme ? Pourquoi ne pas l'avoir sorti sous le nom de Llorca ?

Pour plusieurs raisons. Dans un premier temps, j'avais très envie de produire quelques morceaux plus électroniques qu'à l'habitude. Pas nécessairement plus dancefloor, mais partir sur des bases différentes du projet Llorca. Newcomer ayant bien marché, on m'a collé une étiquette soul/funk/jazz, or je ne produis pas uniquement cette musique-là, mais pour ne pas perturber le public, il vaut mieux conserver le nom Llorca pour des projets similaires et prendre un autre nom pour les projets plus confidentiels. De toute façon, l'idée de mener plusieurs projets en parallèle me plaît. Dissplay était donc destiné à des morceaux plus pêchus, d'ailleurs, les deux morceaux qu'Eric m'a refusés sont vraiment plus pêchus. De plus, en y incorporant le discours de Bush, le maxi a pris une connotation politique et engagée que je ne voulais pas associer à Llorca dans l'esprit des gens. Pour moi, les deux projets sont bien distincts, et de nombreux artistes s'amusent à brouiller les pistes avec plusieurs noms différents ; j'aime la recherche de correspondances que ce choix implique... Initialement, je ne voulais pas que mon nom figure sur le maxi, mais j'avais peur que l'on interprète mon geste comme un acte de lâcheté par rapport aux manipulations sur le discours de Bush. J'ai donc accepté que l'on rajoute Llorca sur le macaron, mais du coup, le maxi s'est retrouvé avec l'étiquette "le nouveau maxi de Llorca" chez certains disquaires alors que ça n'était pas du tout le but recherché.

C'est un maxi qui a bien marché ?

Je ne connais pas encore les résultats des ventes...

De toute façon, il n'est pas encore sorti officiellement.

Je ne suis pas sûr qu'il y ait une sortie officielle à cause du discours de Bush...

Il faudrait payer les droits à Georges...

Oui, et c'est très compliqué sur le plan juridique, donc je ne pense pas qu'il sorte officiellement, mais ça ne me dérange pas. C'était un coup de gueule pendant la guerre du Golfe, parce que je ne comprenais pas pourquoi il ne se passait rien du côté des artistes de musique électronique, comme si personne ne s'y intéressait. Le jour où les américains ont décidé de lancer l'attaque sur Bagdad, tous les artistes étaient en train de faire la fête à Miami ; c'est quand même dingue. Moi aussi, je devais partir à Miami avec Jori et David, mais deux jours avant, j'ai décidé de ne pas y aller ; je ne pouvais pas m'imaginer à la Winter Music Conference de Miami en train de boire du champagne, le jour de l'offensive en Irak, au milieu de personnes qui ont voté Bush et qui approuvent ça. J'étais atterré par le fait que personne ne réagisse. Et une semaine après, Dan Ghenacia qui revenait de Miami m'a confirmé que tout le monde s'amusait comme si de rien n'était. Ça m'a énervé de voir que tout ce qui les intéresse finalement, c'est d'avoir leur dose hebdomadaire de disques ; le reste n'a pas d'importance pour eux. C'était donc un coup de gueule, mais j'étais conscient que ça pouvait être interprété comme de l'antiaméricanisme primaire. D'un autre côté, quand je suis allé à Los Angeles au mois de décembre, j'ai regardé la télévision américaine et j'ai compris qu'ils étaient conditionnés à un point que tu n'imagines pas, donc on ne peut pas trop leur en vouloir non plus. Du coup, je me suis dit que ça pouvait être drôle de reprendre un discours de Bush. Ma première idée, un peu extrême, consistait à reprendre un discours de Bush en y incorporant des morceaux de discours d'Hitler et des applaudissements, mais je n'ai pas trouvé de discours d'Hitler sur Internet. Donc j'ai pensé que ça pourrait être tout aussi amusant de lui faire dire...

Ce que tu voulais, comme avec une marionnette ?

Voilà. C'est-à-dire pas tout le contraire de ce qu'il pense, mais tout le contraire de ce qu'il dit avec, peut-être, une partie de ce qu'il pense ou de ce que tout le monde pense. J'ai commencé à travailler dessus, j'ai passé beaucoup de temps à couper les mots, etc... Mais ça me faisait tellement rire et il y avait une part de jubilation, comme une petite vengeance personnelle. En plus, je ne le supporte pas ; j'ai envie de défenestrer mon poste de télévision à chaque fois qu'il apparaît à l'écran. Je ne sais pas si tu as remarqué : en pleine guerre du Golfe, pendant ses interventions lors des conférences de presse à la Maison Blanche, il sourit quand il monte sur l'estrade parce que les journalistes l'applaudissent. Je ne comprends pas, ça me...

Disons que tu avais deux options : partir à Miami faire la fête en te disant que ça n'est pas ton problème ou essayer de faire quelque chose.

J'ai défilé dans les rues de Paris, comme tout le monde, mais ça n'a servi à rien. C'était pourtant la seule chose que l'on pouvait faire. Après, il y a toujours des solutions plus extrêmes, mais...

Ça ne sert à rien parce que tu rentres alors dans le même jeu.

Oui, et je ne suis pas trop fan des attaques terroristes contre l'ambassade des Etats-Unis. (Rires) Bref, le maxi a aussi été engendré en partie par cette frustration, ce constat d'impuissance ; nous avons quand même été des millions à manifester et personne n'en a rien eu à foutre.

Mais ce maxi aurait très bien pu sortir sans le discours de Bush ; la puissance des deux morceaux est totalement indépendante de son aspect politique.

Bien sûr. À l'origine, le morceau traînait sur mon disque dur, avec ce break, et je sentais qu'il manquait quelque chose. Manipulation est donc né d'un concours de circonstances, d'ailleurs, plusieurs personnes m'ont dit qu'elles trouvaient ce morceau très bizarre...

Ils t'ont demandé si tu ne pouvais pas sortir une version instrumentale ?

Oui, certains me l'ont demandé, mais ils voulaient aussi savoir pourquoi je n'avais pas mis ce discours de Georges W. Bush sur un morceau techno. C'est vrai que le morceau est un peu mélancolique du fait de certains accords, et le discours de Georges W. Bush le plombe peut-être davantage, mais j'aimais bien l'atmosphère qui s'en dégageait ; il y a une part très ironique dans le maxi.

› Lire la suite de l'interview