Sancho
Concert
Tournée
Musiciens Trackers
Discographie
Influences
Sancho : Nous allons pouvoir parler
des trackers.
Llorca : Aaahhh, les trackers...
Pourrais-tu nous faire assez rapidement
l'historique, non pas des trackers, mais plutôt de tes
jouets sonores ?
Alors, sur Commodore 64, je ne
me souviens plus du nom du tracker... C'est stupide parce que je suis
retombé dessus récemment, après avoir installé
un émulateur Commodore 64 sur mon PC... Future Composer
2, c'est ça ! Après, j'ai un peu tâtonné,
sur Commodore 64, du Vibrants Editor qui était
l'éditeur dont se servaient tous les grands de l'époque
: Maniac of Noise, JCH, etc... Mais je n'ai jamais su en sortir plus
d'un son à la fois. C'était encore plus compliqué
que le principe du tracker, surtout encore plus compliqué
que les premiers trackers sur Commodore 64, qui étaient
déjà bien plus abstraits que les trackers sur PC.
J'ai rejeté un coup d'il sur ce logiciel grâce à
l'émulateur et c'était vraiment une application bizarre...
Tu ne saurais plus le manipuler maintenant
?
Non, parce qu'en fait, il ne s'agit
que d'adresses noires hexadécimales.
Dans mon souvenir, les trackers
ont toujours été comme ça...
Oui, mais là, c'était
vraiment compliqué, dans le sens où pour obtenir un simple
effet, il fallait sortir une adresse de quatre chiffres, par exemple,
quatre zéros avec quelque chose derrière, et ça
me paraissait beaucoup plus compliqué que Fast Tracker 2.
Il y a quand même dix ans d'écart
entre les deux...
Oui, évidemment... (Rires)
Ensuite, sur Amiga, j'ai utilisé NoiseTracker,
Protracker, un peu OctaMED que je n'aimais pas trop ;
il s'agissait d'un tracker qui permettait de travailler sur huit
voies, mais le son ne suivait pas vraiment...
Nous sommes bien d'accord que les
trackers fonctionnaient uniquement à partir de samples
?
Oui, bien sûr, à partir
de l'Amiga, ils fonctionnaient uniquement avec des samples.
Et sur C64, le chip
produisait les sons ?
Oui, c'était le chip.
Mais effectivement, sur Amiga, il n'y avait que des samples,
avec ce même principe du tracker, à savoir les colonnes
de chiffres qui défilent, etc... J'ai toujours aimé
utiliser les trackers, même si aujourd'hui, j'ai abandonné.
C'est vrai ?
Oui, j'ai complètement arrêté.
Le monde n'est plus fait pour les "trackistes". En fait, le
problème s'est posé quand j'ai installé Windows
XP sur ma machine. À un moment, il fallait que je choisisse
entre continuer à produire mes morceaux ou bénéficier
des dernières avancées en matière de VST, de VSTi,
etc... Du coup, il y a un an et demi, j'ai décidé d'arrêter
de me compliquer la vie avec les trackers. Aujourd'hui, il y
a quand même des logiciels qui te permettent, par exemple, d'avoir
en temps réel des effets, ce qui n'est pas le cas de Fast
Tracker 2. Certains trackers qui tournent sous Windows
XP parviennent maintenant à offrir ces fonctionnalités,
mais les VSTi sont nettement plus avancés. Je trouve ça
d'ailleurs assez amusant : ce qui m'a toujours intéressé
dans les trackers, c'est de pouvoir faire de la musique avec
un ordinateur et rien d'autre, or avec les VSTi, la logique est poussée
encore plus loin, puisque que tout le studio est désormais dans
l'ordinateur.
Du coup, avec quoi travailles-tu
maintenant ?
Avec Reason.
Reason 2 ?
Oui, je suis sous Reason 2 et
je mixe avec Vegas Pro. Je me sers évidemment de Cubase
et de Logic pour obtenir certains sons avec les VST, etc...
Mais ils ne te servent pas en tant
que séquenceurs...
Non. Je me sers parfois de Cubase
ou de Logic parce que j'en ai besoin, mais j'aime bien Reason,
j'aime sa logique. Récemment, Félicien, mon clavier, voulait
que je lui montre Cubase, etc... Mais je ne connais Cubase
que de manière assez rudimentaire ; je m'en sers pour poser des
accords, chercher des mélodies avec les VSTi, mais c'est tout.
Donc nous avons passé quelques heures dessus et j'étais
vraiment étonné de trouver la prise en main du logiciel
aussi simple.
Tu parles de Cubase ?
Oui, Cubase SX.
Je n'ai pas essayé Cubase
SX, mais quand j'avais essayé Cubase VST, je me souviens
que j'avais trouvé le logiciel plutôt compliqué.
Cubase SX est beaucoup plus stable,
beaucoup plus rapide, le moteur plus nerveux...
Il est plus ergonomique ?
Oui, plus ergonomique et plus attrayant.
Par contre, j'ai toujours pensé que Logic n'était
pas un logiciel pour PC. Hier, j'ai encore passé une demi-heure
à chercher comment faire un dump ; j'avais travaillé
sur des mélodies et je n'arrivais pas à les transférer
correctement. Pour moi, Logic n'est pas un logiciel pour PC,
d'ailleurs, je trouve ça parfaitement normal qu'ils s'arrêtent
; ils ont été rachetés par Apple... Et
donc, je travaille maintenant sur Reason 2.
Avec une grosse configuration informatique
?
Oui, mais tu n'as pas besoin d'une très
grosse configuration pour le faire tourner.
Tu m'as pourtant dit que tu venais
de changer ta configuration.
Oui, pour un 2.6Go avec 1Go de RAM.
Je suis en SCSI, Ultra 160...
Et ta carte son ?
J'ai une Hammerfall de chez RME,
avec un boîtier externe.
Je crois qu'elle a des sorties numériques
derrière, non ?
En fait, elle a huit entrées/sorties
analogiques et une entrée/sortie numérique. C'est pas
la Digiface mais la Multiface. Elle est analogique contrairement
à la Digiface qui ne comporte que des sorties numériques,
mais comme je n'ai pas de table de mixage numérique... En plus,
je ne compte pas en changer pour le moment parce j'aime bien ma table
Mackie...
J'apprécie vraiment ton choix
d'équipements : tu n'es pas du genre à t'acheter immédiatement
les dernières technologies.
Non, je ne suis pas trop amateur d'hardware.
Récemment, je me suis fait deux petites folies parce que j'avais
gagné de l'argent avec l'album ; j'ai décidé de
me rééquiper parce que, pour te donner un exemple, les
premières prises de voix sur l'album Newcomer ont été
faites avec une table BST et un micro de grosse caisse. Quand
je donnais les parts à Alex, il me disait que les prises
de voix étaient vraiment dégueulasses, avec un souffle
pas possible, mais on les avait enregistrées à l'arrache
avec une BST... Depuis, je me suis rééquipé
en m'achetant une table de mixage Mackie, un petit préamplificateur
avec un limiteur pour ne pas saturer ma Soundblaster 16...
D'autre part, je viens de changer ma carte son pour une Hammerfall
Multiface, donc je mixe maintenant à partir de sorties séparées
sur ma table et je n'ai pas encore l'habitude ; j'ai du mal à
me faire au son que j'obtiens, parce qu'il est forcément moins
étroit et certains élements prennent par conséquent
plus de place sur le spectre, notamment les basses. Bref, avant de changer
de carte son, j'utilisais des compresseurs internes, mais maintenant,
il me fallait des compresseurs en externe, donc je me suis acheté
un compresseur Avalon pour compresser mes rythmiques et le L2 Ultramaximizer
de Waves.
Je ne connais pas...
Mais si, je suis sûr que tu connais
les plug-ins de la firme Waves. Ce sont les plus gros
plug-ins du marché. Il y a trois ou quatre ans, ils ont
sorti deux plug-ins : L1-Ultramaximizer et L2-Ultramaximizer.
Ce sont des compresseurs-limiteurs particulièrement efficaces
qui peuvent te faire gagner 12dB, c'est-à-dire donner une bonne
claque à tes morceaux. Initialement, ce sont des logiciels, mais
ils sont tellement bons que Waves a décidé de les
sortir en rack, et donc j'ai acheté le L2 Ultramaximizer
pour le mettre derrière ma table Mackie puisque je ne
pouvais plus m'en servir en interne.
D'un autre côté, je
trouve ça admirable que tu puisses démontrer à
tout le monde qu'on peut produire un album comme Newcomer avec
très peu de matériel.
C'est ma plus grande fierté.
Parce que je me souviens bien du
sticker qui figurait sur le CD de Newcomer et qui te présentait
comme le successeur de St Germain, or si l'on compare les moyens de
Ludovic Navarre et ceux avec lesquels tu as produit Newcomer...
Tu sais, c'est surtout une revanche
vis-à-vis de tous les gens que j'ai croisés depuis que
je fais de la musique sur ordinateur et qui avaient toujours ce regard
méprisant ; ils t'invitent chez eux, ils ont des synthétiseurs
partout et lorsque tu leur dis que tu travailles sur Amiga avec
Protracker, ils se marrent et te prennent de haut. Mais le PC
et le Mac sont arrivés et ont fait évoluer le marché
vers la possibilité de tout faire chez soi avec un ordinateur.
Petit à petit, on y est arrivé, mais il y a encore quatre
ou cinq ans, je me souviens avoir croisé des artistes chez F
Com qui n'y croyaient pas et qui me disaient que j'allais devoir
obligatoirement passer en studio.
C'est clair, tu dois passer par un
studio. Tu n'as pas vraiment le choix si tu veux que ton disque sonne
correctement.
Oui, en tant que producteur et DJ, il
est évident que j'attache beaucoup d'importance au son des disques
que j'écoute, mais quand je vais chez un disquaire, que j'écoute
un vinyle, même si je peux apprécier le travail sur le
son, la compression sur le pied, etc... je pense qu'il ne faut pas non
plus vouer un culte à l'emballage. À partir du moment
où tu travailles tes mélodies, où tu rends un mixage
propre, le reste n'a pas beaucoup d'importance pour le public. Ils ne
sont pas tous ingénieurs du son ; ils mettent le CD chez eux
et peut-être même qu'ils sont contents d'écouter
quelque chose qui ne sonne pas comme la radio, parce qu'au final, on
est tellement assommé de titres comme ça...
D'autant plus que ça ne sert
à rien de mettre des sommes astronomiques dans une technologie
quand tu sais que la plupart vont écouter tes morceaux dans le
métro ou sur leur autoradio.
C'est clair, et je pense que pour une
bonne partie de la production électronique actuelle, on attache
beaucoup plus d'importance au son et à l'emballage qu'à
ce qu'il y a derrière. Je trouve dommage que sur le nombre de
disques que j'écoute, il y en ait autant avec un meilleur son
que moi mais sur lesquels les producteurs n'ont passé que trente
secondes sur les accords ; pas de recherche sur la mélodie ou
sur la ligne de basse, ça groove pas...
Tu as reçu une éducation
musicale ou pas ?
Non, pas du tout, et justement...
Je te demande ça parce que
les accords ne se devinent pas...
Non, les accords ne se devinent pas,
mais je pense que c'est à toi de faire fonctionner ton oreille,
et si j'y arrive, je ne vois pas pourquoi les autres n'y arriveraient
pas. Puisque je n'ai pas eu d'éducation musicale, ça signifie
que faire de la musique est à la portée de tout le monde,
pour peu que l'on ait envie de passer huit heures par jour sur un ordinateur
et d'apprendre à s'en servir correctement. Ensuite, c'est une
question de volonté, d'efforts. Ce récent revival
des années 80 a quand même été l'excuse suprême
pour faire de la musique avec un doigt. On a été gavé
de ça pendant un an et je m'en tire les cheveux. Pas toi ? Tu
trouves pas ça dingue ?
Pas vraiment, parce que j'ai aussi
été nourri aux eighties, alors...
Moi aussi, mais pour moi, c'est pas
ça les eighties. Ce qui m'ennuie dans tout ça,
c'est que je me sens un peu trahi par ces producteurs : les eighties,
je les ai vécues comme toi puisqu'on doit être de la même
génération, or je me souviens qu'il y avait des trucs
mortels. Les mélodies étaient riches, aussi bien dans
le funk que dans la new wave. Quand je réécoute certains
disques de funk des années 80 produits par Kevorkian ou bien
des morceaux de D-Train qui est un groupe de funk assez électronique
dans une veine eighties, j'adore la façon dont ils ont
construit les mélodies : par exemple, sur une ou deux mesures,
la mélodie est jouée à la guitare, puis le synthétiseur
prend le relais avant qu'un second synthétiseur arrive... Pour
moi, les eighties, ça n'est pas juste un son vintage.
Même l'album de Metro Area qui a plutôt bien marché
et dans lequel on pouvait retrouver cette idée de construction
des mélodies, je trouve qu'il tourne rapidement en rond, avec
une dizaine de morceaux cadrés sur le même schéma.
La question reste de savoir pourquoi
il y a eu ce revival : pour des raisons commerciales ou parce
que les producteurs en avaient vraiment envie ?
Je pense qu'à la base, l'idée
du revival est stupide. Après le revival des années
70, avec la house très organique, très latin jazz,
des Masters At Work, Jazzanova et consorts, tout le monde a dû
se dire que les eighties allaient être la prochaine vague,
et ça continue : après les eighties, il y a eu
l'acid, et tu peux voir aujourd'hui des disques d'acid qui ressortent.
Le principe est finalement très simple.
Oui, mais après tout, ça
permet aux kids de découvrir ces courants musicaux.
Tout à fait, tout à fait...
Par exemple, dans une soirée,
parmi les personnes qui avaient neuf ans à l'époque et
qui en ont donc dix-neuf aujourd'hui, s'il y en a cinquante qui se prennent
une claque sur un disque d'acid et que parmi ces cinquante, il y en
a cinq qui vont trouver ça excellent et qui vont se plonger dans
les racines, c'est toujours ça de gagné...
Bien sûr, je suis complètement
d'accord avec toi, mais si un producteur décide de participer
à ce revival eighties, ça signifie quand même
qu'il a vécu cette période et qu'il y est donc attaché.
Il ne s'agit pas de reprendre uniquement l'emballage, mais de reprendre
aussi l'esprit, et je n'ai pas retrouvé ça dans les mélodies.
J'en avais déjà parlé avec Elegia et il est d'accord
avec moi. Pourtant, il aime cette période encore plus que moi
puisqu'il est clairement accro à la new wave : Depeche Mode,
New Order, Joy Division, etc...
C'est un son qui ne correspond pas
vraiment à ta musique.
Non, et je pense que ça se sent.
Par contre, on perçoit énormément l'influence du
funk des années 80. J'en ai beaucoup écouté. Encore
maintenant, quand tu vas dans les boîtes généralistes,
ils te passent tous les classiques des années 80. D'ailleurs,
à cette époque, il y avait près de chez moi une
boîte qui s'appelait le Xénon et qui était la boîte
de funk par excellence ; la plupart des DJ qui ont commencé là-bas
ont fini à Paris, sur diverses radios, notamment NRJ.
J'ai donc beaucoup écouté de funk dans les années
80, mais si je m'amusais aujourd'hui à faire du funk, je n'irais
pas en reprendre les sons ; ça ne présente pas beaucoup
d'intérêt si c'est uniquement pour faire la même
chose que ce que je fais d'habitude.
Même si ça peut te permettre
d'acheter plus de matériel ?
Tu veux dire dans un but lucratif ?
Je n'en parle même pas... Je pense que Dieu reconnaîtra
les siens. On parle de musique, pas d'argent. Si tu veux parler d'argent,
c'est différent ; sur ce point, on peut remettre en doute la
sincérité de 90% des musiciens qu'on entend sur FG
ou Nova en ce moment...
Je n'écoute même plus
Nova.
Moi non plus. Tu vois, le tuner est
éteint.
On fait une petite pause ?
D'accord. Tu veux boire quelque chose
?
Oui, je veux bien.
Lire la suite de l'interview