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Interview 002

{Llorca}{04/08/2003}{Paris}

Sancho Concert Tournée – Musiciens – Trackers Discographie Influences

Sancho : Parlons de tes musiciens maintenant. J'ai remarqué que ceux qui jouent avec toi sur scène ne sont pas ceux qui ont participé à l'album ; pourquoi ?

Llorca : Tout simplement parce que j'ai composé l'album tout seul et qu'à l'époque je ne connaissais aucun des mecs qui déconnent avec moi sur scène aujourd'hui.

Excepté Ladybird.

Sauf Ladybird, bien sûr. Pendant la production de l'album, j'ai réalisé à un moment qu'il allait me falloir des chanteuses ; je suis donc allé écouter des chanteuses en soirée, et quand j'ai entendu Julie, j'ai su qu'il fallait qu'on travaille ensemble sur un morceau car j'adorais sa voix. Finalement, nous en avons fait deux : Indigo Blues et My Precious Thing. Pour les voix, j'ai aussi travaillé avec Mandell Turner et Nicole Graham. Et quand j'ai eu envie d'incorporer un saxophone, je ne savais pas trop à qui m'adresser mais je connaissais un peu Julien Lourau. Je connaissais son premier album, City Boom Boom, je savais qu'il avait joué avec Frédéric Galliano, donc j'ai demandé le contact et ça s'est fait comme ça.

Comment as-tu rencontré les musiciens du live ?

C'est en même temps un coup de tête et un coup de chance : quand je vois Jay Alanski qui a eu des problèmes pour trouver des musiciens, qui est passé par des castings, etc... Rétrospectivement, je trouve que j'ai finalement eu beaucoup de chance. Il y a quatre ou cinq ans, j'étais allé au Rex pour écouter Kerri Chandler, et c'était un ami, Mathieu, qui jouait juste avant lui. Il était venu avec Marc qui improvisait des chorus au clavier pendant son set et j'avais gardé ses coordonnées parce que je trouvais qu'il assurait pas mal. Son numéro a dû rester dans mon tiroir pendant un an et demi sans que je l'appelle. Arrive l'album Newcomer et Eric qui me demande si je suis tenté par des concerts. C'était une expérience que je tenais à tenter absolument, sauf qu'il me fallait trouver des musiciens. (Rires) J'ai donc pris mon carnet d'adresses et je suis retombé sur le nom de Marc Benhamou. Je l'appelle, on discute un peu, on fait une répétition, j'appelle Julie et je lui dis qu'on va commencer comme ça, avec seulement deux ou trois morceaux. Ensuite, j'ai dit à Marc que je cherchais un contrebassiste, pensant qu'il pourrait certainement en trouver un puisqu'il était dans le jazz. C'est comme ça qu'il m'a présenté Bruno. Même schéma pour le saxophoniste, donc on s'est finalement retrouvés avec les copains de Marc, sauf pour le percussionniste que je connaissais d'Alexkid puisqu'il travaillait avec lui. Je n'ai pas eu vraiment à chercher, mais c'est vrai que j'ai surtout privilégié le rapport humain, c'est-à-dire qu'avant de trouver quelqu'un qui jouait exceptionnellement bien...

Tu cherchais quelqu'un avec qui le contact passait bien ?

Oui, car je pense qu'une bonne alchimie sur scène passe avant tout par là. Je voulais vraiment éviter les "cachetonneurs" : ceux qui viennent chez toi, qui soufflent dans leur biniou, qui prennent l'argent et qui se cassent. Je pense que ce côté humain se sent sur scène.

En plus, tu n'aurais pas eu ton ambiance de colonie de vacances...

Non, c'est clair.

Considérant ta méthode de travail, qui est plutôt individuelle, comment as-tu travaillé avec tes musiciens ? Et comment comptes-tu travailler pour la suite ?

En fait, sur le premier album, j'ai vraiment demandé aux musiciens de jouer "dans l'esprit de", c'est-à-dire que j'avais parfois des échantillons de saxophones, etc... Je retirais le sample et puis je leur demandais de me jouer quelque chose le même esprit, mais à leur manière. Après, je gardais ce qui me plaisait, donc il y avait vraiment un côté "extension du travail tout seul", c'est-à-dire que j'avais quand même le dernier mot, même si je faisais appel à quelqu'un, tout comme avec Mandell d'ailleurs sur I Cry. Au départ, Mandell n'avait pas du tout chanté sur I Cry comme on peut l'entendre aujourd'hui sur l'album. En fait, il chantait une ligne, I Cry, une autre ligne, I Cry, une autre ligne, I Cry, or après l'enregistrement, j'ai pu supprimer tous les I Cry et les mettre uniquement à la fin. Pour schématiser, on pourrait presque dire que je faisais appel aux musiciens comme à des samples, même si c'est un peu péjoratif. Mais je pense que je vais tenter de travailler autrement sur le prochain album, même s'il y aura toujours cette notion de manipulation a posteriori. J'essaierai certainement, sur un ou deux morceaux, de reproduire cette magie du live : poser un beat, donner quelques harmonies assez basiques et laisser tout le monde s'exprimer un peu avant de repasser derrière. Obtenir un son plus collectif.

Tu ne vas pas sortir de live mais tu vas travailler dans ce sens.

Oui, mais je pense que le prochain album ne sera pas aussi orienté jazz que Newcomer, pour de multiples raisons. La première étant que je commence un peu à saturer, j'ai envie d'autre chose, et si l'on décide de partir dans le jazz, cette fois, on essaiera de le faire à fond, c'est-à-dire avec une part très prononcée d'improvisation collective. Je ne sais pas encore comment ça va se passer, peut-être que j'irai en studio avec les musiciens, qu'on jouera quelques morceaux et que je retoucherai le tout après, mais je ne réproduirai pas le schéma "je te pose tout le morceau, tu souffles et c'est moi qui choisit". Je le ferai problement pour des voix ou des interventions rythmiques, mais pas pour des chorus.

Alors à quoi pourrait ressembler ce prochain album ?

Pour être franc, je ne sais pas encore. Ce qui est sûr, c'est qu'il sera forcément moins organique, parce je considère en ce qui me concerne que je suis allé au bout de ce côté organique. Quand je réécoute l'album, j'entends bien qu'il y a beaucoup de contrebasse, de piano, d'instruments à vent, etc... Et je n'ai pas envie de faire Newcomer 2, ça ne présente pas d'intérêt pour moi, même si je pense qu'au final, les gens reconnaîtront toujours ma signature ; nous avons tous des mécanismes de composition, d'arrangements, de structure, et quoi que tu fasses, c'est difficile de se débarrasser de ces automatismes. Donc l'album sera moins organique, davantage funk que jazz.

En résumé, tu vas t'acheter un filtre.

Oui, tu as deviné. (Rires) Je vais faire de la disco filtrée. Quoique, ça marche plus la disco filtrée, il faut faire de l'electroclash maintenant.

Non, c'est déjà fini ça aussi...

Tu crois ?

Oui, je pense

Alors David avait raison, il faut qu'on se lance dans le Wild Pitch dès maintenant.

Là, tu déterres carrément le truc...

Je suis fan, donc... David et moi, on s'est toujours dit qu'un jour, on referait un morceau de Wild Pitch. J'adore ça. Je suis un grand fan de DJ Pierre, ses premières productions, les premiers disques d'Armando et Felix Da Housecat...

C'est loin, il faudrait que je les réécoutes, honnêtement.

Certains morceaux sont mortels. Par exemple, je peux te sortir le Live And Die d'Audio Clash...

Oui, je vois ce que c'est...

J'ai pris ce disque avec moi quand je suis parti en Espagne, il y a deux semaines, et je trouve ce morceau... Quand il passe, j'ai la chair de poule... Donc, David a sûrement raison : après le revival acid, il va sûrement y avoir deux ou trois mecs qui vont nous sortir quelques morceaux Wild Pitch. D'ailleurs, Tom Pooks a déjà sorti un truc Wild Pitch pas trop mal sur Serial. Le style a peut-être un peu vieilli, mais j'adore la construction progressive, avec des fragments de samples qui se superposent au fur et à mesure et l'utilisation bien appuyée de la caisse claire. Pour en revenir au prochain album, voilà, ce sera un album de Wild Pitch. (Rires)

Ça risque de faire long un album entier, non ?

Avec un morceau d'une heure et demie... (Rires) Un morceau de Wild Pitch d'une heure et demie qui se construit très lentement...

J'imagine en live...

En live, oui, grave...

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