Sancho
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Sancho : Parlons de tes musiciens
maintenant. J'ai remarqué que ceux qui jouent avec toi sur scène
ne sont pas ceux qui ont participé à l'album ; pourquoi
?
Llorca : Tout simplement parce
que j'ai composé l'album tout seul et qu'à l'époque
je ne connaissais aucun des mecs qui déconnent avec moi sur scène
aujourd'hui.
Excepté Ladybird.
Sauf Ladybird, bien sûr. Pendant
la production de l'album, j'ai réalisé à un moment
qu'il allait me falloir des chanteuses ; je suis donc allé écouter
des chanteuses en soirée, et quand j'ai entendu Julie, j'ai su
qu'il fallait qu'on travaille ensemble sur un morceau car j'adorais
sa voix. Finalement, nous en avons fait deux : Indigo Blues et
My Precious Thing. Pour les voix, j'ai aussi travaillé
avec Mandell Turner et Nicole Graham. Et quand j'ai eu envie d'incorporer
un saxophone, je ne savais pas trop à qui m'adresser mais je
connaissais un peu Julien Lourau. Je connaissais son premier album,
City Boom Boom, je savais qu'il avait joué avec Frédéric
Galliano, donc j'ai demandé le contact et ça s'est fait
comme ça.
Comment as-tu rencontré les
musiciens du live ?
C'est en même temps un coup de
tête et un coup de chance : quand je vois Jay Alanski qui a eu
des problèmes pour trouver des musiciens, qui est passé
par des castings, etc... Rétrospectivement, je trouve que j'ai
finalement eu beaucoup de chance. Il y a quatre ou cinq ans, j'étais
allé au Rex pour écouter Kerri Chandler, et c'était
un ami, Mathieu, qui jouait juste avant lui. Il était venu avec
Marc qui improvisait des chorus au clavier pendant son set et
j'avais gardé ses coordonnées parce que je trouvais qu'il
assurait pas mal. Son numéro a dû rester dans mon tiroir
pendant un an et demi sans que je l'appelle. Arrive l'album Newcomer
et Eric qui me demande si je suis tenté par des concerts. C'était
une expérience que je tenais à tenter absolument, sauf
qu'il me fallait trouver des musiciens. (Rires) J'ai donc pris
mon carnet d'adresses et je suis retombé sur le nom de Marc Benhamou.
Je l'appelle, on discute un peu, on fait une répétition,
j'appelle Julie et je lui dis qu'on va commencer comme ça, avec
seulement deux ou trois morceaux. Ensuite, j'ai dit à Marc que
je cherchais un contrebassiste, pensant qu'il pourrait certainement
en trouver un puisqu'il était dans le jazz. C'est comme ça
qu'il m'a présenté Bruno. Même schéma pour
le saxophoniste, donc on s'est finalement retrouvés avec les
copains de Marc, sauf pour le percussionniste que je connaissais d'Alexkid
puisqu'il travaillait avec lui. Je n'ai pas eu vraiment à chercher,
mais c'est vrai que j'ai surtout privilégié le rapport
humain, c'est-à-dire qu'avant de trouver quelqu'un qui jouait
exceptionnellement bien...
Tu cherchais quelqu'un avec qui le
contact passait bien ?
Oui, car je pense qu'une bonne alchimie
sur scène passe avant tout par là. Je voulais vraiment
éviter les "cachetonneurs" : ceux qui viennent chez
toi, qui soufflent dans leur biniou, qui prennent l'argent et qui se
cassent. Je pense que ce côté humain se sent sur scène.
En plus, tu n'aurais pas eu ton ambiance
de colonie de vacances...
Non, c'est clair.
Considérant ta méthode
de travail, qui est plutôt individuelle, comment as-tu travaillé
avec tes musiciens ? Et comment comptes-tu travailler pour la suite
?
En fait, sur le premier album, j'ai
vraiment demandé aux musiciens de jouer "dans l'esprit de",
c'est-à-dire que j'avais parfois des échantillons de saxophones,
etc... Je retirais le sample et puis je leur demandais de me jouer quelque
chose le même esprit, mais à leur manière. Après,
je gardais ce qui me plaisait, donc il y avait vraiment un côté
"extension du travail tout seul", c'est-à-dire que
j'avais quand même le dernier mot, même si je faisais appel
à quelqu'un, tout comme avec Mandell d'ailleurs sur I Cry.
Au départ, Mandell n'avait pas du tout chanté sur I
Cry comme on peut l'entendre aujourd'hui sur l'album. En fait, il
chantait une ligne, I Cry, une autre ligne, I Cry, une
autre ligne, I Cry, or après l'enregistrement, j'ai pu
supprimer tous les I Cry et les mettre uniquement à la
fin. Pour schématiser, on pourrait presque dire que je faisais
appel aux musiciens comme à des samples, même si
c'est un peu péjoratif. Mais je pense que je vais tenter de travailler
autrement sur le prochain album, même s'il y aura toujours cette
notion de manipulation a posteriori. J'essaierai certainement, sur un
ou deux morceaux, de reproduire cette magie du live : poser un beat,
donner quelques harmonies assez basiques et laisser tout le monde s'exprimer
un peu avant de repasser derrière. Obtenir un son plus collectif.
Tu ne vas pas sortir de live mais
tu vas travailler dans ce sens.
Oui, mais je pense que le prochain album
ne sera pas aussi orienté jazz que Newcomer, pour de multiples
raisons. La première étant que je commence un peu à
saturer, j'ai envie d'autre chose, et si l'on décide de partir
dans le jazz, cette fois, on essaiera de le faire à fond, c'est-à-dire
avec une part très prononcée d'improvisation collective.
Je ne sais pas encore comment ça va se passer, peut-être
que j'irai en studio avec les musiciens, qu'on jouera quelques morceaux
et que je retoucherai le tout après, mais je ne réproduirai
pas le schéma "je te pose tout le morceau, tu souffles et
c'est moi qui choisit". Je le ferai problement pour des voix ou
des interventions rythmiques, mais pas pour des chorus.
Alors à quoi pourrait ressembler
ce prochain album ?
Pour être franc, je ne sais pas
encore. Ce qui est sûr, c'est qu'il sera forcément moins
organique, parce je considère en ce qui me concerne que je suis
allé au bout de ce côté organique. Quand je réécoute
l'album, j'entends bien qu'il y a beaucoup de contrebasse, de piano,
d'instruments à vent, etc... Et je n'ai pas envie de faire
Newcomer 2, ça ne présente pas d'intérêt
pour moi, même si je pense qu'au final, les gens reconnaîtront
toujours ma signature ; nous avons tous des mécanismes de composition,
d'arrangements, de structure, et quoi que tu fasses, c'est difficile
de se débarrasser de ces automatismes. Donc l'album sera moins
organique, davantage funk que jazz.
En résumé, tu vas t'acheter
un filtre.
Oui, tu as deviné. (Rires)
Je vais faire de la disco filtrée. Quoique, ça marche
plus la disco filtrée, il faut faire de l'electroclash maintenant.
Non, c'est déjà fini
ça aussi...
Tu crois ?
Oui, je pense
Alors David avait raison, il faut qu'on
se lance dans le Wild Pitch dès maintenant.
Là, tu déterres carrément
le truc...
Je suis fan, donc... David et moi,
on s'est toujours dit qu'un jour, on referait un morceau de Wild
Pitch. J'adore ça. Je suis un grand fan de DJ Pierre, ses
premières productions, les premiers disques d'Armando et Felix
Da Housecat...
C'est loin, il faudrait que je les
réécoutes, honnêtement.
Certains morceaux sont mortels. Par
exemple, je peux te sortir le Live And Die d'Audio Clash...
Oui, je vois ce que c'est...
J'ai pris ce disque avec moi quand je
suis parti en Espagne, il y a deux semaines, et je trouve ce morceau...
Quand il passe, j'ai la chair de poule... Donc, David a sûrement
raison : après le revival acid, il va sûrement y
avoir deux ou trois mecs qui vont nous sortir quelques morceaux Wild
Pitch. D'ailleurs, Tom Pooks a déjà sorti un truc
Wild Pitch pas trop mal sur Serial. Le style a peut-être
un peu vieilli, mais j'adore la construction progressive, avec des fragments
de samples qui se superposent au fur et à mesure et l'utilisation
bien appuyée de la caisse claire. Pour en revenir au prochain
album, voilà, ce sera un album de Wild Pitch. (Rires)
Ça risque de faire long un
album entier, non ?
Avec un morceau d'une heure et demie...
(Rires) Un morceau de Wild Pitch d'une heure et demie
qui se construit très lentement...
J'imagine en live...
En live, oui, grave...
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