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Interview 002

{Llorca}{04/08/2003}{Paris}

Sancho Concert – Tournée – Musiciens Trackers Discographie Influences

Sancho : Parlons de la tournée au sens large ; elle a duré deux ans ?

Llorca : Oui.

Quel souvenir en gardes-tu, globalement ?

Franchement, dans ma courte vie, je crois qu'il y aura eu un "avant cette tournée" et un "après cette tournée". De toute façon, il y aura eu sûrement un "avant premier album" et un "après premier album", car je suppose que le premier album est un évènement important dans la vie de tout musicien ou de tout artiste. Mais la tournée a vraiment changé pas mal de choses, par exemple dans ma manière de comprendre la musique : avant cette tournée, j'allais très rarement en concert, je n'aimais pas trop ça, alors quand j'ai commencé à en faire, je n'avais aucune idée de...

De ce qu'il fallait insuffler ?

Voilà, de ce à quoi devait ressembler un concert habituel, donc j'y suis allé à tâtons. Je ne connaissais pas cette communion avec les musiciens, l'échange sur scène, cette communication que tu instaures au début, tant bien que mal, jusqu'à ce que tout devienne plus facile et qu'avec un simple regard, tout le monde se comprenne. Il y a aussi la vie en communauté : quinze jours en Australie, une dizaine de jours en bus pendant la seconde tournée en Allemagne...

C'est sympa, ça rappelle les colonies de vacances...

C'est exactement ça, c'est vraiment la colonie de vacances, sauf que parfois, ça peut devenir pénible quand tu joues le rôle du chef scout et qu'il faut attendre un quart d'heure pour que la troupe se mette en route. Par exemple, tu dis : "On va dîner"... et tu attends... tu vois que personne ne se met en route, alors tu fais un pas et tu dis : "On va dîner"... tu vois deux personnes qui suivent, les autres qui continuent de discuter, pendant qu'un autre arrive et te demande : "Au fait, quand est-ce qu'on va dîner ?" Au final, il faut forcer la voix pour obtenir quelque chose. Je ne suis pas quelqu'un de très autoritaire, encore moins avec des amis, mais parfois, il a fallu que je cadre tout le monde. Après deux ans, tu n'as plus besoin de faire ça. Tu dis : "Bon, on va dîner... personne, ok... j'y vais tout seul", et tu en vois quelques-uns qui suivent, les autres qui restent là... Tu te débrouilles, tu fais ta vie. En revanche, ce qui est très déstabilisant, c'est que tu te crées une vie totalement différente à-côté de ta vie habituelle ; aujourd'hui, ça va mieux, j'ai acheté un appartement, mais j'ai eu vraiment une période très bizarre pendant laquelle je ne rentrais chez moi qu'une ou deux journées par semaine et je ne m'y sentais pas à l'aise, alors que dans le bus avec les musiciens ou quand j'arrivais dans l'hôtel avec eux et que nous dînions ensemble, je me sentais chez moi.

Effectivement, ça doit être assez perturbant.

Oui, c'était vraiment bizarre. J'avais l'impression de ne plus appartenir à la vie que j'avais auparavant. C'était vraiment bizarre et bien évidemment, ma copine ne comprenait pas trop...

Oui, j'imagine que ça n'a pas dû être facile.

Non, c'était vraiment pas facile. Donc, c'était vraiment une expérience assez... comment dire... bouleversante à tous les niveaux. J'en garderai un souvenir d'une période très riche qui m'aura apporté énormément de choses.


À la question du pire/meilleur souvenir de la tournée, Ludovic nous raconte un épisode datant de 2001 où Ladybird et son pianiste ont failli se disputer en plein milieu d'un morceau, sur un malentendu, alors qu'ils n'étaient encore que trois sur scène et tout autant dans le public... Fort heureusement, certaines dates comme Milan avec sa salle ultra-bondée ou Cologne et son public particulièrement réceptif, loin du cliché froid et austère de l'Allemagne, ont permis de contrebalancer ce mauvais souvenir.


Sancho : La playlist du concert a-t-elle évolué dans le temps ?

Llorca: Oui, elle a beaucoup évolué puisque nous avons commencé la tournée en jouant uniquement trois morceaux : The End, True To Me et My Precious Thing.

Un peu light pour un concert...

C'est clair, mais nous tournions dans des petites salles comme la Mezzanine de l'Alcazar ou le Batofar. Très rapidement, nous avons senti qu'il fallait rajouter des morceaux, et donc des musiciens, car au départ, il n'y avait que Ladybird au chant, Marc au piano et moi ; sont venus se greffer un bassiste, deux saxophonistes, Philippe aux percussions et un ingénieur du son, puisqu'au départ nous n'en avions pas et c'était l'ingénieur du son de la salle qui s'en occupait. La playlist a donc forcément changé. J'ai toujours travaillé pour que ce ne soit pas trop statique, d'ailleurs, c'est aussi pour cette raison que je pense abandonner la MPC 2000 pour le live. Pendant certaines tournées, après les concerts, je retournais dans ma chambre d'hôtel, je rebranchais toutes les machines, parfois je prenais mon laptop avec moi, et donc je pouvais reprogrammer les nouveaux morceaux sur la MPC 2000, au casque ; c'est assez laborieux comme mode de fonctionnement. Avec un laptop, tu peux pratiquement travailler tes morceaux dans l'avion. Si tu as envie de rajouter un morceau dans la playlist deux heures avant le concert, tu peux le faire. Donc nous avons rajouté pas mal de morceaux, ainsi que l'ordre dans lequel ils étaient joués. Je pense même que nous aurions pu effectuer encore plus de changements, mais il fallait aussi que les musiciens s'y retrouvent.

J'imagine que les morceaux ont évolué également ?

Ils ont énormément évolué. Certains comme The Novel Sound ou My Precious Thing n'ont pas trop bougé. Par contre, Lalo Caught Me Dancin' a vraiment changé du tout au tout ; au départ j'étais parti sur l'idée de le jouer comme sur l'album, mais j'ai compris que ça ne marchait pas vraiment en live, donc j'ai décidé de rajouter une deuxième partie où l'on part sur un tempo 4/4, puis une troisième avec une autre grille d'accord. C'est d'ailleurs cette version que nous avons jouée mercredi soir. Je crois qu'au final, Lalo Caught Me Dancin' est le morceau dont je suis le plus satisfait parce qu'il s'y passe plein de trucs, parce qu'il a vraiment évolué et surtout parce que c'est un morceau qui est particulièrement modulable en live. Par exemple, mercredi soir, j'ai pu écourter les chorus de tout le monde, surtout ceux des saxophonistes parce qu'ils étaient partis à faire n'importe quoi. Mais parfois, cinq minutes avant le concert, César venait me voir pour me demander un peu de solo parce qu'il avait envie de souffler dans son saxophone, et je savais que je pouvais le laisser jouer sur Lalo Caught Me Dancin'. De même, quand je sentais que ça ne prenait pas, je lui faisais signe et nous pouvions passer rapidement à un autre morceau. Indigo Blues a évolué aussi, surtout en ce qui concerne la rythmique et les breaks. The End n'a pas beaucoup changé, d'ailleurs, je t'avouerais qu'à la fin de la tournée, nous ne le répétions même plus.... Et j'allais oubier Any How que je joue uniquement avec basse et percussions maintenant. D'ailleurs, il est mal passé mercredi soir.

Oui, je me souviens de ce morceau.

Au départ, je l'avais vraiment arrangé comme ça pour redonner un coup de fouet au live parce que j'avais remarqué qu'il y avait des passages où il fallait taper un minimum sinon le public s'endormait un peu. Le problème, c'est qu'en fait Lalo Caught Me Dancin' se trouvait initialement en plein milieu de la playlist, et sur ce beat qui n'est pas en 4/4, le public ne comprenait pas vraiment. Ils se regardaient, s'arrêtaient de danser, pensant qu'il s'agissait d'un morceau "à écouter". Juste après, il y avait True To Me qui est downtempo, et même s'il y a toujours des gens dans les concerts qui aiment le downtempo, ça te rajoute un poids supplémentaire. Il fallait donc remettre un peu de pêche à un moment et je pense qu'Any How s'en sort pas mal. Il y a aussi le morceau que j'ai joué seul avec Julie, morceau qui n'est jamais sorti et qui est complètement improvisé ; elle chante sur une rythmique qui sonne un peu Chicago...

C'est pas le morceau dans lequel elle vante la house music, justement ?

Si, c'est ça. Et pour illustrer ce que je te disais, tout s'est fait très rapidement : je l'ai transféré dans l'urgence sur la MPC 2000, répété une fois avant de le jouer, et le morceau est né comme ça, pratiquement sur scène. On ne l'a jamais sorti.

Tu ne pense pas le sortir ?

Non.

Même en maxi ?

J'en sais rien... Eric me presse, alors peut être... Il me demande tout le temps ce que je vais faire avec Chicago House, puisqu'on l'appelle comme ça pour le moment. Je lui réponds que je ne sais pas encore, qu'on en fera peut-être une version avec Julie et qu'elle sera sur le prochain album, qui sait ?

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