Sancho
Concert Tournée
Musiciens
Trackers
Discographie
Influences
Sancho : Parlons de la tournée
au sens large ; elle a duré deux ans ?
Llorca : Oui.
Quel souvenir en gardes-tu, globalement
?
Franchement, dans ma courte vie, je
crois qu'il y aura eu un "avant cette tournée" et un
"après cette tournée". De toute façon,
il y aura eu sûrement un "avant premier album" et un
"après premier album", car je suppose que le premier
album est un évènement important dans la vie de tout musicien
ou de tout artiste. Mais la tournée a vraiment changé
pas mal de choses, par exemple dans ma manière de comprendre
la musique : avant cette tournée, j'allais très rarement
en concert, je n'aimais pas trop ça, alors quand j'ai commencé
à en faire, je n'avais aucune idée de...
De ce qu'il fallait insuffler ?
Voilà, de ce à quoi devait
ressembler un concert habituel, donc j'y suis allé à tâtons.
Je ne connaissais pas cette communion avec les musiciens, l'échange
sur scène, cette communication que tu instaures au début,
tant bien que mal, jusqu'à ce que tout devienne plus facile et
qu'avec un simple regard, tout le monde se comprenne. Il y a aussi la
vie en communauté : quinze jours en Australie, une dizaine de
jours en bus pendant la seconde tournée en Allemagne...
C'est sympa, ça rappelle les
colonies de vacances...
C'est exactement ça, c'est vraiment
la colonie de vacances, sauf que parfois, ça peut devenir pénible
quand tu joues le rôle du chef scout et qu'il faut attendre un
quart d'heure pour que la troupe se mette en route. Par exemple, tu
dis : "On va dîner"... et tu attends... tu vois
que personne ne se met en route, alors tu fais un pas et tu dis : "On
va dîner"... tu vois deux personnes qui suivent, les autres
qui continuent de discuter, pendant qu'un autre arrive et te demande
: "Au fait, quand est-ce qu'on va dîner ?" Au final,
il faut forcer la voix pour obtenir quelque chose. Je ne suis pas quelqu'un
de très autoritaire, encore moins avec des amis, mais parfois,
il a fallu que je cadre tout le monde. Après deux ans, tu n'as
plus besoin de faire ça. Tu dis : "Bon, on va dîner...
personne, ok... j'y vais tout seul", et tu en vois quelques-uns
qui suivent, les autres qui restent là... Tu te débrouilles,
tu fais ta vie. En revanche, ce qui est très déstabilisant,
c'est que tu te crées une vie totalement différente à-côté
de ta vie habituelle ; aujourd'hui, ça va mieux, j'ai acheté
un appartement, mais j'ai eu vraiment une période très
bizarre pendant laquelle je ne rentrais chez moi qu'une ou deux journées
par semaine et je ne m'y sentais pas à l'aise, alors que dans
le bus avec les musiciens ou quand j'arrivais dans l'hôtel avec
eux et que nous dînions ensemble, je me sentais chez moi.
Effectivement, ça doit être
assez perturbant.
Oui, c'était vraiment bizarre.
J'avais l'impression de ne plus appartenir à la vie que j'avais
auparavant. C'était vraiment bizarre et bien évidemment,
ma copine ne comprenait pas trop...
Oui, j'imagine que ça n'a
pas dû être facile.
Non, c'était vraiment pas facile.
Donc, c'était vraiment une expérience assez... comment
dire... bouleversante à tous les niveaux. J'en garderai un
souvenir d'une période très riche qui m'aura apporté
énormément de choses.
À la question du pire/meilleur
souvenir de la tournée, Ludovic nous raconte un épisode
datant de 2001 où Ladybird et son pianiste ont failli se disputer
en plein milieu d'un morceau, sur un malentendu, alors qu'ils n'étaient
encore que trois sur scène et tout autant dans le public... Fort
heureusement, certaines dates comme Milan avec sa salle ultra-bondée
ou Cologne et son public particulièrement réceptif, loin
du cliché froid et austère de l'Allemagne, ont permis
de contrebalancer ce mauvais souvenir.
Sancho : La playlist du concert a-t-elle
évolué dans le temps ?
Llorca: Oui, elle a beaucoup
évolué puisque nous avons commencé la tournée
en jouant uniquement trois morceaux : The End, True To Me
et My Precious Thing.
Un peu light pour un concert...
C'est clair, mais nous tournions dans
des petites salles comme la Mezzanine de l'Alcazar ou le Batofar. Très
rapidement, nous avons senti qu'il fallait rajouter des morceaux, et
donc des musiciens, car au départ, il n'y avait que Ladybird
au chant, Marc au piano et moi ; sont venus se greffer un bassiste,
deux saxophonistes, Philippe aux percussions et un ingénieur
du son, puisqu'au départ nous n'en avions pas et c'était
l'ingénieur du son de la salle qui s'en occupait. La playlist
a donc forcément changé. J'ai toujours travaillé
pour que ce ne soit pas trop statique, d'ailleurs, c'est aussi pour
cette raison que je pense abandonner la MPC 2000 pour le live.
Pendant certaines tournées, après les concerts, je retournais
dans ma chambre d'hôtel, je rebranchais toutes les machines, parfois
je prenais mon laptop avec moi, et donc je pouvais reprogrammer
les nouveaux morceaux sur la MPC 2000, au casque ; c'est assez
laborieux comme mode de fonctionnement. Avec un laptop, tu peux
pratiquement travailler tes morceaux dans l'avion. Si tu as envie de
rajouter un morceau dans la playlist deux heures avant le concert, tu
peux le faire. Donc nous avons rajouté pas mal de morceaux, ainsi
que l'ordre dans lequel ils étaient joués. Je pense même
que nous aurions pu effectuer encore plus de changements, mais il fallait
aussi que les musiciens s'y retrouvent.
J'imagine que les morceaux ont évolué
également ?
Ils ont énormément évolué.
Certains comme The Novel Sound ou My Precious Thing n'ont
pas trop bougé. Par contre, Lalo Caught Me Dancin' a vraiment
changé du tout au tout ; au départ j'étais parti
sur l'idée de le jouer comme sur l'album, mais j'ai compris que
ça ne marchait pas vraiment en live, donc j'ai décidé
de rajouter une deuxième partie où l'on part sur un tempo
4/4, puis une troisième avec une autre grille d'accord. C'est
d'ailleurs cette version que nous avons jouée mercredi soir.
Je crois qu'au final, Lalo Caught Me Dancin' est le morceau dont
je suis le plus satisfait parce qu'il s'y passe plein de trucs, parce
qu'il a vraiment évolué et surtout parce que c'est un
morceau qui est particulièrement modulable en live. Par exemple,
mercredi soir, j'ai pu écourter les chorus de tout le
monde, surtout ceux des saxophonistes parce qu'ils étaient partis
à faire n'importe quoi. Mais parfois, cinq minutes avant le concert,
César venait me voir pour me demander un peu de solo parce qu'il
avait envie de souffler dans son saxophone, et je savais que je pouvais
le laisser jouer sur Lalo Caught Me Dancin'. De même, quand
je sentais que ça ne prenait pas, je lui faisais signe et nous
pouvions passer rapidement à un autre morceau. Indigo Blues
a évolué aussi, surtout en ce qui concerne la rythmique
et les breaks. The End n'a pas beaucoup changé, d'ailleurs,
je t'avouerais qu'à la fin de la tournée, nous ne le répétions
même plus.... Et j'allais oubier Any How que je joue
uniquement avec basse et percussions maintenant. D'ailleurs, il est
mal passé mercredi soir.
Oui, je me souviens de ce morceau.
Au départ, je l'avais vraiment
arrangé comme ça pour redonner un coup de fouet au live
parce que j'avais remarqué qu'il y avait des passages où
il fallait taper un minimum sinon le public s'endormait un peu. Le problème,
c'est qu'en fait Lalo Caught Me Dancin' se trouvait initialement
en plein milieu de la playlist, et sur ce beat qui n'est pas
en 4/4, le public ne comprenait pas vraiment. Ils se regardaient, s'arrêtaient
de danser, pensant qu'il s'agissait d'un morceau "à écouter".
Juste après, il y avait True To Me qui est downtempo,
et même s'il y a toujours des gens dans les concerts qui aiment
le downtempo, ça te rajoute un poids supplémentaire. Il
fallait donc remettre un peu de pêche à un moment et je
pense qu'Any How s'en sort pas mal. Il y a aussi le morceau que
j'ai joué seul avec Julie, morceau qui n'est jamais sorti et
qui est complètement improvisé ; elle chante sur une rythmique
qui sonne un peu Chicago...
C'est pas le morceau dans lequel
elle vante la house music, justement ?
Si, c'est ça. Et pour illustrer
ce que je te disais, tout s'est fait très rapidement : je l'ai
transféré dans l'urgence sur la MPC 2000, répété
une fois avant de le jouer, et le morceau est né comme ça,
pratiquement sur scène. On ne l'a jamais sorti.
Tu ne pense pas le sortir ?
Non.
Même en maxi ?
J'en sais rien... Eric me presse, alors
peut être... Il me demande tout le temps ce que je vais faire
avec Chicago House, puisqu'on l'appelle comme ça pour
le moment. Je lui réponds que je ne sais pas encore, qu'on en
fera peut-être une version avec Julie et qu'elle sera sur le prochain
album, qui sait ?
Lire la suite de l'interview