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Interview 002

{Llorca}{04/08/2003}{Paris}

Si Laurent Boyer avait eu une moustache, il est probable que Sancho lui aurait ressemblé comme deux gouttes d'eau en cette après-midi caniculaire du 4 août 2003, car les deux heures d'interview que Ludovic Llorca a bien voulu nous accorder dans son nouvel appartement nous ont permis de découvrir in da Fréquenstar way une personnalité souriante et très bavarde, attachante de simplicité, ouverte sur la vie en général et qui ne supporte définitivement pas l'electroclash !

Nous aurions pu faire comme les autres et ne mettre en ligne qu'une synthèse de ces deux heures ; nous avons préféré vous en offrir l'intégralité, segmentée en sept thématiques. À vous de rencontrer Ludovic Llorca à votre rythme. Bonne lecture.


– Sancho – Concert Tournée Musiciens Trackers Discographie Influences

Sancho : J'imagine que les interviews auxquelles tu as participé jusqu'à présent ressemblaient davantage à des interrogatoires.

Llorca : Oui, c'est souvent des questions/réponses.

Donc, ce qui serait sympa, ce serait que tu me poses trois questions pour démarrer, histoire que tu saches un peu qui va t'interviewer.

Ah ouais ? Tiens, c'est pas mal ça... OK, alors... Je commence ?

Vas-y, vas-y...

Pour quelles raisons as-tu souhaité consacrer autant de temps et autant d'énergie à la mise en place d'un site qui ne couvre qu'un seul label ? Pourquoi ne pas avoir réalisé un site plus vaste, sur les musiques électroniques par exemple ? Est-ce que tu es obsédé par F Com ?

Alors, des sites sur les musiques électroniques, il en existe un paquet. Si tu choisis de traiter un sujet trop vaste, tu t'y perds, donc c'est mieux d'après moi de se focaliser sur un seul sujet, tout du moins pour commencer. Pourquoi j'ai voulu créer un site sur F Com ? Pour faire court, disons qu'il y a quelques années, je me suis lancé dans plusieurs projets : j'ai essayé de faire de la musique, j'ai écrit un scénario de court-métrage, j'ai commencé à écrire un roman, bref, je me suis essayé à des projets artistiques qui n'ont pas abouti. Soit tout simplement parce qu'ils n'étaient pas bons, soit parce qu'il y avait toujours d'autres intermédiaires : pour la musique, il me fallait un label, pour le court-métrage, des producteurs, et pour le bouquin une maison d'édition. Entre temps, Akatomy, qui travaille aussi sur Sancho does F Communications, avait mis en place Sancho does Asia, un site sur le cinéma asiatique dont il est un inconditionnel. Au printemps 2002, je voulais me lancer une fois de plus dans un projet personnel, mais je ne m'étais pas encore complètement remis des échecs essuyés dans les trois axes dont je t'ai parlés (écriture, cinéma, musique). Ce qu'il me fallait, c'était un projet ne dépendant que de moi et de mon travail ; s'il n'aboutissait pas, j'en serais le seul responsable. Internet s'y prêtait bien... Pourquoi un site sur F Com ? Parce que je me sentais suffisamment motivé par le label pour ça, parce que je ressentais toujours ce manque d'un catalogue sur leur site. Depuis qu'il existe, je me demande pourquoi il n'y pas une section où tu puisses rechercher un disque du label, trouver ses références et en écouter un morceau. Et pourquoi F Com ? Je suis tombé dans la musique électronique il y a maintenant douze ans, ma première grosse claque a été Acid Eiffel. J'ai commencé par suivre les sorties sur Fnac Music, puis celles sur F Com, or à chaque fois, et je le dis sur le site, sur les quatre morceaux d'un maxi par exemple, je me prenais une claque sur au moins un morceau. Quant aux rares maxis que je ne comprenais pas, il me suffisait de le laisser vieillir et deux ans après, je comprenais que c'était moi qui n'était pas prêt pour l'écouter. Grosso modo, ils ne se sont jamais trompés, ou alors très peu...

Tu veux dire que tu n'as jamais été déçu par F Com ? Pas forcément déçu, mais parfois, il y a des choix artistiques que tu peux ne pas cautionner dans un label...

Évidemment, il y a certains artistes que je préfère chez F Com, mais... par exemple, Can't Take It, au début, j'étais pas fan.

(Rires) Tu sais, quand je réécoute ce maxi, je trouve qu'il est plein d'imperfections, mais c'était mon premier maxi et je reste quand même assez satisfait du titre tel qu'il était. Les autres morceaux en revanche sont anecdotiques.

Pourtant, Can't Take It en live, ça fonctionne bien.

Oui, c'est vrai qu'en live, il marche bien...

Et sur l'autre face du maxi, je trouve que Can't Fake It fonctionne très bien aussi.

Peut-être, mais il a mal vieilli. Quand tu le réécoutes, il manque le son...

Ça manque peut-être un peu de pêche, mais honnêtement, je trouve que ça part bien même maintenant.

(Rires) Pourquoi Sancho ? Sancho, c'est quoi ?


Le caractère mystérieux du concept de Sancho restera pour le moment un privilège de vive voix et c'est pour cette raison que nous ne publierons pas la réponse que nous lui avons donnée. Sachez toutefois que Ludovic partage avec moi le fait qu'il est inutile de descendre l'oeuvre d'un artiste dans une chronique, en particulier lorsqu'il s'agit de musique électronique. En effet, les ventes de celle-ci restent modestes, même aujourd'hui, et l'on peut donc présumer que la démarche de l'artiste est sincère la plupart du temps. Certes, on peut ne pas en apprécier le résultat, mais dans ce cas, je pense qu'il vaut mieux s'abstenir d'en parler plutôt que de porter atteinte au travail accompli. Dont acte.


Et à part F Com, quels sont les labels que tu apprécies ?

À part F Com ? Je vais te citer les gros classiques comme UR, Warp, Transmat... Les productions de Maurizio aussi... Technasia qui est un label que je suis depuis le début et que j'apprécie toujours autant. Mais grosso modo, F Com reste une valeur sûre. D'un autre côté, je me détache progressivement de la musique électronique pour m'ouvrir davantage à d'autres courants.

C'est amusant parce que c'est déjà assez large. En général, les puristes de techno, ceux qui adorent UR, Technasia, etc... n'écoutent pas de house, ça les fait chier.

Oui, mais j'adore l'éclectisme, donc autant je peux vibrer sur un disque de UR ou sur un morceau d'Autechre parce qu'il y a un truc dedans qui va me retourner, autant je peux pleurer sur une vieillerie de Frankie Knuckles. Et puis, je suis aussi allé au concert de Zazie...

OK, je vois.

En fait, à partir du moment où j'aime bien, je ne me pose pas trop de questions.

D'accord.

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